« Qui ne se donne loisir d’avoir soif, ne saurait prendre plaisir à boire »

[« Pinguis amor nimiumque potens, in tædia nobis Vertitur, et stomacho dulcis ut esca nocet »] Ovide (Amours, II, 19)

[« Un amour trop nourri et trop comblé tourne pour nous au dégoût, comme un mets trop sucré écœure l’estomac. »]

Pensons-nous que les enfants de chœur prennent grand plaisir à la musique ? La satiété la leur rend plutôt ennuyeuse.

Les festins, les danses, les mascarades, les tournois, réjouissent ceux qui ne les voient pas souvent et qui ont désiré de les voir ; mais, à qui en fait ordinaire, le goût en devient fade et mal plaisant ; ni les dames ne chatouillent celui qui en jouit à cœur saoul.

Qui ne se donne loisir d’avoir soif, ne saurait prendre plaisir à boire. Les farces des bateleurs nous réjouissent, mais, aux joueurs, elles servent de corvée. Et qu’il soit ainsi, ce sont délices aux princes, c’est leur fête, de se pouvoir quelquefois travestir et démettre à la façon de vivre basse et populaire,

[…] Il n’est rien si empêchant, si dégoûté, que l’abondance.

Michel de Montaigne (1533-1592) – Essais

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