« Les cités sont mieux gouvernées par des gens ordinaires que par des hommes d’esprit plus subtils »

[…] les cités sont mieux gouvernées par des gens ordinaires [phauloteroi] que par des hommes d’esprit plus subtils [xunetôteroi].

Ces derniers veulent toujours paraître plus intelligents que les lois. Ils tiennent à avoir le dernier mot chaque fois qu’un débat s’engage à l’Assemblée, car ils savent qu’ils ne trouveraient nulle part ailleurs l’occasion de montrer leur sagacité à propos de questions aussi importantes.

Et voilà comment bien souvent ils causent la perte des cités. 


Autre traduction : 

J’ai déjà eu maintes fois l’occasion de constater qu’un État démocratique est incapable de commander […].

[…] autant de marques de faiblesse que vous pensez sans danger pour vous, mais qui ne vous attirent pas leur reconnaissance.

Vous ne songez pas que votre pouvoir est en réalité une tyrannie sur des gens prêts à la révolte ; vous ne songez pas qu’ils acceptent de mauvais gré votre domination, que ce ne sont pas vos complaisances, dangereuses pour vous, qui vous valent leur obéissance ; ce qui assure votre supériorité, c’est votre force et non leur déférence.

La chose la plus redoutable, c’est l’incertitude perpétuelle de vos décisions ; c’est l’ignorance de ce principe : il vaut mieux pour un État avoir des lois mauvaises mais inflexibles, que d’en avoir de bonnes qui n’aient aucune efficacité ; l’ignorance qui s’accompagne de juste mesure vaut mieux que l’habileté qui s’accompagne de licence.

Un gouvernement de gens médiocres est préférable en général à un gouvernement d’esprits supérieurs. Ces derniers veulent se montrer plus sages que les lois et l’emporter perpétuellement dans les délibérations politiques ; ils se disent qu’ils n’ont pas de plus belles occasions de montrer leurs capacités.

Voilà ce qui perd surtout les États. 

Thucydide (c.470-404 av. J.-C) – La Guerre du Péloponnèse (livre III, 37)


Autres traductions 

Traducteur (Année) Traduction de Phauloteroi
D’Ablancourt (1662) Les personnes grossières
Gail (1807) Les hommes d’un esprit inférieur
Zevort (1863) Les esprits d’une trempe plus faible
De Romilly (1953) Les gens plus médiocres
Roussel (1964) Les esprits plus simples

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