[…] Voilà les espèces d’ouvrages dont le charme ne s’use jamais : loin de perdre à être relus, ils se font toujours redemander ; leur lecture n’est point une étude, on s’y repose, on s’y délasse.
Les ouvrages brillants et façonnés imposent et éblouissent ; mais ils ont une pointe fine qui s’émousse bientôt.
Ce n’est ni le difficile, ni le rare, ni le merveilleux, que je cherche ; c’est le beau simple, aimable et commode que je goûte.
Si les fleurs qu’on foule aux pieds dans une prairie sont aussi belles que celles des somptueux jardins, je les en aime mieux.
Je n’envie rien à personne. Le beau ne perdrait rien de son prix, quand il serait commun à tout le genre humain ; il en serait plus estimable.
La rareté est un défaut et une pauvreté de la nature. Les rayons du soleil n’en sont pas moins un grand trésor, quoiqu’ils éclairent tout l’univers.
Je veux un beau si naturel, qu’il n’ait aucun besoin de me surprendre par sa nouveauté : je veux que ses grâces ne vieillissent jamais, et que je ne puisse presque me passer de lui.
François de Salignac de La Mothe-Fénelon, dit Fénelon (1651-1715) – Lettre à l’Académie française
