De Gaulle bâtisseur

La Cité Radieuse de Marseille, le barrage de Tignes,  le grand ensemble de Sarcelles, Le Havre reconstruit, la raffinerie de Lacq, la Cité de la Grande borne, le périphérique parisien, l’autoroute du soleil, le remembrement des campagnes, l’aménagement du Languedoc,  le plan neige, Rungis, les maisons de la culture, les villes nouvelles…

Derrière ces grandes réalisations, trente années qui ont changé la France et bouleversé son paysage. Trente années appelées depuis les trente glorieuses. Trente années qu’incarne mieux que personne le Général De Gaulle. De Gaulle bâtisseur raconte l’histoire de cette génération qui a dû rebâtir un pays dévasté par la guerre, celle de nos parents et grands parents, pour qui reconstruire le pays ne voulait pas simplement dire  remonter des murs mais inventer une France nouvelle et plus solidaire.

Ils nous ont légué le confort moderne, la civilisation de la vitesse, l’école pour tous, mais aussi l’agriculture intensive, les cités dortoirs, la voiture reine… une société de consommation lancée à plein régime qu’il est difficile aujourd’hui d’arrêter.

De Gaulle bâtisseur a pour point de départ le désir de comprendre les espaces qui nous entourent. Grandes cités HLM, stations balnéaires, stations de ski, autoroutes, grands équipements, nous vivons dans un décor en grande partie façonné par la génération rescapée de la guerre, une génération mue par l’idée d’un futur radieux et qui a profondément métamorphosé notre pays.

C’est aussi un héritage qui laisse perplexe.  Car notre présent n’est pas exactement à l’image de cet avenir brillant tant promis : ici, les esquisses de villes futuristes se sont transformées en cités HLM invivables, là les promesses du plastique ont dérivé en pollution massive, nos campagnes souffrent d’une agriculture devenue intensive, pendant que notre désir de vitesse nous a rendus dépendants au pétrole. La société de l’abondance, patiemment élaborée pendant 30 années, ne cesse de se prendre les pieds dans la question de l’épuisement des ressources. Que s’est-il passé ?

« Ce film est donc d’abord un film de géographie : il y a des territoires qu’on transforme, des paysages qu’on façonne, des cartes qu’on déplie, des pelleteuses, des grands travaux. (…) Dans un incroyable avant/après, j’avais envie que le film fasse prendre conscience des ambitions, des moyens, du travail accompli. »

Depuis plusieurs années, je travaille sur des questions d’espace, d’urbanisme et d’architecture pour la télévision et la radio. Souvent, j’ai arpenté ces lieux hérités des Trente glorieuses, parfois grandioses, parfois mal aimés. Ils dessinent tous un autre récit de ces trente années que l’on résume un peu trop vite à des points miraculeux de croissance ou encore à une histoire de la consommation ou du confort. Ce film propose donc de reprendre le fil du temps  pour lire cette histoire à l’aune des espaces que chaque jour nous traversons, qui que nous soyons.  Repartir en arrière donc, et regarder, entendre comment les choses se sont nouées et ce qui a porté la génération qui a transformé à ce point notre pays.

Ce film est donc d’abord un film de géographie : il y a des territoires qu’on transforme, des paysages qu’on façonne, des cartes qu’on déplie, des pelleteuses, des grands travaux. Sur les images, on excave, on fore, on bétonne. Il y a des milliers de mètres cubes de matière déplacée, du pétrole qui jaillit, des bulldozers qui écrasent des forêts. Dans un incroyable avant/après, j’avais envie que le film fasse prendre conscience des ambitions, des moyens, du travail accompli.

« Il y a aussi cette surprise, découverte dans les archives, d’un De Gaulle fasciné par le progrès et la modernité et qui ne manque aucune inauguration. Un De Gaulle méconnu qui a troqué ses habits de chef militaire pour ceux de chef des travaux. »

A l’origine de ce film, il y a aussi cette surprise, découverte dans les archives, d’un De Gaulle fasciné par le progrès et la modernité et qui ne manque aucune inauguration. Un De Gaulle méconnu qui a troqué ses habits de chef militaire pour ceux de chef des travaux et qui devant chaque chantier évoque la grandeur de la France. Une volonté politique puissante, héritée d’une France hagarde en 1945.

Pour raconter ce rouleau compresseur qui a transformé de fond en comble la France, j’ai aussi voulu faire entendre la parole de tous ceux qui avaient fait ce monde. Ceux qui l’ont décidé, ceux qui l’ont bâti, et ceux qui l’ont interrogé et critiqué. Une parole officielle à la sortie de la guerre, restituée par les Actualités Gaumont ou Pathé, avec des accents ampoulés et glorieux. Puis une parole plus libre, celle que l’on entend à la télévision naissante, dans les années 60. L’emphase du Général évidemment, et les mots de ses lieutenants, aux postes avancés. Ceux des journalistes et des cinéastes enfin, qui ont arpenté la France en travaux, posant très tôt des questions qui sont encore les nôtres. Tout un pays qui s’est passionné pour la Reconstruction de la France.

Dans De Gaulle bâtisseur, on croise donc le Général De Gaulle et des anonymes, l’Abbé Pierre et Mendès France mais aussi Maurice Pialat, Jean-Luc Godard et Chris Marker, infatigables observateurs de ces transformations. Leurs voix mêlées font entendre les idéologies, les visions à l’oeuvre, les moments de bascule, les doutes. Comment un pays détruit par la guerre est devenu moderne, mais aussi pris dans une course à la productivité et la croissance, quel-qu’en soit le prix.

Un film produit par Luc Martin-Gousset / Réalisation : Camille Juza

Dossier de presse (France TV)