« Ne te présente jamais comme philosophe »

Si ton désir te pousse vers la philosophie, prépare-toi à être partout en butte aux moqueries et aux sarcasmes ; à entendre dire: « Voyez-le devenu soudainement philosophe! » ou « Qu’est-ce qui nous vaut cette arrogance? ». Mais toi, ne sois pas arrogant ; tiens-t’en fermement aux conduites qui te semblent les meilleures, conscient que c’est le dieu qui t’a mis à ce poste. Et souviens-toi que, si tu restes constant dans ces principes, ceux qui au début se moquaient de toi finiront par t’admirer ; tandis que si tu ne te montres pas à la hauteur, on rira de toi deux fois plus fort.


[…] S’il t’arrive un jour d’accorder du poids aux objets extérieurs par désir de plaire à quelqu’un, sache que tu réduiras à néant tes principes de vie. Borne-toi donc à être toujours philosophe; mais si tu tiens aussi à le paraître, que ce soit à tes propres yeux et cela suffira.


[…] Où que tu te trouves, ne te présente jamais comme philosophe. Ne parle pas longuement, devant des profanes, des principes de la philosophie, agis plutôt suivant ces principes. […] Si, dans une assemblée de profanes, la conversation tombe sur un principe philosophique, d’une manière générale, abstiens-toi d’intervenir : tu risquerais fort de recracher des bribes de savoir mal digéré. Si un jour on te dit que tu ne sais rien, et que tu n’en es pas mortifié, sache que tu es en bonne voie. […] ne va pas mettre sous le nez des profanes les principes de la philosophie, fais-leur en voir les effets quand tu les as digérés.


[…] Attitude et caractère de l’homme ordinaire : il n’attend rien, en bien ou en mal, de soi-même, et tout des circonstances extérieures. Attitude et caractère du philosophe : il attend tout, en bien comme en mal, de soi-même.