« Quant à la poésie, impossible de la traduire »

Toutes les traductions sont nécessairement imparfaites.

On ne peut presque jamais faire passer d’une langue dans une autre une période caractéristique, en relief et importante, de manière à ce qu’elle produise absolument le même effet.

Quant à la poésie, impossible de la traduire ; on ne peut que la remanier, ce qui est toujours une entreprise périlleuse.

Même en simple prose, la meilleure traduction sera tout au plus à l’original ce qu’est à un morceau de musique la transposition de celui-ci dans un autre mode. Les connaisseurs en musique savent ce que cela veut dire.

Voilà pourquoi chaque traduction reste morte, et son style forcé, raide, dépourvu de naturel. Ou bien elle est trop libre, c’est-à-dire se contente d’un « à peu près », et, par conséquent, est fausse.

Une bibliothèque de traductions ressemble à une galerie de tableaux qui ne sont que des copies. Et les traductions des écrivains de l’antiquité, surtout, constituent pour ceux-ci un succédané tel que la chicorée par rapport au vrai café.

Arthur SchopenhauerParerga et Paralipomena ; « Écrivains et style » (1851)

Laisser un commentaire