« À s’informer de tout, on ne sait jamais rien »

Deux jugements faux dans tous nos essais. Nous pensons d’abord que la chose est très facile ; et, après un premier essai, nous jugeons qu’elle est impossible.

[…] Le spectacle de ceux qui sont déjà avancés fortifie d’abord notre courage, mais presque aussitôt le ruine par une comparaison qui écrase.

C’est pourquoi la curiosité, le premier élan, l’ardeur de tout commencement ne promettent pas beaucoup aux yeux du maître ; il sait trop que ces provisions seront promptement dévorées ; il attend même que le désespoir et la maladresse soient en raison de la première ambition, car il faut que toutes ces choses d’entrée, bonnes et mauvaises, soient enterrées et oubliées ; alors le travail commence.

C’est pourquoi, si l’on travaille sans maître, les essais prennent fin juste au moment où le travail devrait commencer. Le travail a des exigences étonnantes, et que l’on ne comprend jamais assez. Il ne souffre point que l’esprit considère des fins lointaines ; il veut toute l’attention.

[…] il n’y a qu’une chose qui importe […] c’est ce que tu fais. Si tu le fais bien ou mal, c’est ce que tu sauras tout à l’heure ; mais fais ce que tu fais. Cette simplicité monastique n’est jamais acceptée par ses vraies causes […]

[…] à s’informer de tout, on ne sait jamais rien. On apprend la politique en transmettant des ordres et en copiant des dépêches, non autrement.

J’irais jusqu’à dire qu’en tout travail, le désir de bien faire doit être usé d’abord ; dont tout métier se charge […] Car le désir vise trop loin, et gâte l’action présente en y mêlant celle qui suivra.

[…] la patience consiste à se passer de preuves ; et l’épreuve, en tout son sens, signifie cela.

Aussi le mot des impatients est-il toujours qu’ils ne retiennent rien, qu’ils ne font pas de progrès, que tout est difficile. Ce tour d’esprit n’est pas méprisable ; j’y vois du sérieux, une sévérité pour soi-même, une noble idée de la perfection ; mais ce sont des vertus prématurées.

Il faut surmonter cette timidité orgueilleuse. L’ambition se porte alors toute à des actions qui sont toujours à portée, comme de régler l’emploi du temps ; et, par cette humble police de soi, l’esprit se trouve délivré sans qu’on s’en doute.

Émile-Auguste Chartier, dit AlainPropos sur l’éducation (1932)

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