« La Révolution dévore ses propres enfants »

LACROIX :

– […] le Comité de Salut public […] a besoin de lest, il lui faut une tête de poids.

DANTON :

Je le sais bien. La Révolution est comme Saturne, elle dévore ses propres enfants. […] Mais ils n’oseront pas !

LACROIX :

Danton, tu es un saint défunt ; mais la Révolution ne connaît pas les reliques, elle a dispersé dans les rues les ossements de tous les rois et les statues des églises. Crois-tu qu’on te conservera comme monument ?

DANTON :

Mon nom ! le peuple !

LACROIX :

Ton nom ! tu es un modéré […]. Pour le peuple,  faiblesse et modération, c’est tout un ; il tue les retardataires. Les tailleurs de la section du Bonnet-Rouge  sentiront dans leur aiguille toute l’histoire romaine, si l’homme de Septembre est pour eux un modéré.

DANTON :

Très vrai, et de plus, le peuple est comme un enfant ; il faut qu’il brise tout pour voir ce qu’il y a dedans.

Georg BüchnerLa Mort de Danton (1835)