Bruxelles Chantiers : une critique architecturale de l’Europe

Personne ne comprend plus rien à l’Europe, ses traités indigestes, ses crises à répétition. Pour pallier cette incompréhension, Ludovic Lamant a pris l’expression «construction européenne» au pied de la lettre et s’est intéressé à ce que l’UE a de plus visible: les bâtiments qui abritent ses institutions.

Lux Editeur

Né des déambulations de l’auteur dans les rues d’une ville qu’il aime, Bruxelles chantiers donne la parole aux architectes et urbanistes qui ont dessiné le quartier européen comme à ceux qui en ont été empêchés, aux eurodéputés et fonctionnaires qui font l’Europe au quotidien et à ceux qui peinent à la réformer. Les quatre voies à sens unique de la rue de la Loi, le corridor de vent de l’esplanade Solidarność, l’œuf encagé du nouveau bâtiment du Conseil: le fatras architectural dépourvu d’éloquence qui balafre la capitale belge laisse entrevoir les renoncements par lesquels un projet politique porteur d’espoir est devenu une machine bureaucratique. Dérive dans les jeunes ruines d’un vieux rêve qui, peut-être, bouge encore.


«Bruxelles chantiers». Enquête sur une construction européenne à la dérive (Mediapart)

Dans « Bruxelles chantiers. Une critique architecturale de l’Europe », notre journaliste Ludovic Lamant prend la construction européenne au pied de la lettre, et apporte un autre angle de vue -architectural- sur la crise de l’UE et les ravages du « façadisme démocratique ».


Alors que des fissures apparaissent déjà dans le bâtiment du Parlement européen à Bruxelles, la question se pose : faut-il reboucher les trous et repasser une couche de peinture ? Ou ne serait-il pas plus sage de le raser une bonne fois pour toutes et d’enfin passer à autre chose ? Un peu grossière, la métaphore avec la construction européenne n’en est pas moins tentante. En ce qui me concerne, cela fait quelques années que mon opinion est faite : la rupture avec l’UE et ses traités est une condition nécessaire ( mais non suffisante bien sûr ) à toute politique un tant soi peu progressiste et sociale. Mais, à vrai dire, je m’étais quelque peu lassé du sujet. L’impression de connaître d’avance les arguments des uns et des autres… Je n’avais plus envie de lire le moindre ouvrage sur l’interminable crise de la zone euro.

Le livre de Ludovic Lamant a trouvé le moyen de titiller ma curiosité : en prenant le sujet par le prisme architectural, le journaliste de Mediapart, ancien correspondant à Bruxelles, réussit à décaler le regard que l’on pose sur la question de la nature du pouvoir européen et de son rapport contrarié à la démocratie. Qu’est ce qu’une forme de bâtiment raconte de l’institution qu’il accueille? Comment interpréter le fait qu’une star de l’architecture comme Rem Koolhas, apôtre de la « bigness », se casse les dents sur ses projets Bruxellois mais est accueilli à bras ouvert dans la Chine de Hu Jintao? On ne va pas se mentir : au terme de Bruxelles chantiers, une critique architecturale de l’Europe, j’avais encore plus envie qu’avant de « faire sauter Bruxelles », pour reprendre l’expression de François Ruffin. Visite guidée d’une capitale ratée.

Laura RAIM

Aux Ressources – Constructions et déconstructions européennes (Hors-Série)

Émission publiée le 02/03/2019 – Durée de l’émission : 69 minutes


La construction européenne par son bâti (Le Monde)

Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.

Livre. Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».

Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.

En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.

Rupture entre les institutions et le peuple

L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.

Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de Geyter avait remporté le concours en 2010. Son idée, qui consistait à soulever l’asphalte pour offrir un espace public où manifester, a été retoquée après coup dans un accès de frilosité qui traduit, selon lui, la réticence des institutions à voir se créer un espace social européen. « A Bruxelles, la contestation citoyenne n’est qu’un registre secondaire d’action, quand les lobbyistes, eux, prolifèrent tout autour du rond-point Schuman, attirés par cet art du huis clos dont le quartier est devenu un haut lieu. »

Etayant son propos d’un solide corpus critique et de nombreuses interviews – d’architectes, de philosophes, de politologues, d’activistes, d’élus… –, le journaliste assume son ancrage politique à gauche. Il livre de l’Europe une critique d’autant plus acerbe qu’il continue d’y voir le seul rempart aux idéologies haineuses qui gagnent partout du terrain. En révélant les brèches qui subsistent dans la machine, il met au jour les voies étroites mais réelles par lesquelles, selon lui, il reste possible d’inverser la vapeur et d’espérer voir un jour se renouer le lien entre l’Europe et les citoyens.


« Bruxelles chantiers » : un livre politique sur l’Europe et une méditation sur l’architecture & le pouvoir (France Inter)

Un livre étrange et passionnant, intitulé « Bruxelles chantiers », sous-titre : « une critique architecturale de l’Europe ». On le doit à Ludovic Lamant qui fut le correspondant de Médiapart dans la capitale européenne.

Lamant part d’une expression archi-connue et rabâchée : la « construction européenne ». Il ne la prend pas au sens politique, institutionnel ou économique mais au pied de la lettre : à quoi ressemblent les bâtiments qui ont été construits pour accueillir l’Europe en train de se faire, pour accueillir les fonctionnaires, les parlementaires et leurs équipes ? Pour construire l’Europe, il fallait bien un toit et des bureaux pour tout ce monde-là.

La ville de Bruxelles a été littéralement retournée par l’Europe, elle a été prise d’une rage de destructions, on a même parlé de « bruxellisation » pour qualifier cette pulsion qui préexistait aux immeubles européens mais s’est épanouie avec eux. Et les ternes bâtiments de l’Europe disent beaucoup de la nature profonde du projet politique, sans parler des fissures qui sont apparues dans le parlement européen (oui des fissures !), quelle métaphore de ce qui se joue aujourd’hui au sein de l’Union…

Bruxelles chantiers est un livre politique sur l’Europe, une méditation sur l’architecture et le pouvoir et, de fait, un guide de voyage unique en son genre. Il est écrit par Ludovic Lamant et publié par les éditions Lux.


Construction européenne : une démocratie en chantiers (France Culture)

Dans son livre Bruxelles Chantiers, Ludovic Lamant, entraîne le lecteur dans une déambulation politique et architecturale au cœur de la construction européenne. Il y montre dans quelle mesure le manque de transparence et de démocratie des institutions se retrouve dans la construction de la ville.

Le livre intitulé Bruxelles Chantiers, qui se livre à une critique de la construction européenne, tant sur le plan politique qu’architectural. C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de ce livre, écrit par Ludovic Lamant, ancien correspondant de Médiapart à Bruxelles, et qui entraîne le lecteur dans les méandres d’une ville qui ne devait pas être capitale. Au fil des pages, l’auteur dresse d’habiles parallèles entre la manière dont l’Union européenne s’est construite et sa manifestation dans des édifices, plus ou moins réussis, plus ou moins réfléchis aussi.

Récusant l’idée d’une réflexion exacte du projet politique dans ses lieux de pouvoir -comme on a pu le voir dans les régimes fascistes et totalitaires, qui firent de leur architecture une démonstration de force- Ludovic Lamant met plutôt en évidence des analogies, des correspondances, entre l’élaboration du projet européen et son inscription dans le paysage architectural.

Il explique ainsi qu’il n’y a pas eu, à Bruxelles, de véritable plan d’urbanisme, de projet pour la ville. Il en fait d’ailleurs l’anti-Brasilia, cette ville sortie de terre en quelques années à peine, pour offrir au Brésil une capitale nouvelle et moderne. La capitale brésilienne fut ainsi pensée par l’architecte Oscar Niemeyer et portée au sommet de l’état par le président Kubitschek.

Tout le contraire de Bruxelles donc, où les bâtiments du pouvoir européen sont disséminés, pour la plupart, dans d’impersonnels immeubles de bureau, sans véritable vision urbanistique d’ensemble. Un éclatement architectural et urbain, un manque de vision, qui s’expliquent aussi par les tâtonnements du projet européen. Ainsi, la décision de faire de Bruxelles la capitale européenne est prise extrêmement tard et de manière assez surprenante…

En 1958, dans la foulée du Traité de Rome, tous les Etats se battent pour accueillir les institutions communautaires. On décide alors qu’elles seront accueillies, tour à tour, par les différentes capitales européennes, et on se lance, de manière alphabétique, pour tomber sur… Bruxelles. On va donc commencer à s’installer dans l’incertitude la plus totale, à construire quelques bâtiments, à en louer d’autres, sans véritablement savoir si cette présence est appelée à se pérenniser.

Et pour cause : il faut attendre 1992 pour que Bruxelles soit officiellement désignée capitale de l’Union. Plus de trente ans donc, pendant lesquels l’Union européenne s’est développée, voyant ses compétences s’élargir, et ses agents se multiplier, mais toujours dans une forme d’indécision et de tâtonnement : ni concertation, ni plan d’urbanisme pour cette ville dans la ville.

Le bâtiment du Parlement européen à Bruxelles est particulièrement exemplaire à cet égard. L’auteur raconte ainsi que rapidement des voix se sont fait entendre pour qu’un espace de travail pérenne existe pour les députés européens. Pas question pourtant de venir concurrencer officiellement le site de Strasbourg. Ce sont donc des entrepreneurs privés qui vont se lancer dans la construction d’une salle de congrès… dont bizarrement, la salle principale aura la forme d’un hémicycle.

Le Parlement sort donc de terre et, au dernier moment, l’Union européenne en rachète les murs, sans qu’il y n’ait eu le moindre appel à projet, la moindre étude d’impact. Un manque de concertation et de démocratie qui serait symbolique du fonctionnement de l’Union,car derrière les façades rutilantes et pompeuses des bâtiments européens, on se rend compte que bien souvent les murs se lézardent, quand ils ne menacent pas tout simplement de s’écrouler.

L’auteur parle même d’un phénomène bruxellois qu’il nomme le « façadisme ». Pour donner le sentiment de respecter l’esprit des lieux, les institutions européennes, dans leur diversité, conservent la façade des bâtiments. Littéralement juste la façade. Parfois même les fenêtre ne donnent plus que sur du vide. Pour construire ensuite des bureaux fonctionnels et sans âmes.

Il faut dire qu’à l’aune du Parlement, nombre de ces édifices ont été construits à la va-vite, par des entrepreneurs privés, poursuivant avant tout des logiques financières. Le quartier européen est donc perpétuellement en chantier, car les bâtiments ne tiennent pas. Ils sont aujourd’hui le symbole de cette Union, qui sous une apparence démocratique, se révèle rongée par la technocratie et l’omniprésence des intérêts privés.

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