De là, la première règle d’un bon style, qui suffit presque à elle seule : c’est qu’on ait quelque chose à dire. Avec cela on va loin.
L’inobservation de cette règle est un trait de caractère fondamental des philosophes et en général de tous les écrivains à idées de l’Allemagne, particulièrement depuis Fichte.
On peut remarquer chez tous qu’ils veulent paraître avoir quelque chose à dire, tandis qu’ils n’ont rien à dire. Cette manière introduite par les pseudo-philosophes des Universités peut être observée couramment, même chez les premières notabilités littéraires du temps présent.
Elle est la mère du style forcé, vague, équivoque, voire ambigu, comme du style prolixe et lourd, du « style empesé » ; elle est aussi celle de la verbosité sans but ; c’est en vertu d’elle, enfin, que la plus déplorable indigence d’idées se dissimule sous un verbiage infatigable, qui assourdit comme un claquet de moulin.
On peut lire cela des heures entières, sans y découvrir une seule idée nettement exprimée et définie.
[« Aber freilich suchen viele Schriftsteller gerade unter dem Wortüberfluß ihre Gedankenarmuth zu verbergen »]
Arthur Schopenhauer – Parerga et Paralipomena ; « Écrivains et style » (1851)
