« L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté »

Le socialisme, la révolution sociale ne consiste point, comme nos intellectuels, révolutionnaires de haute et de basse bourgeoisie, voudraient nous le faire croire, à introduire dans les relations économiques des désordres là où il n’y en a pas encore tout à fait, là où il y a encore quelque peu d’ordre.

 

Le socialisme, au contraire, la révolution sociale, au contraire, consiste au contraire à étendre autant que nous le pouvons le pauvre peu d’ordre économique et social qui soit demeuré dans le désordre économique bourgeois, à introduire autant que nous le pouvons des ordres économiques et sociaux dans le désordre capitaliste bourgeois.

 

Car ce sont les désordres économiques, bourgeois, qui font les servitudes, bourgeoises, et au contraire ce sont les ordres économiques et sociaux étendus ou introduits qui font les libérations économiques. […] Une révolution sociale, bien entendue, est essentiellement une opération de mise ou de remise en ordre, en un certain ordre, social.

 

Tout désordre, comme tel, et considéré comme une fin, est une opération de réaction, une opération de servitude. Et cette révolution sociale […] ne peut consister que essentiellement à étendre au contraire et à introduire des ordres ; elle ne peut que consister essentiellement à étendre, autant que nous le pouvons, le peu d’ordres économiques existants, institués ou sauvés, et surtout à introduire, autant que nous le pouvons, des ordres économiques nouveaux dans le désordre capitaliste bourgeois, désordre économique. Autant que moral.

 

Toute Révolution, bien entendue, est une opération d’ordre. Toute opération de désordre, bien entendue, est une opération de réaction. L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude. Les seuls démagogues ont intérêt à essayer de nous faire croire le contraire.

Charles PeguyLes Cahiers de la Quinzaine (1905) –

Les Cahiers sur le site Charles Péguy