La stratégie nationale du renseignement

La Stratégie Nationale du Renseignement (SNR) constitue la feuille de route de Renseignement. Elle en décrit à la fois les enjeux prioritaires, les objectifs qui sont poursuivis et les adaptations qui doivent en découler en termes d’organisation.

Le Renseignement recouvre l’ensemble des informations et faits révélés et analysés par le travail des services dans le but de prévenir les atteintes aux intérêts de la Nation, de protéger les personnes, les biens et les institutions et de défendre et promouvoir les intérêts de la France. C’est une politique publique qui met en œuvre des moyens et des outils de puissance publique et un instrument de souveraineté qui contribue à préserver l’autonomie de décision de l’Etat.

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Après les « gilets jaunes », les services de renseignement veulent mieux anticiper les mouvements sociaux (Le Monde)

Huit mois après le début du mouvement de protestation, la nouvelle « stratégie nationale du renseignement » place les « crises de société » comme l’un de ses enjeux prioritaires.

C’est en toute discrétion que la nouvelle « feuille de route » des services de renseignement a été publiée. Mise en ligne sans publicité sur le site Internet d’un service rattaché au premier ministre, lundi 15 juillet, cette « stratégie nationale du renseignement » a été élaborée par la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), un organisme placé auprès de la présidence de la République.

Le document, validé par Emmanuel Macron, fixe les principaux axes de la politique gouvernementale en matière de renseignement. S’il souligne que le terrorisme demeure « la première priorité », cet ensemble de treize pages met également en avant un autre objectif : « l’anticipation des crises », et notamment celles de sécurité intérieure. « C’est une des attentes fortes à l’égard du renseignement », est-il précisé.

Des allusions aux « gilets jaunes »

Certes, la crise sociale des « gilets jaunes » n’est jamais explicitement mentionnée dans le document de la CNRLT. Mais, huit mois après le début d’une mobilisation difficile à appréhender pour les services de renseignement, la coordination multiplie les allusions au mouvement. « L’anticipation, l’analyse et le suivi de mouvements sociaux et crises de société par les services de renseignement constituent une priorité », écrit-elle.

Elle mentionne les black blocs, ces groupes radicaux dont le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait dénoncé en mars la présence dans les manifestations des « gilets jaunes », et des exemples d’actions violentes dont la « pénétration dans les enceintes protégées ». Pour rappel, en janvier, plusieurs personnes, dont certaines avec un gilet jaune, avaient enfoncé la porte du ministère du porte-parolat en utilisant un engin de chantier.

Cette « montée en puissance des mouvements et réseaux à caractère subversif » est qualifiée de facteur de crise « particulièrement préoccupant ». Pour y faire face, la CNRLT préconise une « vigilance accrue » de la communauté du renseignement. Et, surtout, une meilleure appréhension des « courants qui traversent notre société ». « De ce point de vue, la connaissance de la vie locale et le lien à entretenir avec ses acteurs (élus, relais associatifs, médias…) sont des enjeux importants pour les services de renseignement compétents. »

Dans le même esprit, la CNRLT recommande d’anticiper « les dérives violentes » qui peuvent toucher « certaines manifestations festives ou sportives » ou être liées aux « revendications d’ordre communautaire, religieux, éthique… »

Cette place accordée aux crises intérieures, et la réaffirmation sous-jacente de l’importance des renseignements territoriaux (ex-RG), était absente de la première version de la « stratégie nationale du renseignement » qui avait été publiée en octobre 2014, comme le prévoyait la loi du 18 décembre 2013.

« Réinvestissement du renseignement territorial »

Ce changement s’inscrit dans le cadre d’une évolution de la communauté du renseignement. Après la disparition des RG, en 2008, plusieurs épisodes, de l’émergence de La Manif pour tous à l’occupation de la mosquée de Poitiers en 2012, avaient montré les carences du renseignement local et poussé à une réforme. Depuis, le service central du renseignement territorial (SCRT), créé en 2014, a pris de l’importance.

Ses moyens, notamment humains, ont été accrus au cours des dernières années. En avril, répondant à la question écrite d’une députée, le ministère de l’intérieur avait indiqué que « d’environ 2 000 agents fin 2014 », le SCRT était désormais passé « à plus de 2 800 agents, dont près de 300 militaires de la gendarmerie ». « Cette politique de renforcement des capacités opérationnelles va se poursuivre », avait-il précisé, promettant l’arrivée de 400 agents supplémentaires, dont plus d’une centaine de gendarmes, d’ici à 2022.

Un « réinvestissement du renseignement territorial » salué dans la « stratégie nationale du renseignement » de la CNRLT, aux côtés d’autres réformes menées depuis dix ans comme la « légalisation des techniques de renseignement dans les lois de 2015 » ou encore le « renforcement des instances de coordination et de contrôle ».

Aucune transformation majeure de l’organisation des services de renseignement n’est envisagée : « Il n’est sans doute pas opportun de bouleverser l’économie générale de cet écosystème », précise le document.

La CNRLT se garde de réclamer des moyens supplémentaires, se limitant à souligner l’importance des « investissements permanents des services » pour adapter « le recrutement et les formations ». En outre, si « des progrès considérables ont été réalisés en termes de décloisonnement » entre les différents services, la CNRLT met en avant la « poursuite indispensable des mutualisations ».

Elle indique également qu’elle « poursuivra son travail de sensibilisation et d’identification des besoins » pour « renforcer les interactions entre le renseignement, ses donneurs d’ordre et les bénéficiaires légitimes de ses productions ».

La nouvelle « stratégie nationale du renseignement » sera déclinée dans le plan national d’orientation du renseignement, un document confidentiel destiné aux services, « à l’occasion de sa prochaine révision », a précisé Pierre de Bousquet, qui dirige la CNRLT.

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