La guerre des identités

In his devastating new book The Madness of Crowds, Douglas Murray examines the twenty-first century’s most divisive issues: sexuality, gender, technology and race. He reveals the astonishing new culture wars playing out in our workplaces, universities, schools and homes in the names of social justice, identity politics and ‘intersectionality’.

We are living through a postmodern era in which the grand narratives of religion and political ideology have collapsed. In their place have emerged a crusading desire to right perceived wrongs and a weaponization of identity, both accelerated by the new forms of social and news media. Narrow sets of interests now dominate the agenda as society becomes more and more tribal – and, as Murray shows, the casualties are mounting.

Readers of all political persuasions cannot afford to ignore Murray’s masterfully argued and fiercely provocative book, in which he seeks to inject some sense into the discussion around this generation’s most complicated issues. He ends with an impassioned call for free speech, shared common values and sanity in an age of mass hysteria.


Douglas Murray: «On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes» (Le Figaro)

GRAND ENTRETIEN – Familier des «terrains minés», l’écrivain et journaliste britannique enquête sur la «guerre des identités» et l’obsession de nos sociétés pour le genre ou la race. Décapant.

LE FIGARO. – Les recherches sur le genre ou l’identité ethnique fleurissent à l’université. Mais le titre de votre livre est La Grande Déraison: voulez-vous dire par là que l’obsession pour ces thèmes s’est répandue dans toute la société? Et de quelle manière?

Douglas MURRAY. – Oui, je retrace en résumé l’irruption de ces sujets à tous les niveaux de la société. Ce sont surtout les universités américaines qui ont absorbé une partie du corpus philosophique de la «French Theory» (essentiellement les thèses de Michel Foucault). Elles la font passer pour une discipline académique, qui doit attirer sans cesse de nouveaux étudiants, et avec eux, des sommes importantes d’argent: c’est un véritable système de Ponzi. D’autant que si leur prestige universitaire est certain, leur pensée demeure largement incompréhensible. Leur usage peut devenir transdisciplinaire: on a ainsi vu se développer au cours des dernières décennies des «études» de toutes sortes: «black studies», «queer studies», etc. Et comme ces domaines de recherche factices s’auto-alimentent, puisque ceux qui en sont diplômés ont ensuite des postes au sein de ces mêmes universités, les théories postmodernes de la déconstruction ont peu à peu irrigué tout le reste de la culture. On en fait même aujourd’hui des armes politiques, au travers de concepts comme la justice sociale, les politiques identitaires ou «l’intersectionnalité» – le mot le plus laid que notre époque ait inventé!

Quelles critiques formulez-vous à l’égard du concept d’«intersectionnalité»?

C’est une idée vaine, contradictoire, et qui n’est sous-tendue par aucun fondement philosophique sérieux, aucun écrit notable. J’ai été stupéfait de constater la pauvreté intellectuelle de cette notion. Des universitaires comme Peggy McIntosh ont rédigé des textes «fondateurs» qui ne consistent en réalité qu’en une longue énumération de pétitions de principe et de revendications ; puis ce système de pensée a été enseigné aux élèves du monde entier et s’est propagé dans les entreprises.

Le monde ne fonctionne pas de la manière que décrivent les intersectionnalistes. Ne leur déplaise, n’en déplaise à Michel Foucault lui-même, le «pouvoir» n’est pas l’explication première et universelle de tous les phénomènes sociaux. Le postulat principal de l’intersectionnalité, à savoir que toutes les oppressions se rejoignent et font système, et que, par conséquent, elles doivent être combattues ensemble, est absurde. Par exemple, si vous combattez la transphobie, vous ne mettrez pas un terme au patriarcat, et il est fascinant de voir à quel point le combat pour les droits des personnes transsexuelles va à l’encontre des principaux acquis du féminisme. On réalise même peu à peu que les trans remettent en cause certains des droits conquis par les mouvements homosexuels.

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« Les antiracistes sont devenus aussi obsédés par la race que les vrais racistes » (Le Point)

ENTRETIEN. Dans « The Madness of Crowds », l’Anglais Douglas Murray fustige une gauche identitaire qui voit tout sous le prisme de la race ou du genre.

Une tribune intitulée « Mon enfant peut-il être ami avec des Blancs ? » parue dans le New York Times et signée par un universitaire. Une chronique dans le Guardian qui assure « que les routes conçues par les hommes tuent des femmes »… Voici, selon Douglas Murray, quelques symptômes d’une nouvelle folie collective qui nous guette, celle consistant à ne voir le monde que sous le prisme du genre, de la sexualité ou de la race. Passé par Eton et Oxford, ouvertement gay, ce jeune quadragénaire est la figure de proue médiatique du néoconservatisme anglais.


Foule dictatoriale (Books)

Le journaliste britannique Douglas Murray ne cache pas son goût pour la polémique. Auteur d’un best-seller au titre provocateur, L’étrange suicide de l’Europe (L’artilleur, 2018), ses prises de positions conservatrices sur l’immigration ou l’islam enthousiasment autant qu’elles exaspèrent. Et ce n’est pas avec The Madness of Crowds que Murray apaisera les esprits. Dans cet ouvrage, « il dissèque les contradictions et les excès des prétendus mouvements pour la justice sociale, qui nous entraînent vers davantage de polarisation et de discorde », commente Lionel Shriver dans The Times.

Pour Murray, le XXe siècle est marqué par l’effondrement de tous les grands récits et, la nature ayant horreur du vide, une nouvelle idéologie n’a pas tardé à apparaître : celle de l’affirmation identitaire et de la dénonciation de l’oppression. Des termes tels que « privilège blanc » ou « masculinité toxique » sont désormais monnaie courante dans le discours public. Et Murray de s’en étonner, puisque selon lui, nos sociétés contemporaines n’ont jamais été aussi égalitaires. Si les luttes pour la reconnaissance des droits des Afro-Américains ou pour l’égalité des sexes étaient nécessaires il y a quelques décennies, les combats contemporains, en revanche, ne servent qu’à diviser le corps social, estime-t-il.

Naturellement, nombreux sont ceux trouvant Murray bien prompt à déclarer l’avènement d’une égalité de fait dans nos sociétés. « Il offre un tendre Évangile d’amour et de pardon, capable, selon lui, de nous débarrasser des toxines politiques et culturelles qui ont tant empoisonné nos vies. Mais creusez un peu et vous verrez que son récit de l’histoire récente est clair : habilités par des universitaires de gauche, des minorités ont inventé de toutes pièces l’existence de conflits et de haines, polluant notre harmonieuse société pour leur bon plaisir », ironise William Davies dans The Guardian. Et il poursuit en regrettant que Murray ne parle pas du  mouvement Black Lives Matter. « Probablement parce qu’il est impossible de l’évoquer sans reconnaître ce qui l’a déclenché : des Noirs abattus par des agents de police », pointe Davies.


THE MADNESS OF CROWDS – Recension de Michèle Tribalat

Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté.

Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes.

Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes.

Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants.

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