Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges.
Friedrich Nietzsche – Humain, trop humain ; Aphorismes, 483 (1878)

Qu’on ne se laisse point égarer : les grands esprits sont des sceptiques. […] Les convictions sont des prisons. […] Un esprit qui veut quelque chose de grand, qui veut aussi les moyens pour y parvenir, est nécessairement un sceptique.
[…] La grande passion du sceptique […] met toute son intelligence à son service ; elle éloigne toute hésitation ; elle donne le courage des moyens impies ; elle permet des convictions dans certaines circonstances. La conviction en tant que moyen : il y a beaucoup de choses que l’on n’atteint qu’avec conviction. La grande passion a besoin de convictions, elle use des convictions, elle ne se soumet pas à elles, — elle se sait souveraine.
Au contraire, le besoin de foi, de quelque chose d’indépendant du oui et du non […] est un besoin de la faiblesse. L’homme de foi, le « croyant » de toutes espèces, est nécessairement un homme dépendant, — quelqu’un qui ne se considère pas comme but, qui ne peut en général pas faire partir de lui des buts. Le « croyant » ne s’appartient pas, il ne peut être que moyen, il doit être consommé, il a besoin de quelqu’un qui le consomme. […] Toute espèce de foi en une chose est elle-même une sorte de sacrifice, d’éloignement de soi.
[…] Mais cela fait qu’elle est le contraire, l’antagoniste, de la véracité, — de la vérité… Le croyant n’a pas la liberté d’avoir une conscience pour la question de « vrai » et de « faux ».
[…] Il y a longtemps déjà que j’ai fait remarquer que les convictions sont peut-être des ennemis plus dangereux de la vérité que les mensonges (Humain, trop humain ; I, Aph. 483).
L’Antéchrist (1895)