Mauvaise troupe

De flamboyantes campagnes de pub les ont attirés. Ils affrontent une toute autre réalité. Enquête sur de jeunes recrues à bout de nerfs.

Depuis les attentats de 2015, l’armée française recrute large. Avec 1,7 candidat seulement par poste de militaire du rang, elle n’a guère de choix. Ces volontaires fuient souvent l’échec scolaire, le chômage ou la petite délinquance et rêvent d’une guerre de jeu vidéo. Puis ils découvrent l’absurdité des patrouilles Sentinelle, les conditions de vie déplorables et l’indécision du commandement. Mal préparés aux atrocités de la guerre, ils sont envoyés au Mali ou en Centrafrique. Accros aux réseaux sociaux, aux drogues, à l’alcool, certains ont dérapé jusqu’à commettre des exactions sur des civils centrafricains.

Mauvaise troupe décrit l’existence de ces soldats déboussolés, abandonnés à leur errance par une hiérarchie dépassée. Cette enquête de terrain, étayée par des documents internes exclusifs, dévoile enfin une réalité occultée.

Editions les Arènes

Les auteurs :
  • Justine Brabant est l’autrice de Qu’on nous laisse combattre et la guerre finira (La Découverte, 2016).
  • Leïla Miñano a coécrit La Guerre invisible. Enquête sur les violences sexuelles dans l’armée française (Les Arènes 2014).

Recrutement peu sélectif, conditions de vie déplorables, manque de préparation physique et mentale : Justine Brabant et Leila Miñano ont enquêté sur la triste réalité des jeunes soldats français.

Deux femmes journalistes signent une enquête particulièrement fine, symptomatique et bien menée sur notre Armée. S’attachant à dévoiler le sort, ou plutôt la dérive des jeunes recrues. Sexe, drogue, ennui, traumatisme et déchéance sociale. « Une vérité que la Grande Muette s’emploie à cacher », précisent d’emblée les auteurs. Et pour cause, elle a besoin de jeunes, de beaucoup de jeunes. Mais quel avenir leur réserve-t-elle ? Ce document interroge plus que le destin militaire contemporain, il met le doigt sur les techniques de communication de l’armée. Celles qui lui servent à recruter et celles qui lui servent à verrouiller.

L’Instant M par Sonia Devillers (9h40 – 17 Septembre 2019)


Au sein de l’armée française, des soldats mal informés, parfois traumatisés par les horreurs des conflits et qui peuvent aussi déraper… C’est le constat établi par les journalistes Justine Brabant et Leïla Minano. Elles publient « Mauvaise troupe » aux éditions des Arènes.

Ce que ne dit pas l’armée française sur l’état des troupes (Mediapart)

Depuis 2015, l’armée recrute massivement et avec difficulté. Au-delà des images publicitaires, le livre Mauvaise troupe révèle un terrible gâchis humain : des jeunes recrues, souvent mal formées et mal encadrées, sont écœurées par des missions absurdes ou précipitées dans les horreurs de la guerre.

Depuis toujours, l’armée française communique mais se garde bien d’informer. C’est particulièrement vrai depuis quelques années, avec une institution militaire sous tension, engagée dans de multiples conflits à l’extérieur et réquisitionnée pour une « guerre contre le terrorisme » sur le territoire national. À l’automne 2017, Emmanuel Macron avait exclu tout questionnement sur ces engagements comme sur l’état des troupes par cette phrase définitive : « Vous ne devez qu’une chose pour les soldats français : les applaudir. »

La sentence est justement rappelée par Justine Brabant et Leïla Miñano qui publient un livre d’enquête bienvenu, Mauvaise troupe, la dérive des jeunes recrues de l’armée française (éditions Les Arènes). Depuis plusieurs années, les deux auteures explorent les coulisses cachées de l’armée française, qui sait déployer tous les obstacles et cadenasser la plupart des portes. Justine Brabant et Leïla Miñano ont en particulier participé au projet Zero Impunity, relayé par plusieurs médias internationaux et publié sur Mediapart, qui dénonçait l’impunité dont bénéficient les auteurs de violences sexuelles dans les zones de conflit (c’est à lire ici, ici et ).

Dans Mauvaise troupe, elles s’attachent à explorer ce qu’est une armée professionnelle qui, depuis la suppression du service militaire en 1997, doit désormais recruter à tour de bras. Comment traite-t-elle ses recrues, pour quelle formation, quelle mission, quel type d’encadrement et d’accompagnement ? Chaque année, la seule armée de terre doit recruter 15 000 militaires, « tandis que 12 000 rendent en parallèle leur uniforme », notent les auteures. Et la maîtrise de ce flux continu va provoquer un immense gâchis humain tant l’institution est mal outillée pour cette opération géante de gestion humaine.

Les « cassés » de cette « armée de crevards », comme le raconte un engagé, ne sont donc pas des cas marginaux. 2015 marque une rupture, et une dégradation brutale, avec le déploiement sur le territoire national de l’opération Sentinelle pour répondre aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Dix mille hommes de troupe sont déployés sur le territoire dans des conditions déplorables. L’opération se poursuit encore aujourd’hui avec un dispositif légèrement amélioré. Entre-temps, des milliers de jeunes recrues ont été broyées.

Les incessantes campagnes de communication (publireportages sur les télés, affichage, réseaux sociaux) ont tout pour attirer des jeunes souvent en difficulté, personnelle, familiale, professionnelle. De l’aventure, de la camaraderie, des voyages, de la guerre version jeu vidéo, du sport… Bref, comme le dit le youtubeur Julien Fabro, « c’est trop, c’est vachement cool ». L’armée a décroché quelques « influenceurs » comme lui ou la star des fans de sports Tibo InShape pour rabattre et convaincre les futures recrues. En vidéo, cela donne cela, du rêve à deux balles pour des jeunes en recherche :

Le contrat une fois signé, le rêve s’évanouit très vite. Il reste les interminables patrouilles Sentinelle (30 kilomètres de marche dans la journée), l’ennui, la drogue et l’alcool, un encadrement souvent dépassé, des formations bâclées, des tâches inintéressantes. « Je n’ai pas signé pour faire gardien de supermarché », dit un jeune épuisé par six missions Sentinelle en un an.

Il y a alors le surgissement de l’horreur dans les vies de jeunes recrues mal préparées aux opérations extérieures et aux sales réalités de la vraie guerre. Les auteurs ont accumulé de très nombreux témoignages d’anciens soldats passés par le Mali et la Centrafrique. En décembre 2013, la France déclenche dans la précipitation l’opération Sangaris : 1 600 soldats, dont bon nombre de toutes jeunes recrues, sont déployés à Bangui pour s’interposer dans une guerre civile terrible. Des objectifs imprécis, des buts de guerre mal définis, une hiérarchie débordée et une violence jamais imaginée par de jeunes contractuels : les dégâts seront massifs et pour de nombreux soldats, cette opération constituera un point de rupture.

L’armée doit depuis quelques années gérer un phénomène massif : les désertions. Chaque année, environ deux mille soldats choisissent de déserter puisqu’il leur est impossible de casser leur contrat. L’acte est considéré comme grave et conduit droit devant le tribunal. Justine Brabant et Leïla Miñano consacrent un chapitre de leur livre aux audiences des tribunaux aux affaires pénales militaires. Là se racontent le quotidien des casernes comme la débine de jeunes recrues brisées par l’institution.

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