La criminalité au Brésil

Les chiffres concernant la criminalité sous toutes ses formes au Brésil sont terrifiants. Comment en est-on arrivé là ? Quelles sont les forces à l’oeuvre ? Qu’en est-il de la réalité criminelle brésilienne ? Quelles pistes peut-on envisager pour sortir de ce bourbier ?…

Nicolas Dolo et Bruno Racouchot connaissent tous deux ce pays depuis plus de quarante ans. Conscients du profond désespoir du peuple brésilien, ils avaient prévu qu’un événement politique majeur allait s’y dérouler et bousculer le statu quo. Cet événement a été l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence de la République, lourd de conséquences sur les choix sécuritaires du Brésil. Afin d’apporter au lecteur l’analyse la plus extensive et la plus pertinente possible sur les questions liées à la criminalité au Brésil, ils ont souhaité associer à leurs propres grilles de lecture celles de spécialistes et hommes de terrain, français et brésiliens, venant d’horizons très divers. Ce livre prouve aussi qu’il ne faut jamais désespérer de l’homme et de sa capacité de sursaut contre la violence et l’injustice.


 

La société brésilienne est-elle l’une des plus violentes du monde ? Si oui, alors pourquoi un tel niveau de criminalité ? Est-ce lié à une corruption endémique qui touche toute la société brésilienne ? Quel est le lien entre la délinquance des élites politico-économiques et la place du Brésil dans la guerre économique ? Autant de questions auxquelles répondent Nicolas Dolo et Bruno Racouchot dans leur livre « Brésil. Corruption. Trafic. Violence. Criminalité » (Éd. Eska). Entretien.


618 000 morts par balles entre 2007 et 2017, soit plus que la guerre en Syrie. Tel est le triste bilan de la criminalité au Brésil. Entre corruptions, trafics et mafias, la criminalité touche toutes les zones et toutes les populations. Mais le Brésil dispose aussi de nombreux atouts pour être un grand pays dans le monde.

Entretien avec Bruno Racouchot, qui travaille et vit au Brésil depuis 1977 et qui dirige le cabinet Comes communication et la lettre Communication & Influence. Entretien réalisé par Jean-Baptiste Noé.


Brésil, réalité criminelle et guerre informationnelle (Communication et influence)

Brésil – Corruption, trafic, violence, criminalité : vers la fin du cauchemar ? est un livre-enquête paru cet été [Editions Eska], que j’ai codirigé avec Nicolas Dolo. Une quinzaine de spécialistes, français et brésiliens, nous ont accompagnés dans cette aventure éditoriale. Venant d’horizons très divers, tous s’accordent à dire qu’il y a une profonde mécompréhension du réel brésilien. D’où une question-clé : comment s’articulent les rapports entre réalité criminelle et perception informationnelle ? 

Le 28 octobre de l’an passé, Jair Bolsonaro remportait le second tour de l’élection présidentielle. A tort ou à raison, il est alors devenu la bête noire des opinion makers. Or la lutte contre la violence et la corruption a constitué le facteur-clé de cette élection. Aussi, plutôt que de jeter l’anathème, nous avons essayé de dresser un état des lieux et de réfléchir à des voies de sortie. La criminalité polymorphe qui ronge le Brésil ne pourra être combattue avec succès que si la dimension communicationnelle et informationnelle est prise en compte. Autant dire que la tâche est immense ! Car ceux qui vivent (très bien) de cette criminalité – notamment financière – ont une parfaite maitrise des jeux d’influence et médiatiques. On voit donc bien là l’ajointement qui existe entre activités criminelles et guerre informationnelle.

Bruno Racouchot, directeur de Communication & Influence – Télécharger le document


Corruption, trafic, violence, criminalité : quel impact sur le Brésil et ses entreprises ? (Grenoble EM)

Le 28 octobre, cela fera un an que Jair Bolsonaro remportait l’élection présidentielle brésilienne avec 55% des voix. Volontiers clivant, controversé, Jair Bolsonaro a dû ce succès avant tout à sa volonté affichée de lutter contre la criminalité sous toutes ses formes, en premier lieu la corruption. Des fléaux majeurs qui rongent le pays et handicapent grandement le redémarrage de l’économie.

Brésil – Corruption, trafic, violence, criminalité : vers la fin du cauchemar ? est un livre-enquête paru tout récemment [Editions Eska], où une vingtaine d’experts, français et brésiliens, dressent un état des lieux et explorent des pistes de sortie. Quand on sait que les activités criminelles s’élèvent à 5,9% du PIB brésilien, soit environ 100 milliards d’euros, on mesure l’ampleur du phénomène ! Comment les entreprises réagissent-elles ?

Que doivent savoir les investisseurs étrangers ? Quelles conséquences pour les sociétés françaises ? In fine, le Brésil va-t-il retrouver des raisons d’espérer ? Un proverbe local affirme que « Dieu est brésilien ». Il faut bien cela pour que les Brésiliens gardent l’espoir chevillé au corps…

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Un an après son élection, Jair Bolsonaro obtient des résultats notables dans la lutte contre l’insécurité au Brésil (Atlantico)

Au premier semestre, le Brésil a connu au niveau national une chute considérable de 22% des homicides, de 25% des vols de fret, ou encore de 26% des car-jackings. Sur la même période, la Police fédérale et les polices d’États ont enregistré des saisies record de drogue et d’armes lourdes. Dans plusieurs États du Nordeste, ultra-criminogènes, les chiffres des homicides sont encore plus spectaculaires (jusqu’à -58% dans le Ceara). Il est vrai qu’en matière de criminalité et de corruption, le pays part de très loin, avec un taux d’homicide de 31 pour 100.000 habitants (à comparer à celui de l’Europe occidentale, entre 1 et 2 pour 100.000, ou même celui du violentissime Mexique, autour de 19 pour 100.000), des détournements de fonds absolument pharaoniques (La Police fédérale brésilienne a déjà enquêté, dans la grande affaire de corruption du Lava Jato, sur des mouvements de fonds dépassant les 2.800 milliards d’euros, soit le PIB annuel de la France), un coût économique de la violence faramineux (Selon les analystes, le coût de la criminalité au Brésil se situerait entre 4,5 et 5,9% du PIB annuel), et plus de 100 factions criminelles regroupant des dizaines de milliers de « soldats » sans limites.

On peut dénombrer quelques raisons objectives à ces statistiques prometteuses. Le transfert et la mise au secret de tous les leaders de factions criminelles dans des pénitenciers fédéraux, et la fin, dans presque tous les États, des regroupements de prisonniers par gangs, ont sérieusement mis à mal la direction et la stratégie de ces organisations. Le début du déploiement d’un système unifié d’intelligence policière sous la direction du ministre de la Justice Sergio Moro, ou encore certaines interventions directes de l’État fédéral dans le Nordeste y ont également contribué. Plus prosaïquement, la Police se sait désormais aveuglément soutenue par le gouvernement, et elle n’hésite par conséquent plus à se montrer brutale et donc dissuasive vis à vis des criminels. Cela ne revient pas à admettre que la seule répression suffira à régler le problème de la violence au Brésil, et le vaste projet de simplification de la législation criminelle de Sergio Moro (Projet connu sous le nom de « Paquet Anti-Crime », Pacoteanti-crime) vise aussi à élargir le champ de la politique sécuritaireà l’éducation et aux politiques sociales de long terme.

Ce projet paraît particulièrement pertinent dans un pays dont le complexe système pénal a connu au fil des ans une inflation de textes sans queue ni tête, laquelle procure aux criminels autant d’opportunités de se soustraire à la justice. Le problème de Moro et de Bolsonaro tient néanmoins à l’absence de majorité claire au Parlement, conséquence d’un scrutin proportionnel très généreux, et à l’opposition de principe de certains politiciens souvent eux-mêmes menacés par les affaires en cours. Les lignes pourraient malgré tout être en train de changer sous la pression de l’opinion, comme en attestent les premières victoires législatives du gouvernement dans l’indispensable réforme des retraites en cours. Le Tribunal Suprême Fédéral (STF) est la seconde épine dans le pied du duo Moro-Bolsonaro, tant il semble vouloir annihiler tous les progrès gouvernementaux en matière sécuritaire, suivant en cela un agenda qui semble excessivement politique. La rue, la quasi-totalité des procureurs généraux du pays et les militaires, surreprésentés au gouvernement et tenants du retour à l’ordre, grondent et pourraient parvenir à faire céder les hauts magistrats.

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