« Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme »

Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme.

Pier Paolo PasoliniLettres luthériennes (1976)

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se décerner un brevet d’antifascisme réel. Il s’agit d’un antifascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n’existe plus et qui n’existera plus jamais. […] Voilà pourquoi une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui ou, du moins, de ce que l’on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »

« Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. »

« Il ne s’agit plus, comme à l’époque mussolinienne, d’un enrégimentement superficiel, scénographique, mais d’un enrégimentement réel, qui a volé et changé leur âme. Ce qui signifie, en définitive, que cette « civilisation de consommation » est une civilisation dictatoriale. En somme, si le mot de « fascisme » signifie violence du pouvoir, la « société de consommation » a bien réalisé le fascisme. »

« Le fascisme, je tiens à le répéter, n’a pas même, au fond, été capable d’égratigner l’âme du peuple italien, tandis que le nouveau fascisme, grâce aux nouveaux moyens de communication et d’information (surtout, justement, la télévision), l’a non seulement égratignée, mais encore lacérée, violée, souillée à jamais »

« Aucun centralisme fasciste n’est parvenu à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. »

Écrits corsaires (1976)


Se déclarer antifasciste dans un pays où il n’y a pas l’ombre de fascisme, c’est évidemment la seule façon d’amener celui-ci à la vie.

Pierre Drieu la RochelleGilles (1939)

4 commentaires

  1. Franchement, c’est complètement décalé et à côté de la plaque par rapport à ce qu’on vit actuellement. quand Pasolini écrivait ça l’extrême droite faisait des scores dérisoires. Aujourd’hui les déchets identitaires tiennent le haut du pavé prtout et des Zemmour et Valeurs « Je suis partout actuel » écument les platauux télé. Quand des nazis assassinent 9 personnes à Hanau c’est sous couvert d’antifascisme? Aujourd’hui, traiter les antifas de fachos, c’est se mettre au niveau de Trump.

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    • Terriblement pauvre, votre réponse. Pasolini, quand il parle de fascisme, parle de la mise au pas de toute la société vers un objectif qui n’en est pas un, la consomation pour la consomation. Un cercle épouvantablement dépourvu de sens, dans lequel l’individu- social disparaît et laisse place à un homme atomisé et deprésif : un individu égaré qui est forcé de s’inventer une couronne aussi absurde que sa vie…

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  2. Valdo, le premier point important de cet extrait, c’est l’idée que le fascisme puisse exister à nouveau en tant que régime, qui apparait impossible aujourd’hui. c’est tellement évident que je ne discute pas l’information, et le nombre de mort lié au terrorisme d’extrême droite en Italie à l’époque dépassait pourtant largement les 9 morts de Hanau. Est ce que les 260 morts (au minimum) du terrorisme islamique en France entre 2015 et 2016, signifient que demain un régime type Daesh pourrait prendre le pouvoir ? Évidemment pas. Dans ces conditions, s’auto-proclamer « anti-fasciste » pose question. A défaut d’oeuvrer à construire une alternative politique, contre quoi luttent en fait les « antifas » quels sont leurs objectifs, et quelle est leur contribution réelle à un monde meilleur ?
    2° point : la société de consommation comme nouveau fascisme, là encore, Pasolini signale l’extraordinaire clairvoyance que sa courageuse liberté d’esprit lui permettait. Il n’épingle pas ici, le « capitalisme » ou « l’ultra-libéralisme », mais la construction d’une société entièrement occupée à consommer, prolétaires compris. Ce point ouvre des perspective trop vaste pour que je développe, mais pour conclure, quelle organisation du pouvoir souhaitons-nous avoir pour mener quelle existence ?

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