« Une Grèce secrète repose au cœur de tous les hommes d’Occident »

[…] nous savons aujourd’hui que la Grèce a créé un type d’homme qui n’avait jamais existé. La gloire de Périclès – de l’homme qu’il fut et du mythe qui s’attache à son nom – c’est d’être à la fois le plus grand serviteur de la cité, un philosophe et un artiste ; Eschyle et Sophocle ne nous atteindraient pas de la même façon si nous ne nous souvenions qu’ils furent des combattants.

Pour le monde, la Grèce est encore l’Athéna pensive appuyée sur sa lance. Et jamais, avant elle, l’art n’avait uni la lance et la pensée.

On ne saurait trop le proclamer : ce que recouvre pour nous le mot si confus de culture – l’ensemble des créations de l’art et de l’esprit -, c’est à la Grèce que revient la gloire d’en avoir fait un moyen majeur de formation de l’homme.

C’est par la première civilisation sans livre sacré, que le mot intelligence a voulu dire interrogation. L’interrogation dont allait naître la conquête du cosmos par la pensée, du destin par la tragédie, du divin par l’art et par l’homme.

Tout à l’heure, la Grèce antique va vous dire :

« J’ai cherché la vérité, et j’ai trouvé la justice et la liberté. J’ai inventé l’indépendance de l’art et de l’esprit. J’ai dressé pour la première fois, en face de ses dieux, l’homme prosterné partout depuis quatre millénaires. Et du même coup, je l’ai dressé en face du despote. »

C’est un langage simple, mais nous l’entendons encore comme un langage immortel.

Il a été oublié pendant des siècles, et menacé chaque fois qu’on l’a retrouvé. Peut-être n’a-t-il jamais été plus nécessaire.

[…] La Grèce, comme la France, n’est jamais plus grande que lorsqu’elle l’est pour tous les hommes, et une Grèce secrète repose au cœur de tous les hommes d’Occident.

Vieilles nations de l’esprit, il ne s’agit pas de nous réfugier dans notre passé, mais d’inventer l’avenir qu’il exige de nous.

Au seuil de l’ère atomique, une fois de plus, l’homme a besoin d’être formé par l’esprit. Et toute la jeunesse occidentale a besoin de se souvenir que lorsqu’il le fut pour la première fois, l’homme mit au service de l’esprit les lances qui arrêtèrent Xerxès.

Aux délégués qui me demandaient ce que pourrait être la devise de la jeunesse française, j’ai répondu « Culture et courage ». Puisse-t-elle devenir notre devise commune – car je la tiens de vous.

André MalrauxHommage à la Grèce (1959)

 


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