[…] les esprits timides […] disent : « […] dans ces sciences appelées positives, l’expérience du jour ne détruit-elle pas l’expérience de la veille ? […] En chimie, par exemple, on pensait avoir une nomenclature régulière, et l’on s’aperçoit maintenant qu’on s’est trompé. Encore un certain nombre de faits, et il faudra briser les cases de la chimie moderne. Qu’aura-t-on gagné à bouleverser les noms, à appeler l’air vital, oxygène, etc. ? Les sciences sont un labyrinthe où l’on s’enfonce plus avant au moment même où l’on croyait en sortir. «
Ces objections sont spécieuses, mais elles ne regardent pas plus la chimie que les autres sciences. Lui reprocher de se détromper elle-même par ses expériences, c’est l’accuser de sa bonne foi et de n’être pas dans le secret de l’essence des choses.
Et qui donc est dans ce secret, sinon cette intelligence première qui existe de toute éternité ? La brièveté de notre vie, la faiblesse de nos sens, la grossièreté de nos instruments et de nos moyens, s’opposent à la découverte de cette formule générale que Dieu nous cache à jamais.
On sait que nos sciences décomposent et recomposent, mais qu’elles ne peuvent composer. C’est cette impuissance de créer qui découvre le côté faible et le néant de l’homme.
François-René de Chateaubriand – Génie du christianisme (1802)
