« Le vrai bien est individuel »

« Ce n’est pas sans quelque raison que les hommes, comme on le voit nettement, conçoivent d’après leur propre vie le bien et le bonheur.

La foule et les gens les plus grossiers placent le bonheur dans le plaisir ; aussi montrent-ils leur goût pour une vie toute de jouissances. Effectivement trois genres de vie ont une supériorité marquée : celui que nous venons d’indiquer ; celui qui a pour objet la vie politique active ; enfin celui qui a pour objet la contemplation. La foule, qui, de toute évidence, ne se distingue en rien des esclaves, choisit une existence tout animale et elle trouve quelque raison dans l’exemple des gens au pouvoir qui mènent une vie de Sardanapale. L’élite et les hommes d’action placent le bonheur dans les honneurs ; car telle est à peu près la fin de la vie politique ; mais cette fin paraît plus commune que celle que nous cherchons ; car elle a manifestement davantage rapport avec ceux qui accordent les honneurs qu’avec ceux qui les reçoivent.

Mais, selon notre conjecture, le vrai bien est individuel et impossible à enlever à son possesseur. »

AristoteÉthique à Nicomaque

« Les hommes − il ne faut pas s’en étonner − paraissent concevoir le bien et le bonheur d’après la vie qu’ils mènent. La foule et les gens les plus grossiers disent que c’est le plaisir. Voilà pourquoi ils ont une préférence pour la vie de jouissance. En fait, il y a trois principaux types : celle dont nous venons de parler, la vie politique et, en troisième lieu, la vie contemplative. − La foule se montre véritablement d’une bassesse d’esclave en choisissant pour une vie bestiale, mais elle trouve son excuse dans le fait que beaucoup de ceux qui appartiennent à la classe dirigeante ont les mêmes goûts qu’un Sardanapale. − Les gens cultivés et ceux qui aiment la vie active préfèrent l’honneur qui est, à tout prendre, la fin de la vie politique. Mais l’honneur apparaît comme une chose trop superficielle pour être l’objet cherché, car, de l’avis général, il dépend plutôt de ceux qui honorent que de celui qui est honoré. Or, nous savons d’instinct que le bien est quelque chose de personnel à chacun et qu’on peut difficilement nous ravir. »

Traduction (1959) J. Tricot (1893-1963)

 

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