Atlas des pays qui n’existent plus

Atlas des pays qui n’existent plus – 50 etats que l’histoire a rayes de la carte

Connaissez-vous la Carélie de l’Est, le royaume des Deux-Siciles, le Biafra, l’État libre d’Orange… ? Aux XIXe et XXe siècles, de nombreux États ont vu le jour, mais d’autres ont proprement disparu. Qu’ils aient subsisté des dizaines d’années ou quelques semaines, les 50 pays présentés ici ont en commun une histoire surprenante : celle de ne plus exister.

Bjørn Berge nous plonge dans le récit vivant de la destinée funeste de ces États, mêlant la petite histoire à la grande avec talent grâce à des anecdotes… et une étonnante collection de timbres émis par tous ces pays, témoignages de leur existence, même brève, aux yeux du monde.

Lire un extrait (Editions Autrement)


«Atlas des pays qui n’existent plus», l’histoire des États rayés de la carte (RFI)

Avec cet ouvrage copieux, présenté dans un élégant format à l’italienne, Bjørn Berge, qui a longtemps rêvé d’arpenter à pied tous les rivages du monde, nous invite à un double voyage en chambre, dans les bizarreries de l’Histoire et de la Géographie.

Avec plus de quatre-vingts titres, la collection Atlas des éditions Autrement offre depuis plus de quinze ans une approche savante, synthétique et séduisante de la géographie. On y trouve aussi bien des atlas historiques que géopolitiques, thématiques ou consacrés à un pays ou une région du monde. Ceux dédiés à l’esclavage ou à la colonisation, par exemple, sont sans équivalent dans le monde éditorial francophone.

Des atlas… autrement

Avec des ouvrages comme Drôle de planète, 99 cartes pour voir le monde, et L’Atlas des pays qui n’existent plus, parus en novembre, la collection diversifie ses approches et prouve au grand public comme aux étudiants et enseignants auxquels ils sont aussi destinés, que la représentation d’un territoire peut être affaire de créativité tant dans la forme que dans les problématiques abordées.

Le second est l’œuvre d’un passionné d’histoire, explorateur pédestre des rivages et collectionneur des objets que la mer y dépose. Bjørn Berge est aussi un philatéliste atypique puisqu’il s’est donné pour tâche de rassembler un timbre de chaque État du monde. Et c’est de ce projet que lui est venue l’envie de raconter l’histoire des pays disparus.

Son approche est celle d’un passionné plus que d’un scientifique. Certains des cinquante pays qu’il décrit, dont l’existence, parfois très brève, se situe entre la fin du dix-huitième siècle et le milieu des années 1970, ont connu une souveraineté limitée, comme le Mandchoukouo à la solde de l’Empire japonais, ou bien ont été mis en coupe réglée par des États totalitaires, comme les Îles Anglo-Normandes sous commandement nazi en 1940, ou encore ont été de purs et simples dépendances coloniales, comme le protectorat espagnol de Cap Juby, à l’extrême sud du Maroc actuel.

Au-delà du cabinet de curiosités

Entre philatélie, évocation géographique, anecdote historique ou citation littéraire, les textes gagnent parfois en poésie ce qu’ils perdent, pour les non-initiés, en clarté descriptive. L’ouvrage invite donc davantage à la divagation qu’à l’étude, bien que la bibliographie en fin de volume, et les suggestions de lecture dans chacun des chapitres, soient autant d’invitations à poursuivre le voyage.

Le premier pays traité est le royaume des Deux-Siciles, créé en 1816 à la suite du Congrès de Vienne, après l’effondrement de l’Empire napoléonien. Rassemblant la grande île italienne et le sud de la péninsule italienne, il a Naples pour capitale et des Bourbons pour dynastie régnante. Arriéré politiquement et socialement, il n’en constitue pas moins une puissance économique de premier plan en Méditerranée. Il s’effondre avec l’expédition de Garibaldi en 1860 avant d’être rattaché à l’Italie l’année suivante.

À l’autre extrémité du livre, on trouve l’État du Biafra. Cette éphémère république sécessionniste du Nigeria, entre le Delta du Niger et la frontière du Cameroun, n’a laissé derrière elle qu’un nom synonyme de famine sur fond de rivalités internationales pour l’exploitation du pétrole. Il faut lire sur ce point le roman cité par Bjørn Berge, L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie, qui raconte le destin bouleversé de sœurs jumelles dans une guerre qui, directement ou indirectement, a entraîné la mort de deux millions de personnes.

Guerres et rivalités européennes dans le monde

Nombre de ces États racontent, par-delà les noms insolites, propices au rêve, les cauchemars impériaux et dictatoriaux du siècle. Ainsi l’État libre d’Orange, où la domination blanche a tenté de se détacher de toute tutelle européenne, nous ramène aux origines de la guerre des Boers. Sur des terres qui appartiennent aujourd’hui à l’Afrique du Sud, sa logique de ségrégation raciale a préparé celle de l’apartheid.

La République de Tripolitaine, que l’auteur décrit comme la première république islamiste de l’Histoire, nous rappelle que la campagne coloniale en Libye, qu’on résume encore aujourd’hui à la guerre italo-turque de 1911-1912, s’est étirée sur deux décennies, entre massacres des habitants et de leur bétail, camps de concentration et velléités génocidaires.

Quant à la Terre de Feu, où un chercheur d’or, Julius Popper, se croit au tournant des années 1890 à la tête d’un véritable empire, elle est le théâtre d’un « grand remplacement », bien réel celui-ci, qui voit les populations autochtones disparaître à coups de fusil et d’épidémies européennes. Si « l’autoproclamé dictateur fuégien » meurt empoisonné en 1893 à Buenos Aires, l’Argentine et le Chili débattront durant un siècle encore des frontières de l’extrême sud américain, vidé de ses habitants.

Derrière le philatéliste et le voyageur passionné, Bjørn Berge cache peut-être un moraliste qui ne laisse guère de place à un exotisme de pacotille ou à une nostalgie de bon aloi. Les récits qui se succèdent n’en sont que plus passionnants et, dans cette ère de consommation touristique, ils nous offrent assurément une manière nouvelle, sincère et délicate, d’explorer notre monde.


Bjorn Berge, Atlas des pays qui n’existent plus… (JForum)

Un livre sur tous ces pays disparus sans laisser de traces ou… presque.

Voici un beau livre, un livre que l’on peut offrir à l’occasion des fêtes de fin d’année et qui vous apprendra tant de choses sur des pays ou de simples principautés, disparus soit à cause de guerres, soit par simple abandon, ou, enfin, parce qu’ils ont aiguisé la convoitise de superpuissances, comme l’empire colonial français, l’empire britannique ou l’empire allemand. Sans oublier la Belgique qui s’est, elle aussi, offert une petite part du gâteau.

Le sous-titre de cet ouvrage fait référence à l’Histoire, l’Histoire mondiale qui n’est jamais très tendre avec ceux qui s’engagent dans des processus incontrôlés, sans savoir si cette décision ne va pas leur coûter cher, voire même leur coûter la vie. Dans certains cas envisagés ici, la chose est avérée…

Ceci vaut des pays mais cela inclut aussi des peuples : si l’on en croit la Bible, la Terre promise a d’abord appartenu à sept peuplades disparues à cause de la malédiction divine, châtiant des pratiques idolâtres comme les sacrifices humains, interdits depuis la ligature d’Isaac et décrite dans le chapitre 22 du livre de la Genèse.

Il s’agit donc de signaler que ces pays, (l’auteur en recense pour sa part une bonne cinquantaine sans prétendre à l’exhaustivité), ont bel et bien existé soit des décennies, durant, parfois des siècles, voire seulement quelques mois.

L’auteur de ce livre accompagne la mention de ces pays d’un petit texte bien rédigé où il relate les circonstances au cours desquelles ces îles ou îlots ont changé de nom ou ont été annexés par d’autres pays.

Mais voilà, un fait exceptionnel, presque providentiel, a volé au secours de ces pays disparus, un fait devenu ordinaire de nos jours, et ce, depuis plusieurs siècles : c’est le timbre, oui l’émission de timbres, parfois un seul,, comme si les dirigeants avaient confusément conscience de leur durée éphémère. Les Aztèques et les incas nous ont laissé de monuments somptueux, attestant leur glorieux passé, d’autres de simples timbres…

Et l’auteur de ce beau livre est un grand collectionneur, un passionné de philatélie, qui a reproduit dans son ouvrage au moins un timbre (usagé de préférence) de ces états disparus.

Lire ces développements est un véritable plaisir car c’est une plongée dans l’histoire de l’Europe et du monde : des îles lointaines ou proches de l’Europe, voire en faisant partie, comme le royaume des Deux-Siciles, réunies sous la férule d’un roi fainéant, séparées et ensuit de nouveau réunies, pour se fondre, enfin, dans l’unité de la péninsule italienne.

Le duché du Schleswig, à cheval sur l’Allemagne et le Danemark, a lui aussi connu ces va et vient dont l’histoire a le secret. Tour à tour dépendant de la couronne danoise ou réintégrant le giron germanique, il finira par appartenir t à l’empire allemand, uni à un autre état voisin, le Holstein, ce qui donnera le Schleswig-Holstein…

On pourra aussi lire l’histoire d’une île au large des côtes allemandes, le Heligoland (avec ou sans i) dont l’emplacement stratégique constitua une importante pomme de discorde entre deux grandes puissances navales en concurrence, l’empire allemand et l’empire britannique.

Rappelons nous que ces puissances avaient développé de redoutables marines de guerre, capables de servir leur volonté hégémonique. Et cette rivalité a fini par dégénérer en une guerre mondiale. Et le sort de Helgoland n’a été scellé qu’après la fin de la seconde guerre mondiale.

Le sous titre de cet ouvrage mentionne la part de l’Histoire qui a rayé ces états de la carte… Ne pas oublier que le congrès de Vienne en 1815 a sonné le glas des conquêtes napoléoniennes, provoquant une nouvelle configuration territoriale de l’Europe..

Lorsque Jacques Cartier découvre une terre nouvelle qu’il nommera le Canada, il y eut un territoire indépendant, le Nouveau-Brunswick, qui s’est fondu par la suite dans une entité étatique bien plus large. Et ici aussi, l’auteur reprend ce qu’il faut bien nommer une résurrection philatélique, puisque c’est bien la seule trace que ce pays, en tant que tel, a laissée dans l’histoire. Les timbres, il fallait y penser !

Mais collectionner des timbres aussi précieux et qui doivent constituer une incroyable rareté, n’est pas à la portée du premier philatéliste venu. Ces timbres, nés parfois deux ou trois siècles auparavant, l’auteur les réchauffent entre ses mains, il en savoure même les résidus de colle, il hume l’odeur qui s’en dégage. Bref, une véritable relation d’amour.

Aviez vous jamais entendu parler de l’île de Labuan ? Elle nous a laissé un timbre assez bariolé, reproduisant un terrible crocodile, la gueule largement ouverte…

On oublie parfois, de nos jours, que le royaume du Danemark, l’un des plus petits membres de l’Union Européenne, avait été jadis une puissance coloniale puisque l’atlas parle des Indes Occidentales danoises et reproduit un beau timbre avec un immense bateau à voile.

Cette possession danoise s’adonnera sans retenue au commerce triangulaire, servant de transit à des milliers de pauvres esclaves qui n’avaient jamais imaginé l’immensité de l’océan et l’existence d’îles aussi lointaines, aux confins du monde habité…

Grâce à Jonathan Swift (1676-1745) nous avons eu Les voyages de Gulliver qui nous parlent de la Terre de van Diemen. Inutile de résumer les détails mais la citation sur la cruauté des coups de fouet (le knout) fait froid dans le dos. Le fouet sectionnait littéralement le dos du condamné à la flagellation.

Impossible de retenir toutes les notices mais on peut rappeler que l’auteur a divisé son ouvrage en tranches chronologiques dont la première couverte la période allant de 1840 à 1860 et la seconde 1860 à 1890 et ensuite jusqu’à 1915. Mais il va aussi bien au-delà puisquil s’arrête à 1975…

Aujourd’hui, même après la disparition tragique du dictateur Kadhafi, qui se souvient de la République de Tripolitaine ? Certes, on sait que Benghazi et Tripoli ont eu de tout temps des relations conflictuelles mais on a oublié que la Libye est la réunion forcée et artificielle de deux entités distinctes dont l’une des deux a forcément disparu pour donner naissance à cette même Libye qui n’existe plus que sur le papier…

En novembre 1918, donc à la fin de la Grande Guerre, les habitants de la Tripolitaine ont proclamé leur indépendance, pensant échapper à la main mise coloniale de l’Italie. Ce fut donc, la première république islamique ou musulmane du monde.

Cependant, lors des tractations qui se tenaient à Versailles, les puissance européennes avaient d’autres priorités et n accédèrent pas à cette demande de reconnaissance internationale… On connaît la suite. Mais le timbre reproduit ici ne porte que des caractères latins et des termes italiens, rien en arabe…

Il faut bien s’arrêter là et ce compte-rendu est déjà assez long. Mais il faut savourer ce beau livre par petits morceaux. Il en vaut largement la peine.

Maurice-Ruben Hayoun