Ce que signifient les noms des pays d’Afrique

Ce que signifient les noms des pays d’Afrique (RFI)

Derrière les noms des 54 États africains se cachent bien des histoires et autant de langues, coloniales ou pas. De l’Algérie au Zimbabwe, voici l’Afrique de A à Z, une série en quatre épisodes.

Algérie

La ville d’Alger a donné son nom au pays, son sens provenant de l’arabe El-Djazaïr, « les îles », en raison des îlots situés en face du port. Dès 950, la ville est ainsi nommée par le fondateur de la dynastie berbère Senhadja, qui la reconstruit sur les ruines de l’ancienne Ikosim pour les Phéniciens, Icosium pour les Romains. Les lieux s’appelaient déjà Djaza’ir Beni Mezghenna, les « ilôts » des Beni Mezghenna, du nom de la tribu berbère Aït Mezghen, comme l’explique le site officiel de la mairie d’Alger.

Afrique du Sud

Hérité du colonisateur britannique, fondateur de l’Union d’Afrique du Sud en 1910, ce nom se décline dans les 11 langues nationales reconnues par la République depuis 1994 dont « yaseNingizimu Afrika » en isizoulou et « iRiphabliki yomZantsi Afrika » en isixhosa. Le pays est souvent appelée Mzansi par ses ressortissants, un surnom familier dérivé de « umzantsi », « Sud » en isixhosa. L’opposant populiste Julius Malema milite pour que le pays soit rebaptisé « Azania », comme les Grecs anciens appelaient l’Afrique orientale et australe. Le mot porte une charge politique spéciale, puisqu’il a été utilisé dans les années 1950 et 1960 par le Congrès panafricain (PAC), concurrent du Congrès national africain (ANC). Radical, ce parti ne voulait pas de compromis avec les Blancs.

Angola

La « Repubilika ya Ngola » dans son appellation officielle en kikongo tire son nom du mot kimbundu « Ngola ». C’était le titre du monarque de l’ancien royaume de Ndongo, formé par le peuple bantou Ambundu, allié des Portugais.

Bénin

L’ancien Dahomey est devenu en 1975 la République populaire du Bénin, d’obédience marxiste, sous la férule de Mathieu Kérékou. La République perd son caractère populaire, mais conserve après 1990 son nom de Bénin, éponyme de la ville de Benin City au Nigeria. Le mot est lui-même tiré de la prononciation portugaise de « Ubinu », l’un des royaumes les plus forts que le colonisateur ait rencontrés en 1472, alors situé dans l’actuel sud-ouest du Nigeria, dans la région du Delta du fleuve Niger. Ce nom viendrait du mélange du mot yoruba « Oba », gouverneur, et de « Bini », le nom du peuple Edo.

Botswana

L’ex-protectorat britannique du Bechuanaland porte depuis son indépendance en 1966 le nom de sa communauté la plus importante, les Tswanas (79 % des 2,2 millions d’habitants). La nationalité se dit motswana au singulier et batswana au pluriel. Attaché à ses racines d’éleveurs sédentaires, ce peuple vit à cheval entre le Botswana et l’Afrique du Sud, qui compte le setswana parmi ses 11 langues nationales. De manière paradoxale, c’est l’Afrique du Sud qui rend hommage aux premiers habitants de l’Afrique australe, les Xhoisan (ou « Bushmen ») avec ses armoiries dans leur langue. Au Botswana, cette minorité est plus nombreuse qu’en Afrique du Sud, mais marginalisée.

Burkina Faso

Le « pays des hommes intègres » reste marqué par la mémoire de son fondateur, le capitaine révolutionnaire Thomas Sankara, assassiné en 1987. L’appellation efface en 1984 l’ancien nom colonial de République de Haute-Volta et réconcilie les deux principales langues du pays, avec un mot en moré (« Burkina », l’intégrité) et l’autre en dioula (« Faso », la patrie). S’y ajoute une touche d’al pulaar avec le suffixe « bè » dans le terme Burkinabè, le nom officiel des ressortissants nationaux, invariable en genre et en nombre, n’en déplaise aux règles de la grammaire française.

Burundi

Le Burundi n’existe-t-il que par opposition au Rwanda ? Selon une idée défendue par certains Burundais, en kirundi et kinyarwanda, deux langues sœurs, le Burundi viendrait du mot « Urundi », qui signifie « l’autre ». Le Burundi, est-ce donc « l’autre Rwanda », un royaume antérieur à la fondation de celui du Burundi, avec lequel il est ensuite entré en conflit pour le contrôle des terres et des pâturages ? Des chercheurs burundais estiment qu’il n’en est rien, cet édifice reposant sur une méprise introduite par l’appellation coloniale de Ruanda-Urundi par les Belges pour les deux territoires. Les experts se questionnent sur l’étymologie du mot « Uburundi », qui viendrait du verbe kurunda, « regrouper, rassembler » en kirundi, évoquant le regroupement de petits royaumes. Une interprétation qui ne fait pas consensus.

Cameroun

Montagne ou crevette ? Le pays du Mont Cameroun, massif volcanique qui culmine à 4070 mètres, tire en fait son nom du portugais « Rio de Camarões » (rivière de crevettes). Un reflet de l’étonnement de l’explorateur portugais face à l’abondante faune du fleuve Wouri. Il a été ensuite anglicisé par les Britanniques.

Cap-Vert

« Cabo verde » ! Ce que clament en 1460 deux navigateurs portugais, à l’approche de cet archipel volcanique et verdoyant de l’Atlantique, est aujourd’hui le seul nom officiel du petit État insulaire. Les autorités de Praia ont demandé en octobre 2013 au système des Nations unies de le reprendre tel quel, en tant qu’appellation unique et officielle, avec prière de ne plus le traduire.

Centrafrique

Le paradoxe n’a rien d’anodin : doté d’un nom africain tiré de deux cours d’eau durant la période coloniale, l’Oubangui-Chari se choisit un nom français, République centrafricaine, à son indépendance en 1958. Enclavé au cœur de l’Afrique centrale, en proie à une instabilité politique chronique, cet État « failli » et divisé est devenu emblématique des frontières artificielles héritées de la colonisation.

Comores

De l’arabe Djuzur al Qamar, « les îles de la Lune » s’appellent Udzima wa Komori, l’Union des Comores, leur nom officiel en swahili. Situé sur la route des moussons, dans l’océan Indien, cet archipel autrefois organisé en sultanats témoigne de l’influence arabe et perse sur toute la côte orientale de l’Afrique.

Congo

Aussi appelée Congo-Brazzaville, par opposition au grand Congo-Kinshasa qui lui fait face, cette petite République aurait pu s’appeler Pedrao (« pilier » en portugais), le nom donné au fleuve qui la borde, à l’arrivée des Portugais. Le colon s’est ensuite rabattu sur « Congo » pour dénommer le fleuve et le pays, en raison de l’existence du royaume Bakongo.

Congo (République démocratique)

L’eau du fleuve, encore elle, a inspiré en 1971 à Mobutu Sese Seko le nouveau nom de Zaïre. C’est la prononciation en portugais du mot « nzadi », « eau » en kikongo. Laurent-Désiré Kabila a rendu en 1997 à la RDC son nom de l’Indépendance, en 1960. L’ancien Congo belge (1908-1960), propriété personnelle du roi Leopold II, était autrefois appelé Congo-Léopoldville, avant que la capitale ne devienne Kinshasa en 1966.

Côte d’Ivoire

C’est l’un des rares pays à avoir conservé son nom colonial, reflet de l’importance du commerce d’ivoire, alors que l’actuel voisin ghanéen s’appelait « Côte de l’Or » (1821), et le Bénin et le Togo « Côte des Esclaves ».

Djibouti

L’ancien Territoire français des Afars et des Issas (TFIA, 1967-77), garde son mystère. Son nom est-il dérivé des mots afar gabouti  « natte de fibres de palme » – ou gabod, « les plateaux », devenu gabouti en arabe ? De djab-outi, qui voudrait dire « l’ogre a été vaincu » en langue somalie, en raison du mythe d’une bête féroce ? La version la plus répandue porte sur l’origine arabe du mot, dji but, une interrogation de la vie quotidienne : « Le boutre est-il arrivé ? ».

Égypte

Plusieurs strates d’histoires se cachent derrière le nom du pays où est née l’une des plus anciennes civilisations de l’Antiquité. Le nom latin Aegyptus vient du grec ancien Aígyptos, qui dériverait de deux sources. L’une serait grecque, Aigaíou hyptíos signifiant « la terre en dessous de la mer Égée ». L’autre remonterait à Babylone, lorsque les habitants de l’ancienne Mésopotamie appelaient la ville de Memphis, au sud de l’actuel Caire, Hwit ku Pitah ou Hetkaptah, « le temple de Dieu ». En arabe, l’Égypte se dit Misr (« cité, forteresse ») et en hébreu Mistraim, le nom de l’un des enfants de Cham. Elle est surnommée Misr um al-dunya, « Égypte mère du monde » par les Égyptiens.

Érythrée

Du grec, encore. L’un des derniers pays d’Afrique à avoir accédé à l’indépendance, après la colonisation italienne (1869-1941) puis une guerre contre l’Éthiopie (1962-1993), tire son nom du grec ancien Erythraia, « rouge ». Ce qui a donné en latin Mare Erythraeum, « mer Érythrée » ou « mer Rouge ». Puis Ertra en tigrigna, l’une des langues nationales.

Éthiopie

Et du grec, toujours, avec le mot Aithiops, « visage brûlé »… Ce que des sources éthiopiennes contestent, en mettant en évidence une étymologie plus locale avec Ityopp’is. Fils de Koush et petit-fils de Cham, il n’est autre que le fondateur de la ville d’Aksoum, qui a donné son nom au puissant Empire aksoumite, au IVe siècle avant Jésus-Christ.

Eswatini (Swaziland)

« Bâton de commandement », en zoulou, voilà un nom qui va comme un gant à la seule monarchie absolue d’Afrique. L’ancien Ngwane est ainsi nommé depuis le règne de Mswati II (1840-68). Son actuel roi, Mswati III, a imposé en 2018 une seule appellation internationale, qui s’écrit eSwatini dans la langue locale, le swati, pour se débarrasser du mot hybride de Swaziland, vestige de la colonisation.

Gabon

Le mot viendrait du portugais Gabão, « caban » ou manteau à capuchon, inspiré aux premiers Portugais à arriver sur cette terre par la forme de l’estuaire de la rivière Komo.

Gambie

Le fleuve Gambie, qui a donné son nom à cette petite enclave anglophone en territoire sénégalais, tire sa source étymologique de cambio (« échange », « marché », en portugais et en italien). Le navigateur vénitien Cadamosto ne croyait pas si bien dire en 1455, onze ans après la première vente publique d’Africains à Lisbonne. Ce sont des côtes sénégambiennes que la traite transatlantique est en effet partie, tournant à plein régime dans les années 1680, lorsque la France établit un comptoir à Albreda, sur la rive nord du fleuve.

Ghana

Le terme viendrait de nwana, « héros » ou « roi guerrier » en soninké. Dénommé « Côte de l’Or » (Gold Coast) sous la colonie britannique, le pays, à l’indépendance, se choisit le nom de l’ancien Empire du Ghana (VIe-XIIIe siècles), même si son territoire n’en fait partie. La suggestion est faite par l’historien Joseph Kwame Danquah, selon lequel les peuples de l’actuel Ghana descendent de cet ancien royaume ouest-africain, situé entre les actuels Mali et Mauritanie.

Guinée

Un atlas catalan de 1320 appelle « Guinuia » les peuples de Djenné, au Mali, sur le fleuve Niger. Le mot vient du « pays des Noirs » en berbère, ou Akal-n-Iguinaouen… La Guinée désigne pour les marchands maures et les Européens du XVe siècle un territoire bien plus vaste que l’actuelle Guinée-Conakry. En témoigne la Guinée-Bissau, qui doit son nom à sa capitale Bissau, un comptoir fortifié fondé en 1687 par les navigateurs portugais, mais aussi la Guinée équatoriale, un pays du golfe de Guinée proche de l’Équateur. Autre explication invoquée à Conakry : en soussou, le mot « djine », « femme », aurait servi de réponse maladroite aux habitantes interrogées par les premiers navigateurs portugais. À la question de savoir où ils se trouvaient, posée en portugais, elles auraient répondu qui elles étaient, en soussou.

Kenya

« Montagne blanche » ou « brillante », la nuance dépend du mot utilisé, Kiinyaa en langue akamba ou Kirinyaga en kikuyu. Tout le pays doit son nom au mont Kenya, second plus haut sommet d’Afrique après le Kilimandjaro. C’est aussi la montagne qui inspire son nom au père de l’indépendance Jomo Kenyatta. C’est sous ce pseudonyme que Kamau wa Ngengi, alors anthropologue, signe en 1938 une thèse sur le peuple kikuyu intitulée Au pied du mont Kenya.

Liberia

Premier État indépendant d’Afrique, en 1847, le Liberia vient du latin liber (« libre »). Il a été fondé en 1822 par la National Colonization Society of America comme terre de retour pour les esclaves noirs affranchis aux États-Unis. Ce nom ne tient pas ses promesses. Une longue histoire de domination de l’élite américano-libérienne sur les « autochtones » se solde en 1980 par un coup d’État mené par un autochtone, Samuel Doe, puis le début en 1989 de l’une des plus atroces guerres civiles qu’ait connu l’Afrique, menée entre autres par des chefs de guerre dénommés Prince Johnson et Charles Taylor.

Libye

Les Libous, peuples berbères, inspirent aux Grecs anciens le nom de Libye à un vaste territoire qui comprend toute l’Afrique du Nord-Ouest, des régions ouest de l’Égypte jusqu’à l’océan Atlantique. Dans l’Antiquité, ce qui correspond à l’actuelle Libye s’appelait aussi Marmarica (Libye inférieure) et Cyrénaïque (Libye supérieure).

Madagascar

En langue malagasy, Madagasikara signifierait la « fin de la Terre », ce qui ferait référence à la distance à parcourir jusqu’à la Grande Île pour la partie asiatique de la population. Cela étant, l’origine du mot prête à bien des débats : il apparaît pour la première fois sous forme de Madeigascar dans un récit de voyage que fait en 1433 le Vénitien Marco Polo, qui mélange allègrement les descriptions qu’on lui a rapportées de cette île avec… Mogadiscio, en Somalie. Vient-il du persan Madgashi bar, « l’île des Malgaches » ?

Dans les textes anciens, l’île est mentionnée sous divers noms : Diab, Ménouthias, Phébol, Quanbalû, Madeigester, Malichu, Cerné. Elle est connue par les géographes arabes, dont le célèbre Idrisa, qui mentionne l’île sous le nom de gesira malai ou « île des Malais » sur une carte dessinée en 1154. L’inversion du terme malai gesira a-t-elle donné au fil des ans Madeigascar puis Madagascar ? C’est une autre hypothèse. Ce qui n’empêche pas les Portugais de la baptiser Ilha Sao Lourenço île Saint-Laurent ») en 1500 et les Français d’y établir le comptoir de Fort-Dauphin en 1642.

Malawi

L’ancien Nyassaland colonial (Nyassa signifiant « lac » en langue yao) porte toujours le nom de son lac, le troisième plus grand d’Afrique. Malawi vient de l’Empire du Maravi, fondé au XVe siècle par le peuple forgeron des Amaravi. Le mot signifie « flammes » ou « langues de feu ». Un élément que les esprits poétiques réconcilient avec l’eau, voyant dans le lac des reflets enflammés au lever du soleil.

Mali

« Hippopotame », en bambara. Mais le Mali, que ses habitants appellent aussi « Mandé », n’a rien de l’animal amphibie. Il vient d’une tout autre histoire, celle de l’Empire mandingue. Quand le village de Mani devint la capitale de l’Empire du Mali, fondé par Soundiata Keita au XIIIe siècle, toute la région prit le nom de ses habitants, les Maninkan. Elle se fit surnommer Maghan denw ka sigiyoro, « la terre des enfants d’empereurs ». En version raccourcie, Maghan denw devint Mandé, mais le peuple Maraka traduisit la formule dans sa langue. C’est ainsi que « Maghan lémé » donna Malé, ensuite retranscrit Mali en arabe.

Maroc

Loin de se résumer à la seule ville de Marrakech, fondée en 1070, le Maroc en tire pourtant son nom. L’ancienne prononciation de « Marrakch », capitale de trois dynasties, a laissé une empreinte profondément berbère – et non européenne, comme on le lit partout sur l’origine du mot Maroc, qui serait devenu ce qu’il est à cause de la version espagnole de Marrakech. En tamazight, la langue berbère, Amur veut dire « pays » et Akouch « Dieu ». Marrakech, « la terre de Dieu », va on ne peut mieux au royaume chérifien. Son roi est en effet le commandeur des croyants, selon l’article 41 de la Constitution.

Maurice

L’amiral hollandais qui aborde cette île volcanique en 1598 la baptise « Maurits », en hommage à Maurits de Nassau, souverain de l’époque aux Pays-Bas. Tout au long d’un siècle de colonisation française, elle devient « l’île de France » (1715-1814), puis reprend le nom de « Mauritius » lorsqu’elle passe dans le giron de l’Empire britannique. Elle le garde à l’indépendance en 1968.

Mauritanie

Du latin Mauretania, « terre des Maures », Mauri étant le nom donné aux tribus berbères du nord du Maroc par les Romains, puis par extension les peuples placés sous leur domination sur le territoire de l’actuel Maghreb (« Occident », en arabe). D’où vient le mot Mauri ? La racine grecque mavros signifie « noir », et maourassia en grec désignait la terre des Noirs.

Mozambique

Un ancien sultan de Sofola, Musa Ben Mbiki, aurait donné son nom à la petite île de Mozambique, puis toute la côte qui lui fait face. Son contemporain, le navigateur portugais Vasco de Gama, s’empare de l’île en 1507 lors de sa deuxième expédition sur la route des Indes via le Cap de Bonne-Espérance.

Namibie

« Région où il n’y a rien », en nama. Le désert du Namib, dont les dunes spectaculaires longent l’océan Atlantique, a donné son nom à la Namibie, ancienne Afrique du Sud-Ouest durant la colonisation.

Niger / Nigeria

Le fleuve Niger, Djoliba en mandingue, est l’un des plus importants du Sahel et d’Afrique – le troisième en longueur après le Nil et le Congo. Son nom viendrait de n’eghirren, « eaux qui coulent » en tamasheq, la langue touarègue. Il a donné son nom aux actuels Niger et Nigeria, sans rapport avec le latin niger, « noir », par ailleurs racine du mot « nègre ».

Ouganda

Le royaume du principal groupe ethnique du pays, le peuple Ganda, a donné son nom d’Ouganda au protectorat britannique en 1894, puis au pays indépendant en 1962. Fondé par le peuple Ganda, qui parle la langue luganda, ce royaume du Buganda est unifié au XIVe siècle sous le roi Kato Kintu, et devient l’une des nations pré-coloniales les plus influentes d’Afrique de l’Est. Son nom actuel, débarrassé de sa première lettre, correspond à sa version en kiswahili, la langue véhiculaire de l’Afrique orientale.

Rwanda

Les Banyarwanda, peuples de langue et de culture unique, viennent du royaume pré-colonial du Rwanda, qui signifie « domaine » ou « pays qui s’étend » en kinyarwanda. Fondé au premier millénaire après Jésus-Christ, le royaume s’est maintenu jusque sous les colonisations allemande (1899-1917) et belge, avant d’être aboli en 1961 par référendum, un an avant l’indépendance. Le territoire du Ruanda-Urundi fut administré par la Belgique de 1922 à 1962 par un gouverneur général, avant de former deux États indépendants, Rwanda et Burundi.

Sao Tomé-et-Principe

La plus grande île de ce qui deviendra un micro-État est appelée Sao Tomé par les Portugais, qui en foulent la terre pour la première fois le 21 décembre 1471, jour de la Saint-Thomas. La seconde est baptisée Ilha do Principe en 1502, en hommage au prince Alphonse du Portugal.

Sénégal

Est-ce une pirogue, comme l’affirme l’abbé français David Boilat dans Esquisses sénégalaises (1850), Sénégal venant à son avis de suñu gaal, « notre pirogue » en wolof ? Cette idée communément admise est contestée par divers experts, dont Saliou Kandji, auteur de Sénégal n’est pas Sunugal, ou De l’étymologie du toponyme Sénégal (Presses universitaires de Dakar, 2006). Trois sources au moins sont possibles : les Sanhadja, une tribu berbère du Sahara, l’expression berbère Sina id-noughal, « de là d’où nous revenons », « là où sont nos frontières », et Singhane en hassanya (l’arabe mauritanien), qui désigne la région du Cayor.

Seychelles

Les 115 îles de cet archipel portent depuis 1756 le patronyme d’un contrôleur des finances du roi Louis XIV, Jean Moreau de Séchelles – Sesel en créole. Ce nom a persisté, alors que Vasco de Gama, navigateur portugais, avait baptisé les îles Amirantes en 1501, et malgré la perte de l’archipel par la France en 1811, au profit de l’Empire britannique. Les Seychelles n’ont pas changé de nom à l’indépendance en 1976, et portent toujours la marque du passage des Français. Leur île principale, Mahé, doit son nom au gouverneur de ce qui était alors L’Isle de France (actuelle Maurice), un aristocrate dénommé Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais.

Sierra Leone

D’où vient l’association entre l’espagnol sierra, « chaîne de montagnes », et l’italien leone, « lion » ? Il s’agirait d’une mauvaise traduction ou retranscription de Serra Leoa (« montagnes du lion »), le nom venu à l’esprit de l’explorateur portugais Pedro de Sintra en 1462, lorsqu’il aborda le relief accidenté de ces côtes ouest-africaines. L’arrivée des Britanniques en 1787, pour fonder la ville de Freetown, ne change rien à l’appellation du pays, devenue Salone en langue krio.

Somalie

Appelée « Punt » par l’Égypte des pharaons, « Azania » par les Grecs anciens puis « Barbara » par les géographes arabes, qui y voyaient un territoire berbère (d’où le port de Berbera), le pays porte aujourd’hui le nom de ses habitants, les Somalis. Le mot est retranscrit à partir du XVe siècle, mais ce peuple s’est formé entre les Xe et XIIIe siècles à la suite de plusieurs vagues migratoires venues d’Arabie – les Dirs Somalis, Hawiye et Issas, puis Darods et Isaqs, organisés en clans et lignées. L’un des plus homogènes d’Afrique, il parle le af-Soomaali, langue cousine de l’oromo. Le mot « Somalie » viendrait de la mythologie selon laquelle Samaale et Sab, fils de Hill, sont les ancêtres des éleveurs nomades et des agro-pasteurs.

Soudan

De l’arabe Bilad as-Sudan, « terre des Noirs », ce terme étant utilisé par les cartographes arabes du Moyen-Âge pour désigner le sud de la zone sahélienne, bien avant que le territoire qui correspond à l’actuel Soudan ne passe sous domination égyptienne. L’ancienne Nubie était appelée « pays de Koush » par les pharaons, 2 000 ans avant Jésus-Christ.

Soudan du Sud

Le dernier né des États africains, lorsqu’il fait sécession du Soudan en 2011 à la suite d’un référendum d’autodétermination, hésite sur son appellation. Parmi les propositions figurent « Azania », « New Sudan », « Nile Republic », « Equatoria », « Koush » et « Djouwama » (Juwama), un regroupement des premières syllabes de Djouba, Wau et Malakal, les capitales régionales. Pour des raisons pratiques, les autorités choisissent South Sudan, l’anglais étant sa seule langue officielle.

Tanzanie

La Tanzanie regroupe depuis 1964 les noms de deux États qui l’ont précédée : le Tanganyika, à la fois grand lac et ancienne colonie britannique (1919-1961) et l’île de Zanzibar, longtemps contrôlée par le sultanat d’Oman. Tanganyika signifie en swahili « Voguer dans la plaine inhabitée », tandis que Zanzibar vient de l’arabe barr (« rivage ») et du nom du peuple Zenji ou Zengj, qui veut dire « noir ».

Tchad

Le lac Tchad donne son nom au pays, tsade en kanouri signifiant tout simplement « lac ». Trois grands royaumes s’y sont succédés à travers les siècles, nommés Kanem, Ouaddai et Baguirmi, avant que leurs territoires ne soient intégrés dans l’Afrique équatoriale française (AEF).

Togo

En langue ewe, to signifie « eau » et go « côte ». Mais tout serait parti du village dénommé Togodo, « le pays après la falaise » ou « de l’autre côté du rivage ». C’est là qu’un traité de protectorat a été signé en 1884 entre plusieurs chefs et l’explorateur allemand Gustav Nachtigal, qui baptise le pays « Togo ».

Tunisie

Sous domination successive des Numides, Phéniciens, Grecs, Romains, Arabes, Espagnols, Ottomans et Français, la ville de Tunis n’a jamais changé de nom depuis sa fondation dans l’Antiquité, à proximité de la cité phénicienne de Carthage. Son nom vient-il de la déesse phénicienne Tanith ? C’est une hypothèse. Sa racine plus probable vient d’un mot berbère signifiant « passer la nuit ». Tunis, située stratégiquement à la pointe nord-est du continent, désigne un lieu de bivouac ou de halte. Un simple relais qui ne deviendra capital que sous le sultanat hafside (1207-1574) sur un territoire nommé Ifrikiya (comme l’ancienne province d’Afrique romaine), englobant une partie des actuelles Algérie et Libye.

Zambie

L’ancienne Rhodésie du Nord tient son nom du fleuve Zambèze, qui coule dans l’est du pays et forme la frontière avec le Zimbabwe.

Zimbabwe

À sa libération en 1980, l’ex-Rhodésie se renomme Zimbabwe, un nom qui évoque le Grand Zimbabwe, l’un des sites archéologiques les mieux conservés du continent. Cette cité médiévale de tours de pierres rondes, construite au XIe siècle, porte un nom dérivé du shona : dzimba-hwe, « maisons de pierres ». Le mot désigne des maisons vénérées, celles des chefs ou des tombes, dernières demeures.

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