Les devises de l’armée française

Des cris de guerre retentissant sur les champs de bataille du Moyen Âge aux sentences visibles sur les insignes, écussons et autres fanions des unités contemporaines, les devises ont depuis toujours accompagné les militaires.

Si un certain nombre d’entre elles sont célèbres, beaucoup sont tombées dans l’oubli. Qui se souvient des histoires qui se cachent derrière ces mots ? Qui connaît encore le nom des braves dont les actes ont forgé ces sentences ? C’est pour lever le voile sur l’origine de ces devises et sur leurs significations parfois peu intelligibles que ce livre a vu le jour.

Ce sont ici plus de 1.600 devises qui sont recensées, correspondant à plus de 4.000 unités de l’armée de Terre, de la Marine, de l’armée l’Air et de la Gendarmerie. L’ensemble de ce corpus est abondamment illustré, car bien souvent l’image accompagne opportunément les mots.
Ce répertoire est le premier ouvrage exhaustif en la matière, ce domaine n’ayant fait jusqu’à présent l’objet que de travaux parcellaires et souvent fautifs. – Site de l’éditeur

Alban Pérès, sous-officier de Gendarmerie, est membre de la Société des amis du Musée de l’Armée, de la Société d’études d’histoire militaire La Sabretache, et président d’un comité du Souvenir français. Passionné depuis de nombreuses années par l’emblématique et la science des armoiries, il est également membre de la Société française d’héraldique et de sigillographie, et consultant héraldique auprès des professionnels du marché de l’Art.


Un Vendéen publie un livre sur les devises de l’Armée française (RCF)

Gendarme à Mortagne-sur-Sèvre et passionné d’histoire, Alban Pérès vient de publier « Devises de l’Armée française : de l’Ancien Régime au XXIe siècle ».

Dans cet ouvrage, il recense 1 600 devises militaires, qui donnent un aperçu de l’histoire de l’Armée française et de ses valeurs. A côté du classique « Honneur, patrie, valeur, discipline » de la Marine, on trouve aussi des perles comme « Mort aux vaches », « Alerte, fidèle sardine » ou « On ne relève pas Picardie ». « Quand on est au feu, il faut garder de l’humour », explique Alban Pérès.


Recension de l’ouvrage – Lexnews

L’origine de la devise est à trouver dans l’adhésion et le ralliement à une unité symbolisée le plus souvent par des images et autres représentations symboliques, visibles et reconnaissables de loin dans la confusion et les tumultes guerriers. Mais, la devise repose avant tout sur le langage, quelques mots résumant brièvement un esprit et un engagement. Exprimant un certain nombre de valeurs, le message bref délivré par la devise a toujours été revêtu d’une force rhétorique manifeste au point que dès l’Antiquité, prendre à l’ennemi ses emblèmes et devises revenait à l’annihiler complètement. Fort de cette puissance, Alban Pérès, sous-officier de Gendarmerie, a réussi un véritable tour de force en réunissant pour la première fois plus de 1 600 devises de l’Armée française allant de l’Ancien Régime jusqu’à notre époque, devises correspondant à plus de 4 000 unités de l’armée.

La devise est assez bien résumée par le jugement mis en exergue du comte Emanuele Tesauro au XVIIe siècle : « la devise est la philosophie du gentilhomme, la métaphore militaire, le langage des héros. » C’est bien la différence et le signe distinctif qui vont ainsi caractériser toute devise militaire en faisant de ceux qui y adhérent une entité spécifique à nulle autre pareille. Les individus réunis autour de la devise se reconnaissent en effet en elle, véritable code d’honneur résumé de manière laconique par quelques mots la plupart du temps explicites : « N’irritez pas le lion » ou « Il cherche qui dévorer » au Moyen-Âge… Ralliement, motivation sur le champ de bataille, progressivement la devise gagne en complexité avec le XVIe siècle comme le rappelle Alban Pérès en introduction. On parlera alors de corps et d’âme de la devise, notamment en Italie avec l’impresa. La devise élargira encore son emprise à d’autres champs que ceux de la bataille, auprès des familles nobiliaires, corporations, États pour aboutir à la publicité… « Véritable cri de guerre (« En avant ! », repris sous différentes formes par de nombreuses unités), formule patriotique, rappel historique ou simple jeu de mots (« jamais deux 103 », devise du 103e GOA), la devise est pour le militaire le mot d’ordre de son engagement. », souligne le Général d’Andoque de Sériège, Directeur du musée de l’Armée, qui signe la préface de l’ouvrage.

Cet étonnant devisaire de l’armée française séduira bien entendu celles et ceux sensibles au domaine militaire, l’ouvrage exhaustif recensant et expliquant dans le détail chaque devise et l’accompagnant de belles illustrations des représentations dans lesquelles elles s’inscrivent. C’est alors que l’esprit curieux et ouvert pourra également trouver quelques délices à étudier cette étonnante richesse lexicale qui donne lieu à de savoureux paradoxes telle cette devise de l’Ambulance chirurgicale lourde 408 « Gravis ac Celer » ; lourde mais rapide, représentée par un bel éléphant ! Les valeurs martiales plus manifestes sont bien entendu le lot commun tel ce célèbre « Noblesse oblige » du 14e bataillon des chasseurs alpins ou encore plus explicite « Noir et Méchant » du 5e régiment de dragons… La poésie colore parfois de manière inattendue ces brèves formules telle cette devise « Sempre que plus aut » du 141e régiment d’infanterie alpine dont l’origine remonterait à un poème de Valère Bernard (1860-1936), poète de langue occitane. Cette impressionnante somme inédite réservera ainsi bien des surprises à ses lecteurs qui pourront alors deviser savamment sur ces sentences !

Philippe-Emmanuel Krautter

 


https://i0.wp.com/lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/media/01/01/852905755.jpg