« Les morts gouvernent les vivants »

« La vraie sociabilité consiste davantage dans la continuité successive que dans la solidarité actuelle. Les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l’ordre humain. » […]

 

« Nos morts sont affranchis des nécessités matérielles et vitales, dont ils ne nous laissent le souvenir que pour nous les mieux représenter tels que nous les connûmes. Mais ils ne cessent pas d’aimer, et même de penser, en nous et par nous. Le doux échange de sentiments et d’idées que nous entretenions avec eux, pendant leur objectivité, devient à la fois plus intime et plus continu quand ils sont dégagés de l’existence corporelle. » […]

 

« Dès le début de la seconde phase moderne, la doctrine négative pose directement son principe anarchique, en proclamant l’individualisme absolu, par cela même qu’elle attribue à chacun, sans aucune condition de compétence, la décision des questions quelconques. Alors toute autorité spirituelle se trouve radicalement dissoute. Les vivants s’insurgent complètement contre les morts ; comme le témoigne une aveugle réprobation envers l’ensemble du Moyen-âge, mal compensée par une irrationnelle admiration de l’Antiquité. Ainsi s’aggrave, sous l’impulsion protestante, la fatale rupture que le catholicisme introduisit dans la continuité humaine.’

Auguste ComteCatéchisme positiviste (1852)

« Selon le Catéchisme positiviste, « les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l’ordre humain ». Si les morts occupent une place de plus en plus importante, c’est d’abord parce qu’ils sont tout simplement de plus en plus nombreux : « ainsi les existence subjectives », c’est-à-dire les morts, « prévalent nécessairement, et de plus en plus, tant en nombre qu’en durée, dans la composition totale de l’Humanité ». […] Enfin les morts imposent leur fixité et leur stabilité aux générations ultérieures, qui sont sans cesse changeantes : « les morts gouvernent de plus en plus les vivants, en introduisant leur fixité caractéristique au-dessus de la versatilité propre à l’existence directe ». Le gouvernement des morts introduit la stabilité dans l’existence humaine : « puisque les vivants sont sans cesse, et même de plus en plus, dirigés par les morts, le vrai sacerdoce pourra constamment dire aux plus orgueilleux tyrans : l’homme s’agite et l’Humanité le mène » .

La religion des morts-vivants : le culte des morts chez Auguste Comte – Jean-François Braunstein

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