« Tout pouvoir est une conspiration permanente »

« Le peuple devenu roi a fait contre la noblesse et le roi, ce que le roi et la noblesse ont fait contre les insurgés du seizième siècle. Ainsi les écrivains populaires, qui savent très bien qu’en semblable occurrence le peuple agirait encore de même, sont sans excuse quand ils blâment Catherine de Médicis et Charles IX. Tout pouvoir, comme le disait Casimir Périer en apprenant ce que devait être le pouvoir, est une conspiration permanente. On admire les maximes antisociales que publient d’audacieux écrivains, pourquoi donc la défaveur qui s’attache en France aux vérités sociales quand elles se produisent hardiment ? Cette question explique à elle seule toutes les erreurs historiques. Appliquez la solution de cette demande aux doctrines dévastatrices qui flattent les passions populaires et aux doctrines conservatrices qui répriment les sauvages ou folles entreprises du peuple ; et vous trouverez la raison de l’impopularité, comme de la popularité de certains personnages. […] Le pouvoir de tous ne compte avec personne, le pouvoir d’un seul est obligé de compter avec les sujets, avec les grands comme avec les petits. »

Honoré de BalzacSur Catherine de Médicis (1830)