Eros Capital : les lois du marché amoureux

Sexe contre ressources : et si cet échange sulfureux, stigmatisé comme le monopole des filles de joie et autres sugar babies, constituait en réalité le ressort de toutes les relations sentimentales? Tel est le sens de l’échange économico-sexuel, théorie selon laquelle, de la simple «passe» au mariage bourgeois, il n’y a de différence que d’amplitude, et non de nature.

Le monde des sentiments est aujourd’hui un marché, entretenu par un modèle culturel dominant ayant capitalisé sur une nature humaine d’homo comptabilis qui n’a jamais cessé de s’exploiter elle-même. Internet a achevé ce travail de marchandisation en nous transformant tous en acteurs d’un mercato permanent, au sein duquel chacun évolue comme client et marchandise. Monnaie d’échange et intimité sont substantiellement liés, mais nous sommes perpétuellement invités à faire comme si ce n’était pas le cas.

Dès lors, notre époque se caractérise par un gigantesque refoulement de la nature comptable de l’être humain et de la nature vénale de l’amour. Ce qui nécessite un double mouvement en apparence contradictoire : la mise au ban de la putain comme rappel de cette insupportable vénalité, et l’investissement dans l’amour comme religion ultime.

 


Pourquoi l’amour n’a-t-il jamais cessé d’être un marché ? (France Culture)

De l’amour comme « échange économico-sexuel », ou quand « Eros » et « capital » vont de paire. Le philosophe François de Smet est notre invité autour de son dernier essai : « Eros capital. Les lois du marché amoureux » (Flammarion, janvier 2019).

Après Lost Ego, la tragédie du « je suis » (PUF, 2017), il publie aujourd’hui Eros capital. Les lois du marché amoureux (Climats, janvier 2019). Selon le philosophe François de Smet, si l’amour est un idéal, il serait aussi devenu l’une des clés de voûté du capitalisme. Comment pourrait il aujourd’hui échapper aux lois du marché ?

Nous pouvons être discriminants en amour et, quelque part, ça peut même être exprimé sous le vocable de « liberté sexuelle ».
(François de Smet)

A l’aune du concept de domination comme grille de lecture dans les relations modernes, il montre que l’amour n’est pas si pur qu’il n’y paraît et que nous dépendons finalement bien plus de notre héritage génétique et naturel que de nos acquis culturels d’émancipation ou d’égalité.

Il est aussi infondé aujourd’hui de dire que tout nous vient de la nature que de dire que tout nous vient de la culture.
(François de Smet)

L’amour ne serait en fin de compte qu’une relation d’échange économico-sexuel déguisée et guère assumée, avec ses gagnants et ses perdants.

Nous avons hypostasié l’amour, en avons fait une sorte d’objet refuge.
(François de Smet)

Pour en sortir, il s’agirait d’emblée de reconnaître cette réalité, puis de distinguer ce qui relève de notre nature propre et trouver ainsi dans notre culture les clés d’un vivre-ensemble.


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