« Notre civilisation est une machine qui ne peut s’accommoder d’existences indéterminées »

« Notre civilisation prend, ou tend à prendre, la structure et les qualités d’une machine […]. La machine ne souffre pas que son empire ne soit pas universel et que des êtres subsistent, étrangers à son acte, extérieurs à son fonctionnement. Elle ne peut, d’autre part, s’accommoder d’existences indéterminées dans sa sphère d’action. Son exactitude, qui lui est essentielle, ne peut tolérer le vague ni le caprice social ; sa bonne marche est incompatible avec les situations irrégulières. Elle ne peut admettre que personne demeure, de qui le rôle et les conditions d’existence ne soient précisément définis. Elle tend à éliminer les individus imprécis à son point de vue, et à reclasser les autres, sans égard au passé — ni même à l’avenir de l’espèce. »

Paul ValéryPropos sur l’intelligence (1926)