« Le journaliste est mort »

Septembre 1991 – « Le journaliste est mort » 

Il y a 30 ans déjà, la méfiance envers les journalistes interrogeait la profession. « Pourquoi cette médiocre considération ? », demandait Jean Bothorel en 1991. Constatant « ce malaise et la nécessité d’un ‘recadrage’ de la profession », celui qui était alors directeur de la Revue des Deux Mondes en vient à se demander si en France, le journaliste peut aujourd’hui exercer son métier. Sans détour, l’auteur répond par la négative :

« J’ai le sentiment que le journaliste n’existe plus. Quant à l’opinion, elle est trop peu consciente et de l’extraordinaire dégradation qui affecte ce métier, et des raisons de cette dégénérescence ».

Une dégradation que Jean Bothorel illustre en déplorant le glissement général de la profession de la figure de « l’observateur engagé » à celle du chantre de la neutralité :

« on assiste à l’émergence d’une nouvelle race de journalistes qui, loin de se poser en agitateurs d’idées face à la gigantesque redistribution du jeu sur la planète, loin d’affirmer leurs convictions, seuls gages de leur indépendance, revendiquent l’objectivité, l’impartialité, la neutralité et prétendent dire ‘les faits’ en se plaçant, privilège des dieux, au-dessus des informations qu’ils diffusent ».

« En d’autres termes, le journaliste tend à se confondre avec un technicien de l’information pure, laquelle ne serait qu’une marchandise comme une autre. Dès lors, toute réflexion devient inutile puisque l’information se suffit à elle-même », poursuit l’auteur qui ajoute que la notion de « professionnalisme », jusqu’ici étrangère à ce métier est devenue prépondérante : « les médias ne recrutent plus des journalistes, ils recrutent des ‘professionnels’, En bref, le journaliste est mort, le médiateur-professionnel est né ».

Produit naturel de la modernité, aux côtés du technocrate pragmatique gonflé de certitudes objectives, ce « médiateur-professionnel » est pour Jean Bothorel sans passion :

« Il a perdu la force de s’indigner, de mépriser, de maudire. La médaille du consensus accrochée au revers de son veston, il n’est plus que l’écho fidèle de tous les conformismes dominants ».

« Les médias ne sont pas ce quatrième pouvoir redouté et redoutable qu’ils prétendent représenter ; ils ne sont rien de plus et rien de moins que les fidèles relais des pouvoirs politiques, économiques, financiers et culturels ».

Jean BothorelLe journaliste n’est pas un médiateur (septembre 1991 – Revue des Deux Mondes)

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