Régis Debray : « La mélancolie serre le cœur, la nostalgie serre les poings »

« Parmi les quelques évidences que j’aurais voulu voir entrer dans le domaine public, il y a la vertu propulsive et dynamique de la nostalgie, qui nous fait serrer les poings pour égaler les grands Anciens, quand la mélancolie, elle, ne fait que serrer le cœur. »

Régis DebrayBilan de faillite (2018)

 


« La nostalgie est progressiste car elle nous pousse en avant. Je n’ai connu de révolutionnaires que nostalgiques. »

Madame H (2015)

« La nostalgie n’est pas du tout la maladie de langueur que l’on croit, ce n’est pas du tout une mélancolie. La nostalgie, c’est un dynamisme : au fond, je crois qu’agir, c’est répéter, c’est vouloir recommencer ce qui a été fait et mal fait, et qu’on s’imagine pouvoir mieux faire. C’est pourquoi tous les révolutionnaires ont été de grands passéistes. Tous ceux que j’ai connus étaient des gens transportés par l’image d’un passé sans doute idéalisé, mais qui leur donnait un sentiment de dette envers un héritage saisi comme un défi à relever. La nostalgie, c’est ce qui me reste du révolutionnaire. » 

Régis Debray – Un candide à sa fenêtre. Entretien (Gallimard – 2015)

Debray plaide en faveur d’une dynamique de la nostalgie, cette racine irremplaçable de l’avenir. Pas n’importe quelle nostalgie, bien sûr : pas la mélancolie qui immobilise le mouvement de l’Histoire, moins encore la tyrannie de la mémoire, de l’engorgement patrimonial où chacun se fait l’archiviste de sa famille mythifiée, où le vide-greniers tient lieu de culture. Il faut « lui enlever son parfum de violette et lui rendre son grondement de forge ». Notre hussard de la nostalgie en fait l’alliance créatrice de l’optimisme et du désespoir. La culture imprégnée de nostalgie permet à l’Histoire de lire l’avenir dans le présent […] Histoire, culture, nostalgie, c’est aussi ce qui fait le tri entre la révolte et la révolution. « Il n’est pas d’avenir plausible sans une poétique du passé. »

Le hussard de la nostalgie (Le Point – 2013)

« Tous les hommes d’action sont mélancoliques, il faut commencer par là. La nostalgie est motrice. Tous les révolutionnaires sont hantés par le révolu. Robespierre et Saint-Just couraient après la République romaine, les communards couraient après 1793, Lénine courait après la Commune de Paris, etc. Un vrai progressiste a toujours un rétroviseur à côté. »

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