Philippines : la guerre contre la drogue

Filmé de l’intérieur dans un bidonville de Manille, un récit choc sur la sidérante et meurtrière « guerre à la drogue » lancée par le président philippin Rodrigo Duterte – Documentaire d’Olivier Sarbil et James Jones (Etats-Unis, 2018, 53mn)

« Hitler a massacré 3 millions de Juifs, nous avons 3 millions de toxicomanes. Je serai heureux de les liquider. » Lorsqu’en 2016, le nouveau président philippin Rodrigo Duterte lance une campagne extrême contre le trafic de drogue, il s’adresse d’abord à la police : « Tuez-les. Je vous couvrirai. » Cette garantie d’impunité au sommet de l’État donne lieu à une vague d’exécutions sommaires (sur les 5 000 à 7 000 assassinats estimés, 1 000 sont officiellement attribués à la police), tandis que 160 000 personnes sont jetées dans des prisons surpeuplées. De mystérieux escadrons de la mort auraient accompli la majorité des meurtres. Cette ultraviolence, qui cible autant les dealers que les usagers, décime les bidonvilles de Manille. Mais quand, en 2017, l’assassinat d’un lycéen de Caloocan, l’un de ces quartiers miséreux, déclenche une protestation massive, Duterte intime l’ordre de limiter l’usage des armes et limoge toute la police locale. La mort, pourtant, continue de frapper à bout portant.

Que fait (vraiment) la police ?

Le nouveau commandant de Caloocan, Jamar Modequillo, laisse James Jones et Olivier Sarbil filmer sa prise de fonction et sa méthode : entraînements et descentes musclés, arrestations planifiées… Mais le soupçon grandit : sa police aurait-elle partie liée avec les milices qui exécutent ? En parallèle, les réalisateurs se tournent vers la jeunesse du bidonville et les familles de victimes assassinées, qui dénoncent une guerre menée contre les pauvres. Comment filmer la violence quand elle innerve le quotidien et émane en même temps si explicitement du pouvoir ? Ce film choc aux images crépusculaires, construit comme un thriller, plonge le spectateur dans la réalité cauchemardesque créée par un démagogue sans scrupules.


Depuis l’entrée en fonction du président Rodrigo Duterte, en 2016, des milliers de personnes ont été assassinées aux Philippines par des commandos de la mort, constitués de policiers corrompus et de tueurs à gages.

Une plongée glaçante au cœur du système politique philippin dans les pas de la journaliste Maria Ressa, entre presse harcelée et exécutions sommaires. Maria Ressa est actuellement sous le coup d’une condamnation pour diffamation. Depuis l’entrée en fonction du président Rodrigo Duterte, en 2016, une campagne meurtrière massive a débuté aux Philippines.

Dans le collimateur officiel du « shérif de Manille » : la drogue, avec ses dealers comme ses consommateurs. Souvent sur une vague présomption, parfois aussi pour s’être trouvées au mauvais endroit au mauvais moment, des milliers de personnes ont été assassinées par des commandos de la mort, constitués de policiers corrompus et de tueurs à gages. 

La journaliste Maria Ressa, fondatrice du site d’information indépendant Rappler, et qui figure sur la liste des personnalités de l’année 2018 du magazine américain Time, s’est engagée avec ses collaborateurs contre cette guerre illégale menée par le gouvernement. Adepte d’un journalisme exigeant fondé sur les faits, elle subit en représailles de multiples campagnes de diffamation et s’est vue plusieurs fois arrêtée et emprisonnée pour des motifs douteux. Aux attaques virulentes de trolls sur les réseaux sociaux se sont ajoutées aussi de très concrètes tentatives d’intimidation. Le 15 juin 2020, un tribunal de Manille l’a condamnée pour diffamation. Un jugement politique pour la réduire au silence ?

Marc Wiese a suivi Maria Ressa une année durant, explorant avec elle les coulisses d’une presse philippine harcelée, mais aussi les réalités d’une guerre sale, que dévoilent des victimes rescapées, des membres des commandos de la mort et des politiciens critiques. L’aperçu glaçant d’une démocratie qui a vacillé.

Documentaire de Marc Wiese (Allemagne, 2019, 1h30mn) – Disponible jusqu’au 17/08/2020