Les espions de l’Élysée

Face à une attaque terroriste, à la menace cyber ou lors d’une crise internationale, le renseignement est au cœur du pouvoir. C’est pourquoi Nicolas Sarkozy, à peine installé à l’Élysée, crée le poste de coordonnateur national du renseignement (CNR). Chargé de conseiller le chef de l’État, le CNR est aussi un relais avec les services secrets. Il veille à leur bonne coopération et s’assure que les informations essentielles remontent au Président.

Très vite, l’intérêt du chef de l’État pour cette fonction suscite les craintes les plus vives face à l’hyperprésidence qu’il installe. Mais, en dépit des critiques et des chausse-trappes, le coordonnateur survit aux alternances et aux crises sans rien perdre de son importance.

Pour la première fois, les auteurs lèvent le voile sur cette fonction stratégique et donnent la parole à ceux qui l’ont occupée. Anciens coordonnateurs, conseillers, ministres et présidents de la République ont accepté de se livrer à un exercice dont ils sont peu coutumiers : ils révèlent les processus de décisions, les responsabilités de chacun sans cacher les tensions et difficultés auxquelles ils se sont heurtés. Ensemble, ils éclairent l’univers mystérieux des services secrets.

Floran Vadillo, enseignant à Sciences Po, est directeur conseil dans une grande entreprise française de services du numérique. Il occupait auparavant les fonctions de conseiller auprès du ministre de la Justice, chargé notamment du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

Alexandre Papaemmanuel, enseignant à Sciences Po, auditeur de l’IHEDN, est directeur défense, renseignement et sécurité au sein d’une entreprise innovante du numérique. Il a occupé plusieurs fonctions de direction dans l’industrie de défense.

TallandierLire un extrait


Face à une attaque terroriste, à la menace cyber ou lors d’une crise internationale, le renseignement est au cœur du pouvoir. Dans « Les Espions de l’Elysée » (Tallandier), Floran Vadillo et Alexandre Papaemmanuel nous éclairent sur le rôle méconnu du coordinateur national du renseignement. Un personnage, censé muscler le dispositif de l’Etat face aux puissants services de renseignement.

Comment l’Élysée chapeaute les services de renseignement (Challenges)

Dans le livre Les espions de l’Élysée (Tallandier), Floran Vadillo et Alexandre Papaemmanuel éclairent sur le rôle d’un acteur méconnu mais ô combien stratégique au sein de l’État : le Coordonnateur national du renseignement.

Voici un livre des plus instructifs qui plonge dans les arcanes des services secrets français. Dans Les espions de l’Élysée (Tallandier), les auteurs Floran Vadillo (ancien conseiller de l’ex Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas) et Alexandre Papaemmanuel (spécialiste des questions de défense), brossent le portrait d’un personnage méconnu mais ô combien stratégique au sein de l’État : le Coordonnateur national du renseignement.

Créée en 2008 par Nicolas Sarkozy, la fonction, qui vise à superviser les différents services de renseignement et à assurer un meilleur partage des informations recueillies, a connu des débuts compliqués comme le relatent aux auteurs le premier titulaire du poste : le diplomate Bernard Bajolet – il prendra en 2013 la tête de la DGSE – et son adjoint le général Christophe Gomart. Entre une installation difficile à l’Élysée et des services qui ne voient pas forcément d’un bon œil cette nouvelle entité, notamment la DGSE qui se montre réticente à l’idée de mutualiser ses grands moyens techniques, le CNR peine à imprimer sa marque.

Faiblesse du renseignement économique

Puis, peu à peu, au gré des alternances politiques et des changements à la tête des services, le CNR va asseoir de plus en plus son autorité. Une montée en puissance symbolisée par la nomination du préfet Alain Zabulon comme patron du CNR en 2013. Ce dernier a, selon les auteurs, « conduit ou accompagné les réformes les plus structurantes pour le monde du renseignement depuis l’après-guerre ». A son actif : la loi sur le renseignement de 2015 qui a doté les services d’un véritable cadre juridique ou la création d’une délégation parlementaire au renseignement (DPR) chargée d’évaluer la politique gouvernementale sur le sujet.

L’un des grands mérites de cet ouvrage, bâti sur des témoignages détaillés et développés des différents coordonnateurs qui se sont succédé, est aussi de pointer les carences du dispositif français. Il en va notamment du renseignement économique comme le soulignent aux auteurs plusieurs des sources interrogées. Alain Zabulon vise notamment Bercy qu’il accuse d’avoir « peu investi le renseignement économique » et de s’être « désintéressé » des signaux émis par la DGSI. Claude Guéant, qui en tant que secrétaire général de l’Élysée de 2007 à 2011 a suivi de près les premiers pas du CNR, concède également cette faille – il a été condamné en janvier à de la prison ferme dans l’affaire des primes en liquide du ministère de l’Intérieur. « Que ce soit au sein du CNR ou à Bercy, nous n’avons pas suffisamment agi en ce domaine (de l’intelligence économique) » juge-t-il.

« Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’une brouille » avec les USA

Une faiblesse renforcée par la, justifiée mais écrasante, priorité donnée à la lutte contre le terrorisme ces dernières années. En atteste la mutation du CNR en Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) décidée par Emmanuel Macron en 2017. Si depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel chef de l’État, les moyens du CNR ont été renforcés, réforme qui est globalement saluée par la communauté du renseignement, le danger d’une vampirisation des services par le contre-terrorisme se pose pour les auteurs. « Ce prisme grossissant de la menace (terroriste) risque de reléguer les autres champs au rang des priorités secondaires (l’espionnage et l’ingérence économique ; la prolifération des armes de destruction massive ; les cyberattaques…) », écrivent-ils.

Les espions de l’Élysée revient également sur certaines crises récentes qui ont occupé les maîtres-espions français. Le témoignage d’Alain Zabulon concernant l’affaire Snowden qui a révélé en 2013 comment la NSA, la toute puissante agence de renseignement électronique américaine, espionnait plusieurs pays alliés dont la France, est de ce point de vue éclairant. « Dans l’affaire Snowden, notre posture a consisté à protester avec mesure auprès des Américains : au regard de nos intérêts communs, nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’une brouille dans un contexte où nous essayons de les convaincre de participer aux frappes contre le régime syrien et où leur appui technique aux troupes françaises engagées au Sahel est des plus précieux ». C’est aussi cela la raison d’État.

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