Cette belle et pittoresque nature était comme un livre qu’on m’aurait contraint à lire pendant un certain nombre d’heures par jour, en déchiffrant tout seul le sens. Je n’étais que trop prédisposé à m’y absorber tout entier : je m’y plongeais par tous mes sens […].
Ces impressions auraient rendu le rocher poète. Je le devenais davantage chaque jour, mais je ne savais guère encore ce que c’était que la poésie.
Une lecture que nous fit exceptionnellement dans notre salle de rhétorique un de nos maîtres les plus aimés, le Père Béquet, m’en apprit davantage que tous les vers classiques de Virgile ou d’Horace interprétés péniblement jusque là.
Je revois d’ici le lieu, la place, le jour et l’heure. Toutes les grandes lectures sont une date de l’existence !
Alphonse de Lamartine (1790-1869) – Comment je suis devenu poëte, in Souvenirs et portraits
