La langue française en bande dessinée

Comment est né le français, et quelles évolutions ont mené à notre manière de parler ? Quel est le rôle de l’Académie française ? Comment le français s’est enrichi de ses échanges avec l’italien, l’arabe, l’anglais ? Pourquoi l’orthographe française est-elle si compliquée?  L’irrésistible duo Julien Soulié-M. La Mine vous raconte l’histoire facétieuse de la langue française dans une bande dessinée passionnante et drôlissime !

Julien Soulié est membre de l’équipe d’experts du Projet Voltaire. Ancien professeur de lettres classiques et lauréat des  » Timbrés de l’orthographe « , il écrit des dictées pour certains concours. Verbicruciste pour la revue de mots croisés 7 étoiles, il est aussi l’auteur, entre autres, d’Exercices d’orthographe pour les Nuls, du Français, c’est facile ! et du Petit Livre Le Latin facile
aux éditions First.

M. la Mine publie sur son blog et les réseaux sociaux ses dessin d’humour et d’actu. Depuis 2016, il professionnalise petit à petit son activité de dessinateur, qu’il mène parallèlement à une carrière plus « académique ». Il réalise ainsi une série d’affiches et de couvertures de livres, collabore avec quelques journaux et magazines en Belgique. En 2018, il intègre la collection Pataquès des Éditions Delcourt, ce qui lui offre l’occasion de publier un premier recueil de ses planches à l’humour profondément marqué sa formation littéraire, la satire désabusée et un certain goût pour l’absurde.


Julien Soulié: «Si les élèves étudient les racines des mots, ils progresseront en orthographe»

INTERVIEW – L’auteur et expert au Projet Voltaire publie avec l’illustrateur M. la Mine une remarquable bande dessinée sur l’histoire de la langue française.

La langue française se raconte dans une bande dessinée, que l’on peut décrire sans mentir, de géniale. Et cetera, et cetera, (First), de Julien Soulié et M. la Mine, est un livre qui propose une balade ludique et pédagogique à travers les arcanes linguistiques de la France. Le récit, savoureux, se déguste en de fines bulles et dessins délicats qui font chacun appel à notre mémoire et à notre culture. C’est drôle, parfois savant, mais toujours très abordable. On ne se contente pas de lire une histoire, on l’apprend. Julien Soulié, auteur, ex-professeur de lettres classiques et expert au Projet Voltaire, explique pourquoi il est important de comprendre les particularités du français pour l’aimer et l’utiliser sans le réduire à un «outil» qu’on utilise «de plus en plus pauvrement».

Dans cet ouvrage, vous menez une enquête linguistique comme une véritable enquête policière.

C’est vra i! Je suis un grand lecteur de romans policiers, donc peut-être le polar a-t-il déteint sur moi. L’étymologie m’a toujours passionné, il y a un côté presque profiler. Quand on cherche un mot, il faut chercher son étymologie, comparer ce que disent les dictionnaires… Il faut aller plus loin que les indices que l’on trouve. Il faut remonter sur la trace des mots, comme l’enquêteur remonte sur les traces d’un crime. Par exemple, on date souvent la naissance du français en 842, or il n’a rien à voir avec celui que l’on parle aujourd’hui. C’est une date fétiche parce qu’on aime bien avoir des repères. Mais certains historiens ne seront pas d’accord. D’autres diront qu’il s’agit de son acte de naissance, même s’il s’agit d’un bébé bien différent de celui qu’il deviendra adolescent. Le texte de 842 est presque impossible à comprendre aujourd’hui. En comparaison, un grec d’aujourd’hui a moins de mal à comprendre un texte écrit de Platon qui a 2500 ans, alors que nous sommes incapables de lire un français qui a plus de 1000 ans. Le français a bien plus évolué en 1000 ans que le grec en 2000 ans.

Pourquoi est-il utile de remonter aux origines de la langue?

C’est une partie de notre identité, cela nous permet de savoir d’où nous venons. La langue française a beaucoup évolué. Le français est issu du latin populaire et non classique, écrit par Cicéron, César ou Ovide, mais du latin que parlaient les commerçants et les soldats. 80 % de notre vocabulaire viennent du latin, familier ou «argotique», si on peut le dire ainsi. Qu’est-ce donc que le français? Celui qu’on parle, celui que nous écrivons, celui qu’écrit Houellebecq ou Proust? Il y a un fantasme d’un français pur, même s’il y a bien un noyau dur qui est: la base de notre vocabulaire, nos structures syntaxiques, etc. Mais il y a aussi le français des régions et le français de la francophonie, qui est extrêmement riche et inventif. On a parfois une vision franco-centrée de la langue ; cela étant, le français de France est minoritaire. Et il le sera de plus en plus.

Au fil des pages, nous découvrons que nous faisons tous du latin et du grec sans le savoir. Votre livre est-il donc un plaidoyer pour apprendre ces langues anciennes?

Je plaide pour qu’à l’école, les élèves aient, dès la 6e, une heure pour découvrir le latin, afin d’apprendre l’origine du français. Cela leur permettrait de mieux appréhender notre langue et de comprendre son orthographe, son lexique. Être initié aux langues anciennes permet, entre autres, de mieux écrire les mots et de les retenir, ainsi que d’enrichir son vocabulaire. Un peu de grec, un peu de latin, cela peut in fine aider le locuteur français à mieux utiliser sa langue et à mieux l’apprécier et la comprendre. Si les publicitaires (Lotus, Calors, Mars, Nivea…) utilisent le latin, c’est que cette langue nous parle. Elle est notre langue d’origine. Peut-être le font-ils aussi pour son aspect élégant? poétique? ludique? C’est ce dernier point qui est à l’origine de cette BD. J’aimerais redonner de la curiosité pour notre langue et qu’on arrête de la réduire à un simple outil. Dans la vie quotidienne, on l’utilise de plus en plus pauvrement, donc j’espère vraiment pouvoir redonner le goût – presque au sens gustatif – du français. La langue est l’organe de la parole et du goût. C’est intéressant. Pour savourer la langue, il faut la «goûter». Cela passe par la curiosité.

[…]

L’appauvrissement du vocabulaire entraîne-t-il de facto une perte de l’orthographe?

Les élèves ont de moins en moins le sens de la langue. Il y a quinze ans, mes collègues d’histoire-géo corrigeaient des copies du brevet portant sur l’Occident et lisaient le mot écrit «Oxydant». À quel moment cela a-t-il dysfonctionné? Le nombre d’heures de cours de français n’a cessé d’être amputé au fil des années. Il est donc évident que les professeurs ne peuvent pas faire de miracle. De plus, pendant les dix-sept années où j’ai été professeur, je me suis entendu dire: «Ne faites pas de leçon d’orthographe et de grammaire, parce que ça ennuie les élèves.» Or, réfléchir sur les structures grammaticales, cela demande une gymnastique intellectuelle extrêmement utile! Si on faisait étudier les racines des mots, les élèves progresseraient en orthographe. Celle-ci n’est pas innée. On ne naît pas avec le goût de la langue, cela se travaille. Mais cela peut aussi devenir un plaisir. Je ne sais pas si l’on fait de plus en plus de fautes mais, en tout cas, avec les courriels et les réseaux sociaux, elles sont de plus en plus visibles.