La survie des juifs en France (1940-1944)

Comment et pourquoi 75 % des juifs ont-ils échappé à la mort en France sous l’Occupation, en dépit du plan d’extermination nazi et de la collaboration du régime de Vichy ? Comment expliquer ce taux de survie inédit en Europe, dont les Français ont encore peu conscience ?

Jacques Semelin porte un regard neuf et à hauteur d’hommes sur les tactiques et les ruses du quotidien qui ont permis aux persécutés d’échapper aux rafles et déportations. Au-delà du contexte international et des facteurs géographiques, politiques, culturels, il montre que les juifs ont trouvé en France un tissu social complice pour les aider, surtout à partir de l’été 1942, malgré l’antisémitisme et la délation. Entre arrestations et déportations d’une part, gestes d’entraide et pratiques de solidarité d’autre part, ce livre est tout sauf une histoire édulcorée des quelque 220 000 juifs toujours en vie en France à la fin de l’Occupation. C’est une histoire au plus près des réalités quotidiennes des persécutés juifs, français et étrangers, illustrée par les trajectoires d’individus ou de familles, dont le lecteur suit l’évolution de l’avant-guerre aux années noires.

CNRS Éditions

Historien et psychologue de formation, politologue, Jacques Semelin est directeur de recherche émérite au CNRS (Centre de Recherches internationales, CERI-Sciences Po). Depuis vingt ans, il donne à Sciences Po un cours pluridisciplinaire sur les génocides et les violences extrêmes.


Au mois de juillet 1942, Annette et Léa, deux jeunes filles de 12 et 14 ans sont arrêtées avec leur mère à l’occasion de la rafle du Vel d’Hiv’. Transférées dans un wagon à bestiaux au camp de Pithiviers, les enfants sont séparés de leur mère déportée à Auschwitz le 3 août 1942. Transférées à nouveau, cette fois à Drancy, les deux jeunes filles bénéficient d’une chance extraordinaire: en effet, une cousine de leur mère, assistante du commandant juif du camp, efface à plusieurs reprises leurs deux noms sur les listes de la mort. Après maintes péripéties, elles finiront par être libérées du camp et reprendront même leur scolarité en octobre 1942, à Paris.

Cette histoire s’inscrit dans des milliers d’autres récits qui aboutissent à un constat : 75% des juifs ont échappé à la mort en France sous l’occupation. Ce chiffre constituait pour l’histoire comme une énigme et un mystère. Auteur de La Survie des juifs en France 1940-1944, Jacques Semelin lui donne des clés d’explication. Contrairement aux travaux de Paxton, il remet en cause l’idée d’une France antisémite en distinguant d’une part l’opinion publique touchée par la déportation des femmes et des enfants, et d’autre l’Etat français.

Dans cet ouvrage aux multiples nuances, il propose de comprendre comment les juifs de France vont se débrouiller pour survivre. Comment face aux arrestations et aux lois antisémites, ces derniers se sont fondus dans la population, en jouant parfois d’une double personnalité. Enfin et surtout, comment, ils vont bénéficier d’une entraide spontanée grâce à des passeurs, des faussaires, de simples hôtes ou bien même des « anges gardiens » qui, par des petits gestes dans le quotidien ou bien des actes d’héroïsme, vont faire de la France une exception dans le dessein meurtrier du nazisme.

Storiavoce

L’invité: Historien et psychologue, Jacques Semelin est spécialiste des génocides et des violences extrêmes. Directeur de recherche émérite au CNRS, il donne des cours à Sciences Po. Il a fondé et dirigé l’Online Encyclopedia of Mass Violence, dont il est président depuis janvier 2011. Il est membre des comités scientifiques des revues European Review of History, Journal of Genocide Research et Vingtième siècle. Il est aussi membre de l’International Association of Genocide Scholars. Il vient de publier La Survie des juifs en France 1940-1944 (CNRS Editions, 372 pages, 25€). Un livre préfacé par Serge Klarsfeld.


Comment 75% des juifs de France ont survécu à la Shoah (RCF)

Comment et pourquoi 75 % des juifs en France ont échappé à la mort sous l’occupation nazie ? Une question qui était relativement peu abordée et évoquée en France, jusqu’à la publication en 2013 de l’ouvrage de Jacques Semelin, « Persécutions et entraides dans la France occupée (éd. Les Arènes), qui fait l’objet d’une nouvelle version, « La survie des juifs en France, 1940-1944 » (éd. CNRS).

Il ne s’agit en aucun cas de minimiser le drame qu’a constitué la Shoah : « il est hors de question d’oublier les 80.000 juifs qui sont morts du fait de la collaboration du régime de Vichy et des nazis, dans cette période », insiste Jacques Semelin.

C’est Serge Klarsfeld qui dès 1983, a évoqué le chiffre des 75%. Comment expliquer ça ? On peut déjà sans doute en « prendre conscience ». 75% c’est « une large majorité : « Il faudrait que nous prenions conscience en France qu’une large majorité de juifs a échappé à la Shoah. »

« On peut estimer qu’environ 200.000 juifs sont toujours en France en 1944. » C’est une « réalité historique » et « un exemple exceptionnel dans l’Europe nazie » que Jacques Semelin tente d’expliquer depuis de longues années. Si l’on peut parler d’exception française, c’est qu’aux Pays-Bas par exemple, 75 % des juifs ont été exterminés et qu’en Belgique, on parle de 45 à 50 %.

On compte environ 300.000 juifs français au début de la guerre. Une dimension essentielle de cette enquête est de pouvoir distinguer les « juifs français » et les « juifs étrangers ». À l’époque on parle de « Français israélites » pour désigner des Français de confession israélite « intégrés depuis au moins un siècle » dans la société française. Ceux qui seront les premières victimes de la répression sont les juifs immigrés en France dans les années 30.

Est-ce le travail des organisations de sauvetage ? 10.000 juifs ont été protégés par des organisations comme La Cimade ou l’Amitié chrétienne. Est-ce l’action de ceux que l’on a appelés les Justes ? Ils sont 4.000 en France. Ces chiffres sont louables mais insuffisants pour expliquer les fameux 75%.

Aussi, le travail de Jacques Semelin a-t-il été de « regarder la manière dont les persécutés ont fait face, ou pas, ou mal, ou à peu près, ou bien, à la persécution, pour y échapper ». Il s’est donc penché sur des histoires individuelles de Français israélites et d’immigrés juifs, des trajectoires pour lesquelles il faut distinguer la survie du sauvetage. « Je ne dirais pas que 75% des juifs ont été sauvés en France, je dirais plutôt qu’ils ont survécus. »

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