Ernest Chénière : retour sur l’affaire des foulards de Creil (1989)

L’ancien principal de Creil : « J’ai eu affaire à la première brèche dans la laïcité par un islamisme conquérant » (Marianne)

C’était il y a trente ans jour pour jour. L’histoire retient qu’il est le premier a avoir dit non au voile à l’école. Marianne a retrouvé Ernest Chénière, l’ancien principal du collège Gabriel-Havez de Creil où s’est jouée la première affaire du foulard. A 74 ans, il se souvient comme si c’était hier de ces semaines qui ont changé sa vie.

Ce dossier est à retrouver dans le magazine numéro 1174, « Creil, 1989 : Quand la République a capitulé », disponible en ligne pour 3,49 euros.

Marianne : Quand vous avez été nommé au collège Gabriel Havez en 1987, était-ce un des « pires » collèges du secteur ?

Ernest Chénière : Un des pires de France, vous voulez dire ! Et j’en ai la preuve. J’étais à Amiens, à la fin d‘une formation pour devenir principal, lorsqu’est venu le jour où l’on nous faisait part de notre affectation. Quand je suis entré dans la grande salle où devaient se révéler les collèges de chacun, mes collègues se sont esclaffés ! Je ne comprenais pas pourquoi ils riaient tant. Ils se gaussaient. « T’es nommé à Gabriel Havez ! », a dit l’un. Moi, je ne connaissais même pas ce collège qui porte le nom d’un ancien maire de Creil… L’inspecteur responsable de notre groupe m’a pris à part, en me tenant par le coude avec un air grave. Il m’a dit deux choses : d’abord qu’il fallait y remettre de l’ordre, ensuite que, selon leur analyse, je présentais le profil requis pour gérer la situation.

Pourquoi avez-vous été choisi d’après vous ?

Pour une série de raisons objectives, je pense. J’avais déjà été instituteur en banlieue, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. J’avais enseigné deux ans au Maroc. Je parlais l’arabe tout en ayant beaucoup étudié l’Islam. Autre corde à mon arc, je ne cachais pas ma pratique des arts martiaux ! Peut-être aussi que mes origines antillaises et ma couleur de peau ont joué un rôle… Quoi qu’il en soit, l’Éducation nationale m’avait choisi pour aller où personne ne voulait aller.

Un résident a défini cette stratégie comme un « parcage ethnique ». Cette expression m’avait fait mal !

Vous avez parlé à l’époque de « poubelle sociale » en évoquant le quartier de Creil où vous atterrissez …

Il n’y avait aucun mépris de ma part à dire cela. Je ne faisais que mettre des mots justes sur une réalité que je constatais et qui était indéniable. J’avais déjà habité dans différents quartiers populaires, à Paris quand j’étais jeune, en banlieue parisienne et au Maroc. Mais là, c’était différent. La mairie socialiste de Creil avait depuis longtemps une stratégie consistant à drainer vers ce quartier du Rouher, sur le plateau, en face du collège, les populations immigrées les plus déshéritées socialement et les moins intégrées. Sur 800 élèves, il y avait 36 nationalités. Ce quartier était à lui tout seul l’expression d’une hypocrisie de la société française, qui se prétend accueillante mais qui pratique une ghettoïsation systématique… Ces gens étaient relégués là. Ils n’avaient aucune chance d’en sortir. Un résident a d’ailleurs défini cette stratégie comme un « parcage ethnique ». Cette expression m’avait fait mal !

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Je me suis retrouvé à Creil face à la première tentative d’ouvrir une brèche dans la laïcité par un islamisme conquérant.

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