« Qu’est-ce que Dieu? Il est longueur, largeur, hauteur et profondeur »

Qu’est-ce que Dieu ? Il est tout à la fois longueur, largeur, hauteur et profondeur. […] je définis ce Dieu unique tel que nous pouvons le comprendre et non pas tel qu’il est en effet; […] Pour nous, dont l’intelligence est incapable d’atteindre à la simplicité de Dieu, pendant que nous nous efforçons de nous le représenter un, il se présente à notre esprit comme un être quadruple. […] »

 

Qu’est-ce donc que Dieu? Il est longueur, dirai-je. Que faut-il entendre par là ? L’éternité: car elle est si longue qu’elle n’a point de limites ni dans le temps ni dans l’espace. Il est aussi largeur. Qu’est-ce à dire ? Qu’il est charité. […] Que dirai-je de plus ? Qu’elle [la charité] est éternelle; ou bien, ce qui est peut-être encore plus fort, elle est l’éternité même. Vous le voyez donc, en Dieu la longueur est égale à la largeur […] Dieu est éternité, Dieu est charité, longueur sans tension, largeur sans distension. Il excède également les étroites limites du temps et de l’espace, non point par la masse de sa substance, mais par la liberté de son être. Voilà comment celui qui a donné la mesure à toutes choses est lui-même sans mesure, et comment encore, tout immense qu’il soit, il est néanmoins la mesure de l’immensité elle-même. »

 

Qu’est-ce encore que Dieu ? Il est hauteur et profondeur, et se trouve ainsi d’un côté au-dessus, de l’autre au-dessous de toutes choses; car dans les attributs divins l’équilibre ne pèche en aucun sens, il est constant et demeure toujours le même. Dans la hauteur considérez sa puissance, et dans la profondeur voyez sa sagesse; l’une égale l’autre, et nous savons qu’il est aussi impossible d’atteindre à sa hauteur que de scruter à fond sa profondeur ; […]

 

Il n’y a là qu’une seule et même chose, les effets seuls sont nombreux et les opérations distinctes; et cette chose unique est en même temps longueur par son éternité, largeur par sa charité, hauteur par sa majesté et profondeur par sa sagesse. […]

 

Nous savons toutes ces choses, pensons-nous pour cela les avoir saisies ? On n’y parvient que par la sainteté et non pas le raisonnement, si toutefois il est possible de comprendre ce qui est incompréhensible. […] Ce qui fait les saints, ce sont les affections saintes: or il y en a deux, la sainte crainte du Seigneur et son saint amour […] La crainte répond à la hauteur et à la profondeur, et l’amour à la largeur et à la longueur.

 

 […] Aimez donc avec constance et persévérance, et vous avez la longueur; que votre amour s’étende jusqu’à vos ennemis, et vous avez la largeur; enfin ayez en toutes choses l’âme timorée, et vous aurez saisi la hauteur et la profondeur.

Bernard de ClairvauxDe Consideratione (1152)