Justice restaurative : les rencontres détenus-victimes

INFRAROUGE – « Détenus, victimes : une rencontre »
José a été condamné à 17 années de prison pour homicide ; Stéphanie a été traumatisée par l’assassinat du père de son enfant. Des drames qui ont précipité des familles dans le deuil et la douleur. Qu’ils soient du « bon ou du mauvais côté de l’histoire », les deux camps sont profondément marqués et doivent assimiler la perte d’un être cher. Seule la réconciliation pourra les aider.

Nous allons découvrir avec eux les Rencontres Détenus-Victimes, une expérience inédite : trois victimes viennent en prison rencontrer trois détenus en longue peine. Ils ne se connaissent pas mais sont concernés par le même type de crime. Ils se rencontrent à la maison centrale de Poissy, pour six séances, pendant trois mois. En groupe et avec deux animateurs qui mènent les échanges, José, Stéphanie, Pascale, Christophe et les autres vont se retrouver face à face, essayer de dialoguer, de comprendre… Ils vont se révéler à eux-mêmes et aux autres. Une épreuve qui demande à chacun d’eux d’affronter son passé et d’apprendre à faire confiance à la parole de l’autre

Note d’intention de la réalisatrice : 

Lors de mon précèdent documentaire sur la prison, j’ai écouté un homme récidiviste qui avait agressé une jeune femme pour laquelle il avait « beaucoup de sympathie ». J’ai regardé cet homme sans bienveillance, sans animosité non plus. Notre dialogue était simple, direct. Cette expérience m’a beaucoup questionnée, en tant que femme, en tant que réalisatrice, en tant que mère… Sommes-nous capable de pardonner ? Le temps seul permet-il un pardon qui semble impensable au départ ? Au terme de cette expérience, est-ce que chacun peut récupérer sa place d’être humain ?

Pour la troisième fois en France, à la maison centrale de Poissy, les Rencontres Détenus-Victimes rassemblent des gens qui habituellement s’opposent. Une expérience rare parce qu’il n’est pas courant que des condamnés à de lourdes peines puissent parler sans témoin, rare que des victimes s’adressent directement à des condamnés. Un dispositif qui met en lumière une mutation profonde dans la façon de concevoir et de pratiquer la justice au point que l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, décide de l’inscrire dans la loi du 15 août 2014. Il ne s’agit plus seulement de « surveiller et punir » mais de reconstruire le lien social pour diminuer les risques de récidive. Petit à petit, les participants échappent au statut juridique de « victime » et d’« infracteur », pour faire émerger les paroles intimes, portées par les rencontres. Leurs émotions se confrontent : des singularités en souffrance, dans des postures parfois très proches. D’une séance à l’autre, certains finiront par lever le secret sur leur passage à l’acte, quand d’autres oseront simplement poser des mots sur ce qu’ils ont vécu. Un dialogue improbable qui offre aux participants la possibilité de contribuer à réparer les souffrances qui n’ont pas été prises en compte durant le procès pénal.

Johanna Bedeau

France TV


À écouter – « Condamnés-victimes : un dialogue possible » – Série documentaire pour France Culture sur la justice restaurative – Diffusion décembre 2017 – Documentaire – 4 x 53 min.


Le monde en face, présenté par Marina Carrère d’Encausse, propose le documentaire « Rencontre avec mon agresseur » produit par Mélissa Theuriau : une femme victime de viol se retrouve à dialoguer avec son agresseur, 33 ans après les faits. Cette femme c’est Maiana Bidegain réalisatrice de ce documentaire. – Voir sur Rutube

Une rencontre rendue possible grâce à la mise en place de la justice restaurative entrée dans la loi française en 2014.   « Ce documentaire présente un témoignage inédit, vécu de l’intérieur, car la jeune femme, la petite fille qui a été violée et qui décide de témoigner aujourd’hui, c’est moi, Maiana, la réalisatrice du film. 

J’ai retrouvé mon agresseur au détour d’un article de journal, quand celui-ci comparaissait au tribunal pour d’autres agressions sexuelles sur mineur.  Ce jour-là, en 2013, ma vie a basculé. J’ai décidé d’aller à sa rencontre pour avoir enfin des réponses à des questions qui m’ont hantée toute ma vie. Et aussi, peut-être, pour essayer de réduire la probabilité que cet homme récidive.  Cette rencontre directe est l’une des toutes premières en France.  Ce voyage et les échanges avec toutes ces personnes vont me pousser à m’interroger sur ma propre vision de la justice, sur notre système français, ainsi que sur ce que j’attends de ma propre démarche. Ne jamais laisser qui que ce soit de côté, même ceux que la société qualifie de monstres, précisément, pour mieux protéger la communauté : est-ce réellement possible, réalisable, souhaitable ?  Aurais-je la force moi-même d’aller au bout d’une démarche, qui pour le moment me trouble ? Saurai-je à mon niveau donner une autre chance à celui qui se révélera face à moi ?  Au bout de ce cheminement, je serai alors en mesure de faire mon choix : continuer et aboutir peut être à une deuxième rencontre avec mon agresseur, ou bien arrêter là ».   

France 5


À rebours de la peine carcérale et du « tout sécuritaire », la justice restaurative tente une reconstruction des victimes au travers d’une médiation entre elles et leurs agresseurs. Immersion poignante dans des expériences menées en Belgique et en Suisse. 

Braquage, agression, abus sexuels ou encore accident de la route : autant d’infractions qui engendrent des blessures profondes, physiques et morales, chez les victimes, souvent privées de voix dans des procédures judiciaires axées sur la peine. Pour leur restituer une place, la justice restaurative organise des confrontations entre elles et les auteurs de ces actes, afin que s’instaure un dialogue cathartique entre les deux parties. Des médiations chargées émotionnellement, qui permettent cependant aux unes et aux autres de dépasser la violence subie et commise pour se reconstruire. 

Pionnière en matière de médiations pénales pour mineurs, la Belgique expérimente ces méthodes avec succès depuis des années. « C’est bien de se voir et de se parler, confie lors d’une séance un adolescent en larmes, sinon, on garderait tout cela en nous. » En Suisse, à Lausanne, une jeune mineure, victime d’abus sexuels, a osé affronter le regard de son agresseur : « J’ai pu en face à face lui donner le pardon, c’est-à-dire me pardonner à moi-même de n’avoir pas su lui échapper. » En incitant les auteurs à prendre conscience des souffrances infligées, la justice restaurative, qui ouvre sur des réductions de peine carcérale, peut aussi contribuer à prévenir la récidive. Mais son développement amorcé à travers le monde est aujourd’hui entravé par la dérive du tout sécuritaire.

En filmant, de la Belgique à la Suisse, ces rencontres d’une poignante intensité, dont celles d’un programme pilote mené en prison avec des auteurs et des victimes d’actes similaires, François Kohler explore ces pratiques qui exigent du temps, un accompagnement et la pleine adhésion des parties prenantes. En remettant les victimes au centre du processus judiciaire, la justice restaurative les libère paradoxalement de ce statut qui les enferme – « J’ai maintenant envie d’enlever cette étiquette de victime », lance un jeune homme à son agresseur à l’écoute, presque déçu d’être amendé −, en même temps qu’elle autorise les auteurs d’agressions à se raconter et à s’expliquer sans faux-semblants. Au-delà des dommages et des ineffaçables cicatrices, une humanisation qui répare et favorise la réinsertion.

Documentaire de François Kohler (Suisse, 2017, 52mn) Disponible jusqu’au 21 Août 2020

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