La jungle des océans

La Jungle des océans – Crimes impunis, esclavage, ultraviolence, pêche illégale (Payot)

Une enquête explosive sur la dernière frontière sauvage de la planète : les océans, sur lesquels travaillent plus de 56 millions de personnes et transitent 90 % du fret mondial dans une ambiance d’ultraviolence et de détresse, d’illégalité et de criminalité proprement hallucinante. Pêche illégale, trafics sous-marins de drogue ou d’armes, esclavage sur les bateaux, crimes écologiques, piraterie, meurtres impunis : sur ce territoire trop vaste pour être contrôlé, tout est possible et surtout le pire…

Plusieurs années de recherches sur les six continents, une vingtaine de mers et cinq océans par un grand reporter du New York Times, Ian Urbina, ancien prix Pulitzer ; une sortie mondiale en septembre ; et une adaptation prévue par DiCaprio en exclusivité Netflix.

The Outlaw Ocean : site de l’auteur


Ian Urbina, journaliste au New York Times et co-lauréat du Prix Pulitzer, publie « La jungle des océans » (The Outlaw Ocean) chez Payot. Ian Urbina nous emmène en haute mer où il a enquêté pendant des années. Il nous fait découvrir un monde effrayant où les lois des hommes ne s’appliquent plus.

« Je pense que s’il y a quelque chose à retenir sur la nature humaine de cette jungle des océans, c’est que nous avons tous cette capacité viscérale de nous comporter d’une façon que nous pensions bannie par la civilisation. Il y a une ligne fine et ténue entre la civilisation et l’absence de civilisation, et je pense que l’exploration de cette frontière est une tentative de comprendre à quel point cette ligne est fine et ce qu’il y a de l’autre côté. » – Ian Urbina



L’avenir du crime est sur les mers (Le Figaro)

FIGAROVOX/CHRONIQUE – La cupidité sur les océans n’a pas de limites. Les reportages du journaliste Ian Urbina dévoilent un monde largement ignoré du lecteur installé sur la terre ferme. Un monde d’esclaves et de hors-la-loi.

Les journalistes ont de moins en moins les moyens de se déplacer longtemps et loin. Une certaine culture du grand large se perd, et le constater n’est pas céder à une complaisante nostalgie corporatiste. Ian Urbina a eu la chance d’échapper à cela. Le cheveu grisonnant et la peau mate, ce quadra de haute taille n’est pas un fort en gueule bardé d’indignation bruyante, mais plutôt un doux et un tenace qui se place dans le sillage du reportage à l’ancienne. Sa remarquable enquête sur les hors-la-loi de la haute mer est le résultat de deux ans de reportages publiés dans le New York Times, puis de deux ans supplémentaires au cours desquels il s’est mis en congé de son journal et a financé ses investigations avec l’avance de son éditeur. La liste des remerciements indiqués en postface montre qu’il n’y a pas de hasard: les grandes enquêtes sont le fruit d’un collectif déterminé à les faire et déterminé à attendre le temps qu’il faut. Car il en faut pour rejoindre les bateaux en Asie ou en Afrique et, une fois embarqué, rester en mer pour de longues périodes indéterminées.

Pour faire cette enquête, Urbina a côtoyé les écologistes désireux d’en découdre, tel Sea Shepherd et Greenpeace, les avocats et les enquêteurs, mais il a conservé une distance et n’hésite pas aussi à décrire leurs travers. «Ils ont souvent une vision simpliste de ce qui motive leurs “ennemis”, et ils sont tellement centrés sur les dégâts causés à la nature qu’ils en oublient les hommes», nous explique-t-il, en notant aussi que «les défenseurs des droits de l’homme qui s’intéressent à la maltraitance des marins ont le défaut symétrique». C’est la force de ce livre de raconter aussi bien les déprédations de la faune marine que de restituer l’odyssée misérable des esclaves philippins, thaïlandais ou coréens, sur l’immensité liquide. «Il n’y a pas de Casques bleus en mer», résume Urbina quand nous l’interrogeons à Paris. Et pourtant, 87 % du transport de marchandises dans le monde est assuré par les mers. Or il y règne souvent la loi du plus fort, et du plus malhonnête. Si jamais le terme de «capitalisme sauvage», toujours employé à tort et à travers, a eu un sens, c’est bien au large des eaux internationales, où aucune police des mers n’a le temps ni l’argent de faire respecter les quotas de pêche ou les conditions de vie décentes pour les marins.

Ces histoires se lisent comme un roman noir, et on en ressort drogué d’embruns, de tempêtes, de frimas et de visions d’horreurs dans les bleuités démâtées. L’océan n’est pacifique nulle part. La Chine, la Corée du Sud, Taïwan, mais aussi d’innombrables équipages sous pavillon de complaisance, du Nigeria à la Somalie, la Mongolie ou le Togo, accomplissent le pire à tous moments. C’est le règne des capitaines violents et cupides, des sociétés écrans derrière lesquelles se cachent les «exploiteurs» des travailleurs de la mer. «J’essaye de garder mes distances avec les acteurs de ces histoires, et j’essaye même de comprendre les motifs qui poussent par exemple les Japonais à chasser les baleines, dans des eaux internationales,nous dit-il. Mais, face à certains comportements, je ne veux pas dire que tout se vaut.»

Les pays développés sont moins ciblés, mais ils ont droit, eux aussi, à leur comptant, notamment dans le chapitre sur les croisières géantes. Ces bateaux aux quatre mille passagers dont les égouts et le fuel s’évident impunément. «L’industrie de la croisière géante est l’une des plus bizarres créations de la société moderne, fait-il observer. Tout est organisé autour de la vie à bord, comme dans une ville, et la mer n’est qu’un décor.» Au total, le journaliste justicier est d’abord un journaliste écrivain. Car il vaut mieux, pour regarder cette humanité âpre droit dans les yeux, un journaliste qui s’inspire de Conrad écrivant Typhon qu’un activiste qui nous récite son couplet militant.

Mais il est indéniable que ces «crimes sans effusion de sang» ont du mal à faire les grands titres de la presse mondiale, car il est dur de s’intéresser à ce qu’on ne voit jamais. On ne les voit jamais, et même les gouvernements ignorent l’essentiel des richesses de leurs eaux territoriales. L’Administration Obama s’en étant avisée, elle avait provisionné un budget pour cartographier l’ensemble des fonds marins de ses eaux territoriales. Mais tout a été annulé par son successeur. Bien sûr, la France, deuxième nation maritime par la taille de ses eaux territoriales, regarde elle aussi cette nouvelle frontière comme une poule un couteau.

Malgré toute sa beauté époustouflante, l’océan est aussi un lieu dystopique, abritant de sombres inhumanités

Ian Urbina

La plupart des humains, en réalité, sont comme les Français décrits par Tabarly: la mer est ce qui est dans leur dos quand ils sont à la plage. Nul n’a idée de ce qui s’y passe, et les hors-la-loi en font leur paradis. «Malgré toute sa beauté époustouflante, l’océan est aussi un lieu dystopique, abritant de sombres inhumanités», écrit Urbina. Il se trame pourtant bien des histoires, des histoires de marins, justement, et c’est, en définitive, ce qu’on lit avec avidité dans ces reportages qui couvrent une très grande variété d’activités – des IVG en haute mer à la reconversion des plateformes pétrolières en stations touristiques. Mais les plus saisissants restent les récits de pêche illégale. Plus de 56 millions d’hommes travaillent sur des chalutiers. «Le commerce illicite des produits de la mer est mondialement prospère, avec un chiffre d’affaires annuel de 156 milliards de dollars» ; or les progrès techniques divers permettent une pêche redoutablement efficace. L’histoire du Thunder se lit d’une traite. Ce chalutier pirate et pêcheur des «loups de mer chiliens» très riches en oméga 3 lâche son filet de 11 km de long dans l’océan austral. Poursuivi par Interpol, il est surtout traqué par les équipages de l’association Sea Shepherd, dont le fondateur, Paul Watson, était connu pour ses méthodes de guérilla ; «il faut un pirate pour attraper un pirate» est sa devise. «La deuxième génération a compris qu’il fallait changer d’image, et ils agissent en s’associant aux autorités internationales et même avec d’autres sociétés de pêche qui respectent les règles», note Urbina. À lire ce récit d’une traque entre les icebergs, on comprend que Leonardo DiCaprio et Netflix en aient acheté les droits.

À la fin du livre, l’auteur propose différentes solutions pour mieux surveiller les océans, la plus sûre étant de baisser la consommation de poissons, et notamment le thon, le saumon et les crevettes. Mais parfois la mer n’attend pas la justice des hommes. Urbina a appris récemment que les pêcheurs de loups de mer ont été repérés par les baleines qui les suivent à la trace et détruisent leurs filets pour se repaître de cette pêche facile. Elles se jettent jusqu’au pont et plusieurs marins ont failli y perdre leurs bras. La vengeance est un plat qu’on déguste glacé dans les eaux du pôle Sud.

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