« Méfie-toi du beau parleur ; imite les sages, ne prononce qu’une parole, mais qu’elle soit sensée »

Avantages du silence

Vis, comme une montagne solitaire, dans la retraite et le silence, et ton front, comme le sien, touchera la voûte des cieux.

 

Homme sage et expérimenté, veille sur ta langue ; demain, au tribunal de Dieu, il n’y aura point de condamnation contre celui qui aura su se taire. Les saints (les soufis sincères) dont le cœur, comme la nacre, recèle les sublimes mystères, n’ouvrent leurs lèvres que pour répandre des perles.

 

Le bavard a les oreilles bouchées ; la voix de la sagesse a besoin de recueillement pour se faire entendre. Si tu ne songes qu’à parler sans trêve ni répit, quel charme trouveras-tu aux discours d’autrui ?

 

Il ne faut jamais dire une parole sans y avoir réfléchi, ni couper une étoffe avant de l’avoir mesurée. L’homme qui pèse le fort et le faible d’un discours, l’emporte sur le bavard toujours prompt à la riposte.

 

La parole est la parure de l’âme, fais en sorte qu’elle ne soit pas pour toi une laideur. L’homme prudent en son langage n’est pas exposé à en rougir. […]

 

Méfie-toi du beau parleur qui pérore autant que dix ; imite les sages, ne prononce qu’une parole, mais qu’elle soit sensée.

 

Tu as tiré cent flèches et toutes ont manqué le but ; un archer habile n’en lance qu’une et frappe juste. Pourquoi tenir secrètement des discours qui, en se divulguant, font pâlir celui qui les a prononcés ?

 

Ne médis de personne même devant un mur, il y a peut-être derrière des oreilles aux aguets. Ton cœur est comme l’enceinte fortifiée des secrets, prends garde qu’ils ne trouvent la porte ouverte.

 

Sais-tu pourquoi le sage a la bouche close ? c’est qu’il voit la bougie se consumer par sa langue (par sa mèche).

SaadiLe Jardin des fruits ou le Verger (Bustân) (1257)