Le Dragon et l’Aigle : lutte d’influence en Afrique subsaharienne

Une étude consacrée à la compétition régionale qui se joue en Afrique subsaharienne entre les Etats-Unis et la Chine au début du XXIe siècle. Les divergences diplomatiques des deux mastodontes des relations internationales sont abordées ainsi que leurs conséquences, notamment, en termes humanitaires et de lutte contre le terrorisme.

Affaiblie économiquement à la fin de la Guerre froide, minée par les crises politico-militaires et les drames humanitaires, touchée par le phénomène terroriste islamiste, l’Afrique s’est vue courtisée par deux puissances extracontinentales qui n’étaient pas embarrassées par le statut pesant d’ancien colonisateur, mais dont l’appétit allait s’exprimer sans commune mesure.

Les États-Unis ont étendu leurs instruments d’influence sur un théâtre qu’ils avaient délaissé durant les décennies précédentes ; la Chine, elle, a vu dans cet immense espace un moyen d’élever son statut international et de satisfaire une base industrielle toujours plus gourmande. Washington a patiemment investi sur une nouvelle architecture de sécurité continentale tandis que Pékin a pris la tête du gigantesque chantier que constitue la mise en place d’infrastructures économiques lourdes, le domaine privilégié par l’un subissant une forme de désintérêt de l’autre.

Devant le faible degré de convergence diplomatique entre les États-Unis et la Chine sur une série de dossiers, ce qui pouvait apparaître initialement comme une complémentarité a rapidement muté en une compétition officieuse et intense. Une compétition régionale aux répercussions mondiales.



Clément Nguyen, analyste en stratégie internationale, présente son ouvrage “Le dragon et l’aigle” sur la lutte d’influence qui se joue en Afrique subsaharienne entre les Etats-Unis et la Chine. A l’ère post-coloniale, les deux puissances réclament trois choses de l’Afrique : un accès privilégié à ses ressources naturelles, des débouchés pour leurs marchandises et un soutien diplomatique.


L’Afrique est courtisée par deux puissances, les Etats-Unis et la Chine. Mais cette dernière est plusieurs crans au dessus grâce à ses investissements et ses travaux effectués dans le continent noir. La Chine gagne des marchés, bâtit des ports et des infrastructures et est en train de s’imposer comme le nouveau maître du continent.

Entretien avec Clément Nguyen, auteur de « Le Dragon et l’Aigle. Lutte d’influence en Afrique subsaharienne » paru aux éditions Bernard Giovanangeli. Entretien réalisé par Jean-Baptiste Noé


Le Dragon et l’Aigle (IVERIS)

Le sommet Russie/Afrique a placé, une nouvelle fois, le continent africain au cœur de la scène internationale et l’on ne peut que s’en réjouir. Car aussi étrange que cela puisse paraître, alors que depuis 30 ans l’Afrique est devenue une zone stratégique particulièrement convoitée par toutes les grandes puissances, elle était traitée comme un cas à part. Elle apparaissait soit comme un thème marginal dans les grands colloques, soit elle était parfaitement ignorée. Le livre de Clément Nguyen qui étudie ces luttes d’influences et notamment celles entre la Chine et les Etats-Unis tombe donc à point nommé.

Mais quels sont les intérêts de ces acteurs sur le continent ?  « Washington et Pékin veulent trois choses de l’Afrique : un accès privilégié aux ressources naturelles du continent, des débouchés pour leurs marchandises et un soutien diplomatique dans les différents forums régionaux et internationaux. » Mais pour obtenir ces résultats, les approches américaine et chinoise différent.

Si les Etats-Unis ont bien tenté d’investir le champ économique, notamment à travers l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), sans grande réussite, ils privilégient le terrain militaire. Sous couvert de la lutte antiterroriste, ils implantent de plus en plus de bases sur le continent. Dans son ouvrage, l’auteur rappelle que « le 7 novembre 2002, Stéphanie Kinney et Robert Perry, deux officiers du bureau de contre-terrorisme du département d’Etat, se sont rendus à Nouakchott pour une tournée de « sensibilisation » à la question du terrorisme international auprès de quatre pays africains ». Il s’agit de la Mauritanie, du Mali, du Niger et du Tchad… Dans la foulée, sera créée « l’initiative Pan Sahel », suivie en 2005 par le « Partenariat transsaharien contre le terrorisme », puis par la création de l’Africom en 2008.  Dix-sept ans plus tard, compte tenu de la situation sécuritaire dans la Bande sahélo-saharienne, il faut bien reconnaître, que là encore les succès ne sont pas aux rendez-vous.

La présence militaire US tient une large place dans l’ouvrage de Clément Nguyen, qui, pour établir une cartographie quasi-exhaustive de ses bases, dont certaines sont couvertes par le secret défense, et anticiper ses actions en Afrique, décortique tous les appels d’offre du Pentagone… Un travail minutieux, chronophage, mais fructueux.

La Chine, elle, a investi le champ géoéconomique « et en a surpris plus d’un par sa rapidité et son volume si bien qu’elle a pris de court à la fois les partenaires traditionnels du continent mais également les gouvernements africains. » Cependant, après une période euphorique, la « Chinafrique » ne semble pas être le monstre tant décrié, sa politique ayant beaucoup évolué ces sept dernières années, « plus de mesure, plus de cohérence » et surtout elle sait répondre aux besoins des Africains en œuvrant dans les infrastructures lourdes qui font tant défaut sur le continent.

Qui de l’aigle ou du dragon, de la tortue chinoise ou du lièvre américain gagnera la bataille ? Pour Clément Nguyen, « La Chine part avec une importante longueur d’avance… »

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