Le Mont Blanc n’est pas en France ! Et autres bizarreries géographiques

Saviez-vous qu’à Londres, la suite 212 de l’hôtel Claridge’s était yougoslave le 17 juillet 1945 ? Que la principauté d’Arbézie, à cheval sur la frontière franco-suisse, est… un hôtel-restaurant ? Que la France possède des territoires à Jérusalem ? Que Sainte-Adresse, près du Havre, a été la capitale de la Belgique pendant la Première Guerre mondiale ? Que le Mexique revendique sa souveraineté sur l’île de Bermeja… qui n’existe pas ? Qu’une ancienne plateforme britannique s’est constituée en État souverain dans l’estuaire de la Tamise ? Que la France et l’Italie se disputent le sommet du mont Blanc depuis un siècle et demi ?

Ce sont ces bizarreries géographiques que nous raconte Olivier Marchon dans ce livre étonnant qui rassemble des dizaines d’histoires de ce type, des plus tragiques aux plus loufoques : de petits morceaux de terre, enclavés, disputés, au statut à part, parfois étrange, qui, chacun à leur manière, racontent la grande histoire…

Olivier Marchon est réalisateur indépendant.



« Le Mont Blanc n’est pas en France »: drôle de leçon de géographie en vacances (France Info)

Les vacances sont une occasion de découvertes de territoires peu connus. « Le Mont Blanc n’est pas en France !» est une façon de voyager, dans l’espace et dans le temps. Au moment où vos yeux parcourront une carte routière et qu’ils croiseront les limites de certains territoires, vous pourrez en faire toute une histoire… Il suffit de suivre les pointillés tracés par Olivier Marchon.

Dans cet ouvrage, l’auteur nous livre de courts récits de particularités géographiques sur la planète. Non pas des bizarreries de la croûte terrestre mais des situations inédites pour des territoires enclavés, symboliques, disputés, spéciaux, voire utopiques. Ainsi, si vous passez par la ville de Sainte-Adresse, à côté du Havre, vous remarquerez peut-être une drôle de boîte aux lettres rouge (et non jaune façon La Poste), trace d’une époque où cette charmante commune balnéaire fut la capitale de la Belgique… Le temps d’une guerre (la première mondiale). Car en ouvrant ce livre, si vous pensiez vous limiter à la matière géographique, vous serez très vite embarqués dans les circonvolutions de l’Histoire aux travers de petites histoires tordues, tordantes, tragiques ou stratégiques. Ainsi, le Mexique revendique aux Etats-Unis une île, Bermeja. Seulement voilà, elle n’existe pas, ou plus. Une sorte d’Atlantide en somme. Pourtant ce bout de territoire de sable inhabité dans le Golfe du Mexique est hautement stratégique car il permet au pays propriétaire d’accéder à d’énormes réserves de pétrole. A quoi tient le destin d’une île déserte que tout le monde a perdue de vue !Vous pourrez voir dans ces histoires des découvertes à la façon d’un guide touristique : trouver la meilleure façon d’acheter vos cigarettes moins chères si vous passez à Targassone ou Saillagouse dans les Pyrénées-Orientales grâce à Charles Quint. Changer de pays sans vous déplacer entre le 31 juillet et le 1er août chaque année si vous pouviez fouler la terre de l’île de la Conférence au beau milieu du fleuve côtier de la Bidassoa dans le Pays basque.

Vous pourrez aussi perfectionner vos connaissances historiques, voire géostratégiques : en plongeant par exemple dans la complexité du découpage de Chypre et la subsistance de territoires anglais sur l’île ou en vous penchant, attention sans prendre de risque, vous êtes à 4810 m tout de même, sur le cas de frontières disputées entre la France et l’Italie pour le Mont Blanc (ou le monte bianco ?). Voilà pourquoi vous pourriez affirmer crânement, avec les Italiens et Olivier Marchon : « le Mont Blanc n’est pas en France ! »

Enfin vous pourrez philosopher et vous amuser de cette histoire franco-suisse d’une maison à cheval sur la frontière jurassienne des deux pays. Elle a fait dire à son propriétaire, son altesse autoproclamée Max Arbez, prince d’Arbézie, « l’amour, la liberté, comme le chocolat, n’ont pas de frontières ». Plus qu’une leçon d’histoire ou de géographie, une leçon d’humour.


Bizarreries géographiques : pourquoi le Mont-Blanc n’est pas en France (Atlantico)

A quelle nationalité pourrait prétendre un enfant né au sommet du mont Blanc ? Française ou italienne ? Cette question saugrenue méritera encore et toujours d’être posée tant que la souveraineté de la plus haute montagne d’Europe continentale ne sera pas établie de manière certaine.

Énonçons-le simplement : les Français pensent que le mont Blanc se trouve en France alors que les Italiens prétendent que la frontière passe exactement au sommet, partageant équitablement la montagne mythique entre les deux pays. La question ne serait pas aussi intéressante s’il n’était aussi un peu question de prestige national. Posséder le toit de l’Europe sur son territoire, ça en jette. À ce jour, personne n’est né au sommet du mont Blanc. Et c’est probablement pour cette raison qu’aucun gouvernement, français ou italien, n’a pris la peine de régler définitivement ce désaccord qui dure pourtant depuis cent cinquante ans.

Mais pour retrouver les sources du problème, il faut d’abord remonter à la Révolution française. À l’époque, la nation est en guerre contre l’Europe entière (ou presque) et n’en finit pas de repousser de féroces soldats. En 1792, la France envahit le duché de Savoie, alors possession du royaume de Sardaigne, et y crée en lieu et place le département du Mont-Blanc. La montagne, escaladée pour la première fois six ans plus tôt, fait intégralement partie de ce nouveau département français. Après la défaite de Waterloo en 1815, le Premier Empire disparaît et la France perd des territoires. Retour à la case départ : la France rend toute la Savoie au royaume de Piémont-Sardaigne. Adieu mont Blanc. Adieu département. Bonjour monte Bianco.

En 1855, Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, cherche à unifier l’Italie, mais l’Autriche voit son projet d’un mauvais oeil. Le roi cherche alors des soutiens diplomatiques et militaires. Napoléon III les lui donne contre la promesse secrète de l’octroi de territoires. La guerre a bien lieu et les Autrichiens sont battus à Montebello, à Magenta et à Solferino par les Piémontais, aidés des Français. La promesse secrète est tenue en 1860 : par le fameux traité de Turin, le comté de Nice et la Savoie passent sous contrôle français. L’affaire fait grand bruit : l’immense Garibaldi, natif de Nice, allié de Victor-Emmanuel et artisan décisif de l’unité italienne, se sent trahi. L’armée piémontaise a fait tracer précisément la frontière entre le duché d’Aoste, qui reste dans son giron, et le duché de Savoie, qui devient donc français. La carte de cette frontière, qui passe au sommet du mont Blanc, est jointe au traité.

Pourtant, dès 1865, reprenant probablement les limites du département de 1792, l’armée française édite des cartes incluant le mont Blanc dans la Savoie. Depuis, ce tracé est repris : encore aujourd’hui, le très sérieux Institut géographique national le reproduit sur toutes ses cartes, et le monde entier semble avoir pris le parti de la vision française : les cartes en ligne de Google mettent bien le mont Blanc intégralement en France.

Cependant, les Italiens tiennent bon : leurs cartes respectent bien la frontière prévue par le traité de Turin. La divergence entre la France et l’Italie est évidente, mais l’affaire ne semble pas une véritable priorité diplomatique pour les autorités des deux pays. On a bien créé une commission binationale chargée de travailler sur le sujet en 1988. Une voix s’élève de temps en temps au parlement italien pour évoquer le problème. La Commission européenne a même été questionnée à ce propos.Mais chaque initiative s’est soldée par un échec.

Tout porte à croire que, effectivement, « personne ne souhaite faire de ce problème une dispute territoriale anachronique », comme le dit Lamberto Dini, ancien ministre italien des Affaires étrangères. Message reçu. Le traité de Turin, c’est de l’histoire ancienne… et c’est même presque une histoire oubliée, si on en juge par une erreur diplomatique et administrative que la France commet au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

En 1947, en effet, la France signe avec l’Italie vaincue le traité de Paris par lequel on règle moult détails de frontières, d’indemnisations et de relations bilatérales futures. Charge à la France, dans les six mois, d’annexer à ce traité et d’enregistrer à l’ONU les anciens accords franco-italiens qu’elle souhaite voir s’appliquer à l’avenir. Le traité de Turin ne sera jamais enregistré.

Encore aujourd’hui, la France ne peut s’y référer devant les Nations unies. Il n’en fallait pas plus pour les activistes savoyards qui voient là l’occasion de faire parler d’eux. Quelques-uns d’entre eux refusent aujourd’hui de payer leurs impôts ou contestent la réalité des amendes délivrées par la police ou la gendarmerie française. Le raisonnement est simple : l’oubli de l’enregistrement du traité de Turin rendrait illégale la souveraineté française en Savoie. Dès lors, il est permis d’imaginer autre chose : indépendance, autonomie ou rattachement de la Savoie à l’Italie.

A contrario, on peut arguer, comme l’a fait un tribunal de Chambéry à l’encontre d’un indépendantiste savoyard refusant de payer ses impôts, que le traité n’a « pas été signé avec l’Italie mais avec le roi de Sardaigne », et que « l’applicabilité d’un traité signé en 1860 ne saurait dépendre d’un enregistrement auprès d’une institution créée près de quatre-vingt-cinq ans plus tard ». Le lecteur se fera son opinion.

En attendant, on ne sait toujours pas de quelle nationalité est le mont Blanc. Et il paraît que les fameuses cartes de l’armée piémontaise annexées à l’exemplaire français du traité de Turin ont disparu pendant la guerre. Devant le refus des gouvernements de se rencontrer pour en discuter, l’affaire n’est pas prête d’être réglée…

Bizarreries géographiques : ce fantôme de Napoléon qui hante toujours l’île de Sainte-Hélène

L’île britannique de Sainte-Hélène est connue pour être le lieu de l’exil de Napoléon Ier. Ce qui est moins connu, c’est que la France y possède aujourd’hui plus d’une quinzaine d’hectares, souvenirs des endroits que Bonaparte a hantés lors des six dernières années de sa vie.

La maison de Longwood, le pavillon des Briars et la vallée du Tombeau, qui constituent les très officiels domaines français de Sainte-Hélène appartiennent au ministère des Affaires étrangères et sont gérés par le consulat du Cap, en Afrique du Sud.

Tel un village d’Astérix, ces domaines semblent narguer le vainqueur ! Quelle ironie, en effet, de voir aujourd’hui le drapeau tricolore flottant sur ces terres ayant appartenu à l’Angleterre, pays que Napoléon ne put jamais envahir et responsable de la chute définitive de l’Empereur.

En 1815, la défaite de Waterloo a raison de Bonaparte. Vaincu par ses ennemis européens, contesté par ses adversaires français, Napoléon n’a d’autre choix que d’abdiquer et de demander asile à l’Angleterre. Soucieux à l’idée de devoir héberger un homme aussi dangereux sur leur propre sol, les Anglais préfèrent rester sourds à sa demande, le capturent par ruse et l’envoient directement en exil à Sainte-Hélène.

En refusant d’examiner la demande d’asile de l’empereur déchu, en se jouant de lui pour le capturer, en le condamnant sans procès, le gouvernement anglais renie les idéaux de l’Habeas Corpus et foule aux pieds le code d’honneur militaire. Ce faisant, il se met à dos une partie de l’opinion, y compris britannique…

Le 5 mai 1821, après six années d’inconfortable exil, Napoléon meurt dans sa résidence de Longwood. Les Britanniques refusent que son corps soit rapatrié en France ; celui à qui ils ne concédaient plus que le titre de général est enterré sur place, dans un lieu qui lui était cher et qu’on nommera désormais la « vallée du Tombeau ». La disparition de Napoléon marque le départ de la construction du mythe et de l’exaltation de sa mémoire. Et l’encombrant héritage devient bien vite un enjeu politique en France pour les régimes à venir.

En 1840, Louis-Philippe, roi des Français, cherche à redorer l’image de sa monarchie, peu légitime aux yeux du peuple. Son gouvernement organise alors à grands frais le retour des cendres de Napoléon à Paris. Les autorités anglaises, voyant peut-être là l’occasion de racheter auprès de l’opinion les mauvais coups et mauvais traitements infligés à l’ancien empereur, donnent leur aval. Le jour est « beau comme la gloire, froid comme le tombeau », écrit Hugo. La foule rassemblée applaudit au passage de la dépouille de son héros qui va rejoindre sa dernière demeure des Invalides.

Mais l’événement ne fait qu’accentuer la nostalgie des temps de l’Empire et ne profite pas au roi. Il annonce au contraire l’arrivée d’un autre Bonaparte au pouvoir : après la révolution de 1848, Louis-Napoléon est élu président de la République et restaure l’empire quelques années plus tard.

Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III et rend en quelque sorte « officielle » la nostalgie de l’Empire. Dès 1852, il entame des démarches pour acheter la demeure de Longwood et la vallée du Tombeau auprès du gouvernement britannique. Vendre de la terre britannique à une puissance étrangère est interdit, mais les relations franco-britanniques sont au plus haut. La reine Victoria et Napoléon III s’entendent à merveille, les deux pays vont bientôt s’engager ensemble dans la guerre de Crimée ; l’« Entente cordiale » a commencé.

Six ans durant, les diplomates s’agitent pour trouver un accord que la reine Victoria approuve officiellement le 7 mai 1858. Une ordonnance du gouverneur de Sainte-Hélène est alors prise pour autoriser la vente des deux propriétés à Louis-Napoléon Bonaparte au prix de 7 100 livres et un conservateur français débarque sur l’île le 30 juin 1858 pour prendre officiellement possession des désormais « domaines français de Sainte-Hélène ».

L’histoire n’est pas terminée. Cent ans plus tard, en 1959, une certaine Mabel Brooks fait don à la France du pavillon des Briars. La vieille dame est une descendante de la famille Balcombe qui, la première, accueillit en cette demeure Napoléon Ier au début de son exil, avant qu’il ne s’installe à Longwood. Apprenant en 1957 l’état de délabrement du bâtiment, elle a remué ciel et terre pour racheter la maison et la donner aux Français.

Ce n’est plus d’Entente cordiale qu’il s’agit mais bien d’amour ! Mais au fait, d’amour pour qui ?

« C’était le plus grand ennemi de l’Angleterre et le mien aussi ; mais je lui pardonne tout. À la mort d’un si grand homme, on ne doit éprouver qu’une profonde douleur et de profonds regrets. » Ces mots prononcés par Hudson Lowe, gardien de Napoléon pendant son exil, résument à eux seuls les sentiments ambivalents qu’ont pu avoir nombre d’Anglais à l’égard de Napoléon. Et cela explique peut-être en partie pourquoi il fut possible à la France d’acquérir quelques morceaux de l’île britannique de Sainte-Hélène qui, en guise de village gaulois narguant le vainqueur, sont en fait des signes du rapprochement de la France et du Royaume-Uni.

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