« On a un peu honte d’être à droite, tandis qu’on se pavane d’être à gauche »

Salon doré (Élysée), 22 juillet 1964 :

Charles de Gaulle (CDG) : Il n’y a rien de plus déplorable que la gauche quand il s’agit de la France, en tout cas de la France au-dehors. D’ailleurs, vous n’avez qu’à relire l’Histoire. La gauche n’a pas raté un désastre. Avant 1870, elle a empêché le maréchal Niel de faire une armée qui aurait été à la hauteur de l’armée prussienne. Je me rappelle la gauche d’avant 14 ! Et la gauche du Front populaire, qui s’est terminée par la capitulation : l’abdication de la République entre les mains de Pétain, voilà la gauche !
 
Alain Peyrefitte (AP) : La droite n’a pas toujours été plus maligne.
 
CDG : La droite est tout aussi bête. La droite, c’est routinier, ça ne veut rien changer, ça ne comprend rien. Seulement, on l’entend moins. Elle est moins infiltrée dans la presse et dans l’université. Elle est moins éloquente. Elle est plus renfermée. Ça se passe dans des cercles plus restreints. Tandis que la gauche, c’est bavard, ça a des couleurs. Ça fait des partis, ça fait des conférences, ça fait des pétitions, ça fait des sommations, ça se prétend du talent. C’est une chose à quoi la droite ne prétend pas. On a un peu honte d’être à droite, tandis qu’on se pavane d’être à gauche. De toute façon, les politiciens et les partis n’ont plus grand prestige. Ils n’entraînent plus le peuple.
 
AP : Mais ils entraînent les journalistes, les dirigeants syndicaux, les dîners en ville, bref, la classe politique…
 
CDG : Vous voulez dire la classe papoteuse, ragotante et jacassante.

Il a retrouvé, vraisemblablement sans la connaître, la formule anglaise « chattering class », pour désigner ces deux ou trois mille personnes qui font la pluie et le beau temps.

Alain PeyrefitteC’était De Gaulle, tome II (1963-1966)