Exodus : immigration et multiculturalisme au XXIème siècle

Exodus est une étude d’expert sur le versant économique de l’immigration. Pour Paul Collier, l’immigration est une réaction aux gigantesques inégalités mondiales et elle a un impact profond sur nos façons de vivre en Occident.

Pourtant, nos opinions publiques – et celles de nos politiciens – restent bien souvent cantonnées aux deux extrêmes : l’hostilité des peuples envers les migrants, teintée de xénophobie et de racisme; et le choix  des entreprises et des élites libérales selon lesquelles les «portes ouvertes» sont une nécessité à la fois économique et éthique.

Alors que les flux migratoires vont s’accélérer, cette questions requiert impérativement une analyse impartiale. C’est ce que Paul Collier cherche à faire dans ce livre qui scrute les raisons profondes qui poussent les plus pauvres du monde à migrer vers l’Occident riche. Quels effets ce mouvement a-t-il sur ceux qui restent et sur les sociétés d’accueil ?  En face, quelle est la doctrine de fond qui influence les politiques d’immigration occidentales ?

La migration, conclut-il, est un fait, et nous devons de toute urgence réfléchir aux très nombreux défis qu’elle pose à nos sociétés.


«L’émigration permanente vers l’Europe prive l’Afrique de ses jeunes les plus brillants» (Le Figaro)

GRAND ENTRETIEN -Exodus, de Paul Collier, qui vient d’être traduit en français, est déjà considéré comme un classique dans le monde anglo-saxon. Sans céder à l’émotion, le professeur à Oxford y décrypte les conséquences de l’immigration, aussi bien pour les pays d’accueil que de départ. Loin d’être une chance, celle-ci fragilise l’Europe et appauvrit l’Afrique. Propos recueillis par Alexandre Devecchio.

Votre nom, Paul Collier, sonne très français. Pourtant, votre arrière-grand-père était allemand et s’appelait Karl Hellenschmidt. Pourquoi votre père a-t-il changé de nom? Pouvez-vous nous en dire plus sur votre histoire familiale? Pourquoi avoir choisi de commencer votre livre par cette histoire?

Mon père a changé de nom pour mieux s’intégrer à la communauté anglaise dans laquelle il vivait. Collier venait de la famille de sa mère. J’ai choisi de raconter brièvement l’histoire de mon père et celle de mon grand-père parce qu’elles illustrent les problèmes et les choix auxquels sont confrontés les migrants. Mon grand-père et sa famille, qui vivaient avec un nom allemand en Grande-Bretagne pendant la Première Guerre mondiale, ont terriblement souffert du racisme de l’époque (ils disaient être perçus comme des Huns). Mon père, lui, a été confronté à un choix classique d’identité de deuxième génération.

En toute logique, au regard de votre histoire familiale, très cosmopolite, et de votre appartenance à la catégorie des intellectuels de gauche, vous devriez être favorable à l’immigration. Pourquoi n’est-ce pas le cas? Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre et comment a-t-il été reçu par votre milieu?

Il ne s’agit pas de «logique», mais plutôt de «culture». Mon travail d’universitaire consiste à utiliser l’analyse et les preuves aussi honnêtement que possible. Pour ce faire, je dois mettre de côté les pressions qui s’exercent pour que mes travaux se conforment aux préférences de ma communauté culturelle. L’immigration a été politisée avant d’être correctement analysée. Une fois que vous avez dépassé la bulle culturelle, il est évident que la question pertinente à traiter n’est pas «l’immigration est-elle bonne ou mauvaise?», mais plutôt «quel est le niveau d’immigration souhaitable?».

Pourquoi ai-je écrit ce livre? Parce que j’essaie de travailler sur des sujets d’importance pratique réelle et qui ont été dominés par la pensée paresseuse.

Comment a-t-il été reçu? J’étais ravi lorsque Robert Putnam, professeur à Harvard, que je ne connais pas mais qui est probablement le sociologue le plus respecté au monde, a apporté un soutien puissant au livre, le décrivant à la fois comme «magistral» et «équilibré». Bien sûr, c’était au départ comme cogner dans un nid de frelons, mais ce travail est maintenant largement perçu comme une anticipation. Le Réseau européen des migrations de la Commission européenne l’a vivement soutenu et je travaille maintenant avec eux sur le concept de «migration durable».

Vous avez consacré de nombreux travaux au «bottom billion», c’est-à-dire «le milliard d’en bas», l’immense masse des êtres humains les plus démunis. Compte tenu de la très grande pauvreté en Afrique notamment, n’est-il pas illusoire de croire que nous pourrons contenir la vague migratoire? Ne vaut-il pas mieux se préparer à vivre dans une société postnationale et multiculturelle?

Ma vie a été de faire tout ce que je pouvais pour aider les pays les plus pauvres à rattraper le reste de l’humanité. Leurs problèmes sont avant tout liés à des luttes intérieures et les étrangers comme moi doivent toujours s’en souvenir, mais l’Europe pourrait faire beaucoup plus pour aider l’Afrique. Les jeunes Africains ont besoin d’emplois et leurs pays sont constamment à court d’entreprises qui pourraient les créer. En Europe, nous avons les entreprises qui pourraient créer ces emplois en Afrique et nos politiques publiques devraient les y aider. Le fait que nous aidions l’Afrique en attirant ses jeunes les plus brillants et en les incitant à partir à la nage vers l’Europe est méprisable. L’Afrique doit rattraper son retard et nous devons faire tout ce qu’il faut dans ce sens. Les programmes d’éducation, de formation et de travail temporaire en Europe peuvent aider l’Afrique, mais pas l’émigration permanente de ses meilleurs talents.

Le multiculturalisme est-il une dangereuse utopie?

Si l’immigration ne frappe pas les nations d’obsolescence, son accélération continue, conjuguée à une politique de multiculturalisme assumé, pourrait menacer leur viabilité. L’absorption s’est révélée plus difficile que prévu. L’alternative constituée par une séparation culturelle soutenue fonctionne assez bien, si l’on en juge à l’aune minimaliste du maintien de la paix sociale entre les groupes ; il n’est pas sûr en revanche qu’elle se montre efficace pour venir à bout des obstacles mis ainsi à la préservation de la coopération et de la redistribution à l’intérieur de ces groupes. Tout indique au contraire que l’accroissement continu de la diversité pourrait, à un moment ou à un autre, mettre en péril ces accomplissements fondamentaux des sociétés modernes.

Toute société en bonne santé a besoin d’un sens partagé du «nous», sinon il ne peut y avoir de sens partagé des obligations

Vous assumez l’idée d’«identité nationale». Celle-ci ne conduit-elle pas au nationalisme?

Ce que vous entendez par «nationalisme» est la vile proposition selon laquelle certaines personnes vivant dans la nation ne devraient pas y être rattachées. Ce que je veux dire par «identité nationale», c’est un sentiment commun d’appartenance à l’endroit où vous vivez et un but commun: nous pouvons tous améliorer la vie de nos enfants en faisant des efforts ensemble. Toute société en bonne santé a besoin d’un sens partagé du «nous», sinon il ne peut y avoir de sens partagé des obligations. Bon nombre des sociétés sur lesquelles je travaille n’ont pas encore réussi à créer un sentiment d’identité commun – en raison de divisions tribales ou religieuses – et n’ont donc pas pu utiliser l’Etat pour le bien commun. Les gens peuvent avoir plusieurs identités, mais cela ne doit pas se faire aux dépens d’une identité partagée.

Emmanuel Macron voit justement dans la politique de Salvini ou d’Orbán le retour du nationalisme. Partagez-vous son point de vue?

J’aime la distinction faite par le président Macron entre nationalisme et patriotisme. Le premier est la tentative de s’approprier la nation par un groupe vivant en elle. Le second est la reconnaissance que nous devrions tous être patriotes, ressentir un sentiment d’attachement partagé pour le pays dans lequel nous vivons.

En Europe, une partie du monde intellectuel voit le multiculturalisme comme une chance. Or, de manière paradoxale, vous montrez les conséquences douloureuses du multiculturalisme en Afrique. Pouvez-vous l’expliquer? L’Europe prend-elle le même chemin?

La plupart des décisions politiques sont prises au niveau de la nation et un sens de l’identité nationale est donc essentiel. Cependant, certaines décisions sont meilleures si elles sont prises au niveau européen, ce qui est la raison d’être de l’UE. Il est hautement souhaitable que les Européens développent une identité partagée qui coexiste avec les identités nationales, mais cela n’est pas encore le cas. A l’heure actuelle, les personnes qui se disent européennes semblent signifier qu’elles ne partagent pas l’identité nationale de leurs concitoyens. Nous avons pourtant besoin que les gens se sentent par exemple à la fois français et européens, chaque identité correspondant à des politiques publiques spécifiques.

Beaucoup d’économistes vantent les bienfaits de l’immigration. Partagez-vous leur point de vue?

C’est en grande partie une position incantatoire. Premièrement, ils répondent à la mauvaise question: «L’immigration est-elle une bonne chose?», au lieu de «Quel niveau d’immigration est le meilleur?». Deuxièmement, ils mettent généralement en avant les effets à court terme sur le PIB, alors que les effets à long terme importent davantage. Troisièmement, les recherches les plus fiables sur l’effet de l’immigration sur les salaires moyens ont montré qu’il est nul, ou très proche de zéro. Quatrièmement, cela a un coût social, notamment en matière de logement. Cinquièmement, les effets économiques sont probablement moins importants que les effets sociaux, qui n’ont pas fait l’objet de suffisamment de recherches.

Certains arguent que nos sociétés sont vieillissantes et que l’immigration pourrait paradoxalement sauver nos systèmes de retraite et notre État providence…

L’argument démographique présuppose que les immigrés réduisent le ratio dépendance/travail: du fait de leur jeunesse, ils appartiennent à la population laborieuse et compensent donc l’augmentation constante de la population de retraités autochtones. Mais les travailleurs immigrés ont des enfants et des parents. Et l’une des caractéristiques des sociétés à faibles revenus dont ils proviennent est le nombre d’enfants par famille. Jusqu’à ce qu’elles s’adaptent aux normes qui prévalent dans la société d’accueil, les femmes venant de pays pauvres ont tendance à faire beaucoup d’enfants. Si l’on prend en compte aussi bien les enfants que les parents, il est difficile de supposer que les migrants réduisent, même temporairement, le ratiode dépendance. Les études de Torben Andersen, économiste danois, pointent l’impact néfaste de l’immigration sur la pérennité du généreux système scandinave de prestations sociales. Elles concluent que, loin d’aider à préserver ce système, l’immigration pourrait en compromettre la survie par la conjonction de deux facteurs: ratio de dépendance plus élevé et niveau de qualification inférieur des migrants.

Le Brexit est-il la conséquence de la colère des classes populaires à l’égard de la politique d’immigration au Royaume-Uni?

Je pense que le Brexit n’est pas fondamentalement lié à l’immigration, bien qu’elle ait clairement joué un rôle notoire, en particulier lors de la crise migratoire de la fin de 2015, juste avant le scrutin. Le Brexit se rattache plutôt à une expression du type «gilets jaunes», motivée en premier lieu par le sentiment que les provinciaux, ainsi que la part la moins qualifiée de la population, ont été traités avec mépris par les «élites» centrales qui dominent l’Etat.

Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, la logique qui s’est imposée de façon majoritaire chez les jeunes qui ont reçu une formation, c’est «l’Europe ou la mort»

Est-il possible de définir une politique d’immigration à la fois réaliste et éthique? Comment?

Oui, c’est ce sur quoi je travaille actuellement avec le Réseau européen des migrations, en collaboration avec mon collègue Alex Betts, avec qui j’ai écrit Refuge, qui propose des politiques éthiques pour les réfugiés. Nous appelons cette politique «migration durable». Pour être durable, une politique doit être éthique et acceptée, c’est-à-dire bénéficier d’un soutien démocratique massif. Les politiques migratoires européennes actuelles ne sont ni l’une ni l’autre. Une politique éthique à l’égard des jeunes d’Afrique à la recherche d’une vie meilleure consiste à créer des emplois dans leurs pays. L’idée que la mondialisation ne peut fonctionner qu’en amenant les gens vers des emplois est absurde à la fois socialement et économiquement. Une mondialisation humaine crée des emplois productifs sur place. La mission des politiques publiques est de veiller à ce que cela se produise. Le rôle des personnes comme moi est de montrer quelles politiques publiques sont nécessaires.

Les conséquences de l’immigration sont souvent observées du point de vue de la société d’accueil, mais quels effets entraîne-t-elle sur les pays de départ?

C’est la question clé. Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, la logique qui s’est imposée de façon majoritaire chez les jeunes qui ont reçu une formation, c’est «l’Europe ou la mort». C’est une vision des choses extrêmement dommageable que nous devons aider à changer.

Vous proposez notamment une approche différenciée selon les pays de départ…

L’un des messages que ce livre tente de véhiculer, c’est que les cultures, ça compte. La culture, c’est ce qui sépare les diasporas des autochtones, et certaines cultures sont plus que d’autres éloignées de celle de la population indigène. Plus la distance culturelle est grande, plus le rythme d’absorption de la diaspora sera lent, de même que le rythme d’immigration soutenable. Pourtant, et c’est l’un des paradoxes de l’immigration, en l’absence de contrôles culturellement différenciés, les décisions migratoires avantageront les candidats les plus culturellement éloignés. Précisément parce que leur absorption prend davantage de temps que dans le cas des diasporas culturellement proches, ces grandes diasporas facilitent l’immigration supplémentaire. Ainsi, sans être, autant que possible, suspecte de racisme, une politique migratoire adaptée à l’objectif visé s’attachera à compenser ces effets pervers de la distance culturelle au moment de fixer les droits à l’immigration en provenance de certains pays.


Recension – Blog de Michèle Tribalat

Après avoir lu Exodus (paru en 2013) dans sa version originale, nous étions quelques uns à espérer la traduction du livre de Paul Collier. C’est chose faite.

C’est un livre qui examine minutieusement la question migratoire sous l’angle des trois protagonistes que sont les pays d’accueil, les migrants eux-mêmes et les pays d’origine, la partie la plus consistante de l’ouvrage étant celle consacrée aux pays d’accueil. Ce livre se termine sur des propositions visant à repenser la politique migratoire. Mais avant cela, dans la première partie de son ouvrage intitulée « Les questions et le processus », Paul Collier  aborde frontalement la question idéologique qui a fait de l’immigration un tabou dans nombre de pays d’accueil, tout en soulignant la nécessité d’en sortir. Il y explicite aussi pourquoi, laissée à elle-même, l’immigration va s’accélérer.

À gauche, l’immigration est vue comme un sujet tabou, la seule opinion permise étant la déploration de l’antipathie des classes populaires à son égard et un discours positif vantant ses mérites économiques. À droite, l’opposition reste vague afin de ne pas être taxée de raciste. La culpabilité liée aux actions passées des nations européennes a fait de l’identité nationale une menace et façonné la perception actuelle des immigrants. La façon la plus sûre d’exprimer son antiracisme a été d’affirmer son soutien à l’ouverture des frontières. Si toute demande de limitation de l’immigration est vue comme l’expression d’un racisme, alors un débat ouvert sur l’immigration est impossible. Paul Collier pense qu’il est possible d’envisager la question migratoire en la débarrassant des « associations toxiques » qui mobilisent l’émotion mais peu de connaissances établies.

Pour cela, il commence par expliquer pourquoi les flux migratoires s’accélèrent.

Les départs des pays pauvres sont motivés par les écarts de revenus, mais il faut disposer des moyens de partir. C’est un investissement qui se voit réduit par les diasporas déjà présentes dans les pays d’accueil. L’amélioration du niveau de vie dans les pays d’origine favorise la migration tant que les écarts de revenus entre pays riches et pauvres restent conséquents. Les migrations produisent des diasporas qui engendrent d’autres migrations. Ce qui compte pour définir une diaspora, ce n’est pas le pays de naissance, mais le nombre de personnes qui ont gardé des liens au pays d’origine avec des migrants potentiels et qui sont prêtes à les aider. Le taux d’absorption dans le pays d’accueil régule la taille de la diaspora. Laissés à eux-mêmes, ces mécanismes risquent de se traduire par une accélération des flux migratoires. Le seul frein qu’ils peuvent rencontrer réside dans la politique migratoire conduite par les pays d’accueil. Or, jusque-là, les décisions prises en la matière ont été « furtives et embarrassées » (p. 80). Un cercle vicieux s’est mis en place dans lequel les partis traditionnels, en désertant leurs responsabilités, ont ouvert un espace à des « brochettes d’hurluberlus : racistes, xénophobes et psychopathes [qui] ont attiré à eux des citoyens ordinaires de plus en plus inquiets du silence des partis traditionnels » (p. 81). Ce qui a renforcé la crainte de ces partis traditionnels de traiter la question. Si toutes les restrictions sont déclarées a priori illégitimes, alors les taux d’immigration à venir seront bien plus élevés que ceux connus au cours des dernières décennies.

LES MIGRATIONS VUES DES PAYS D’ACCUEIL

Paul Collier ne veut pas répondre à la question de savoir si l’immigration telle que l’ont connue les pays d’origine a été bonne ou mauvaise. Elle lui paraît sans intérêt, puisqu’il n’est pas question de renvoyer ceux qui sont là. Il ne peut cependant faire l’économie de ce que l’on sait sur le sujet pour traiter des migrations futures. Il réfute aussi le raisonnement utilitariste, le plus courant en économie, qui se fonde sur le gain global. Il considère approximativement que les effets de l’immigration suivent une courbe en U inversée, avec des gains lorsqu’elle est modérée et des pertes lorsqu’elle est importante.

CONSÉQUENCES SOCIALES

L’immigration apporte de la diversité qui, si elle est trop importante, peut nuire à la considération mutuelle qu’entretiennent les citoyens entre eux. Cette considération mutuelle est nécessaire à deux types de comportement qui jouent un rôle fondamental dans le succès d’une société : le consentement aux transferts financiers, qui repose sur les sentiments de loyauté et de solidarité entre ses membres, et la coopération qui repose sur la confiance, laquelle se fonde sur la présomption selon laquelle elle sera réciproque. L’une des raisons de la pauvreté de certaines sociétés, à l’origine de l’émigration, est la rareté de tels comportements.

Pour qu’une coopération soit réussie, il faut qu’il y ait assez de gens décidés à punir ceux qui adoptent un comportement opportuniste et refusent ainsi de coopérer. S’il s’agit, de manière disproportionnée, d’immigrés ou de descendants d’immigrés, le risque d’une confusion avec une discrimination peut rendre les individus réticents à infliger la punition. Et si la punition est reçue comme une discrimination contre un groupe, il peut se trouver dans ce groupe des gens prêts à prendre des mesures de rétorsion. Or, comme l’a montré Robert Putnam, la diversité culturelle réduit le niveau de confiance mutuelle, la coopération et l’empathie, qui provient d’un sentiment d’identité partagée, nécessaire à la coopération.

La question fondamentale est donc de savoir si les comportements importés par les immigrants s’érodent suffisamment pour que ces derniers soient vus par les autochtones comme les membres d’une même société.

Paul Collier distingue quatre conceptions de l’immigration :

1)   des immigrants qui acceptent l’assimilation et même y aspirent ;

2)   des immigrants porteurs d’une fusion culturelle ;

3)  des immigrants désireux de réussir économiquement, tout en s’isolant de la société d’accueil ;

4)   des colons cherchant à propager leur culture.

L’assimilation, qui favorise la confiance et l’estime mutuelle, n’a guère le vent en poupe actuellement bien qu’elle soit éthiquement parfaitement fondée puisqu’elle respecte « la règle d’or qui veut que l’on traite autrui comme on voudrait qu’il nous traitât » (p. 144). Les mariages mixtes fabriquent des ancêtres communs.

Le multiculturalisme de fusion, dans lequel les cultures se combinent, accorde d’emblée une égale dignité aux nouveaux venus. Il a des conséquences voisines, à ceci près qu’il présente le risque potentiel de dégrader l’efficacité du modèle social du pays d’accueil. Par modèle social Paul Collier entend la combinaison des institutions, des règles, des normes et des structures propres à un pays. Le succès des pays riches repose sur un modèle social performant qui fait justement défaut dans les pays pauvres. Paul Collier nous invite à nous méfier des « assertions paresseuses du multiculturalisme : si l’on considère un niveau de vie décent comme un objectif prioritaire, alors toutes les cultures ne se valent pas » (p. 56).

Quant au multiculturalisme tel qu’envisagé par les élites politiques, il fait droit à la persistance d’un séparatisme culturel se manifestant par un entre-soi. Paul Collier pense que l’engouement des politiques européens pour le multiculturalisme est motivé par une sorte de pragmatisme face aux difficultés rencontrées dans l’intégration des minorités. Lorsqu’il compare la politique de la France et du Royaume-Uni à l’égard du voile islamique, il penche en faveur de la politique française qui juge le port du voile à l’école incompatible avec la fraternité et la laïcité alors que la politique britannique en a fait un enjeu de liberté individuelle. « La liberté  de détruire la coexistence fraternelle ne peut être considérée comme un droit humain » (p. 160).

Ce multiculturalisme est asymétrique puisqu’il accorde aux immigrés et à leurs descendants un entre-soi qu’il doit refuser aux autochtones pour éviter les pratiques discriminatoires. Le séparatisme spatial et culturel se combinent pour faciliter un séparatisme juridique, puis politique qui pourrait conduire à ce que des villes soient gouvernées par des partis d’immigrants, comme on le voit à Tower Hamlets, arrondissement londonien, que les élus cherchent à convertir en une municipalité à part entière. Lorsque les minorités ethniques votent comme les autochtones c’est un indicateur d’intégration qui évite la polarisation du système démocratique, avec des autochtones votant pour les partis non privilégiés par les minorités. Paul Collier en conclut que les grands partis devraient éviter de se différencier en matière de politique migratoire, sans pour autant ignorer la question. Sans nous dire comment résoudre la difficulté à conjuguer les deux.

Alors que les politiques d’intégration augmentent le taux d’absorption, les politiques multiculturelles le diminuent, accroissant ainsi la diaspora et le taux d’immigration.

CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

Paul Collier passe en revue divers effets possibles.

En l’état, les effets sur les salaires seraient assez modestes, écrit Paul Collier, la plupart des autochtones y gagnant quand les plus pauvres y perdent[1]. Mais les salaires de la plupart des autochtones baisseraient de manière spectaculaire en cas d’accélération des flux migratoires.

L’effet sur les logements est potentiellement plus important. L’immigration accroît la pression sur le parc de logements, mettant les familles immigrées en compétition avec les familles autochtones dans le logement social, avec un phénomène d’éviction si les premières sont les plus pauvres, mais aussi dans le logement privé. À Londres, si l’immigration a accru les opportunités des entreprises, elle a réduit la mobilité des autochtones qui ont du mal à s’y installer alors que les opportunités d’emploi y sont meilleures.

L’effet positif sur l’économie des immigrants exceptionnels peut lui-même être un problème en réduisant les aspirations des autochtones.

L’effet correcteur sur le vieillissement d’une immigration qui allègerait ainsi le fardeau des retraites dépend de l’employabilité des migrants. La conjonction d’un taux de dépendance élevé et d’une faible qualification des immigrants pourrait s’avérer intenable.

L’argument selon lequel l’immigration réduit les pénuries d’emploi  néglige le fait qu’il s’agit là d’une solution de facilité qui désincite les pays d’accueil à mieux former et les entreprises à développer l’apprentissage.

Paul Collier termine l’examen des effets de l’immigration sur les pays d’accueil par une question qui est rarement posée : Est-ce que l’immigration favorise l’émigration des natifs ? Des pays européens connaissent à la fois une forte immigration d’étrangers et une forte émigration de nationaux, sans qu’on ait étudié les liens entre les deux phénomènes. Les politiques d’immigration massive amplifient les cycles d’expansion et de récession. On se souvient que le Portugal a promu une politique d’émigration pendant les années de crises après la décennie d’expansion 1997-2007. L’immigration des années d’expansion pourrait donc provoquer l’émigration d’autochtones dans les années de récession. Si le lien immigration-émigration se transformait en porte-tambour, « en puissant levier de recomposition de la population, il deviendrait certainement un sujet d’inquiétude générale » (p. 191).

L’enthousiasme des économistes pour l’immigration correspond plus au modèle du travailleur invité tel qu’on le pratique à Dubaï, politique difficilement envisageable dans les démocraties libérales.

LES MIGRANTS SONT LES GAGNANTS ÉCONOMIQUES DES MIGRATIONS

L’écart entre les modèles sociaux des pays d’origine et des pays d’accueil explique l’accroissement de la productivité des migrants une fois dans le pays d’accueil. « Il n’est donc pas souhaitable, dans leur propre intérêt, que les migrants importent leur modèle social dans le pays d’arrivée » (p. 212). Par ailleurs, les migrants ne choisissent pas leur pays d’immigration au hasard. Les moins qualifiés auront tendance à s’implanter dans les pays les moins inégalitaires avec une protection sociale élevée, d’où les différences observées entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Les migrants cherchent à acquérir les caractéristiques nécessaires à une entrée légale, dont l’éducation et le mariage, ou à entrer clandestinement et demander l’asile ensuite ou établir des liens qui empêcheront un retour forcé. Les familles participent au projet migratoire en contribuant au financement de la migration, dont elles attendent un retour (envois de fonds). Seules celles qui figurent au milieu de l’échelle des revenus sont à la fois fortement incitées et capables de financer l’émigration d’un de leurs membres. Les liens familiaux entretenus avec la diaspora s’ils permettent d’alléger les coûts, donnent des droits d’entrée qui noient tout système de contingentement par le niveau d’éducation et les qualifications.

Mais l’immigration continuée qui tire à la baisse les salaires des plus pauvres touche les immigrés déjà installés. D’où le paradoxe : si les migrants, comme individus, profitent des gains de productivité liés à la migration, ils ont intérêt, collectivement, à ce qui les gêne le plus individuellement, les barrières à l’entrée dans les pays d’accueil.

QU’EN EST-ILS DE CEUX QUI RESTENT AU PAYS

Les effets sur la gouvernance ne sont pas univoques et difficiles à établir. Normalement, les émigrés se familiarisent avec des normes sociales qui pourraient être bénéfiques à leur pays d’origine où elles sont dysfonctionnelles. Mais les diasporas peuvent jouer un rôle subversif néfaste (Lénine en Suisse ou Khomeiny en France).

Les effets économiques sur les pays de départ sont eux-aussi variés et antagoniques au fil du processus migratoire. Comme ce sont les mieux éduqués qui partent, au début, l’émigration représente donc une perte sèche. Mais, leur réussite peut inciter les familles à investir dans l’éducation des enfants et favorise l’émulation. Tout dépend, au final de la taille du pays. Les petits pays comme Haïti sont les grands perdants des migrations, alors que des pays comme la Chine y gagnent, notamment lorsque des Chinois éduqués à l’étranger reviennent au pays. Par ailleurs, l’éducation n’est pas suffisante à propager la coopération nécessaire pour stimuler la productivité, comme on le voit dans certains pays africains où la corruption à la tête de l’État favorise les comportements opportunistes en cascade dans les institutions.

Quant aux envois de fonds, très variables selon les pays (50 % des revenus des Sénégalais d’Espagne, mais 2 % des revenus des Turcs d’Allemagne), ils jouent le rôle d’une police d’assurance pour les familles, permettent certains investissements et, sans changer radicalement les choses, aident à lutter contre la pauvreté. Les politiques migratoires laxistes ne leur sont pas favorables car elles permettent aux familles de partir, asséchant ainsi le vivier des destinataires.

D’après Paul Collier, les politiques d’aide au développement et les politiques migratoires devraient être pensées conjointement. C’est grâce au système auquel sont parvenues les populations autochtones des pays d’accueil que les immigrés peuvent envoyer des fonds dans leur pays d’origine. Mais les pays d’accueil n’ont pas eu à payer l’éducation des migrants venus s’installer chez eux. Tout ou partie de cette aide au développement n’est donc en fait qu’un remboursement.

PROPOSITIONS POUR REPENSER LES POLITIQUES MIGRATOIRES DES PAYS D’ACCUEIL

La nation s’est révélée un moyen extrêmement puissant pour relier les gens entre eux, condition du consentement à l’impôt et de la coopération entre individus qui se regardent comme des membres d’une même communauté. Le fonctionnement de l’UE a montré que les Européens n’avaient pas une identité commune suffisante pour porter une redistribution significative, le budget de l’UE ne représentant qu’un peu plus d’1 % de la richesse produite dans les pays membres. L’identité nationale n’est donc pas cet ennemi qui nous ramènerait au pire. Les craintes suscitées par le nationalisme sont dépassées aujourd’hui. Une guerre entre États est impensable et, s’il faut trouver un grief au nationalisme moderne, ce serait de n’être pas assez inclusif et propice au racisme. Mais c’est en minimisant le sens de l’identité nationale que les politiques tendent un instrument politique au diable ! Réduire la nationalité à un ensemble de droits et de devoirs reviendrait à vivre avec des règles, sans empathie. « L’identité nationale est précieuse autant qu’elle est légitime » (p. 345).

L’assimilation est parfaitement cohérente avec le maintien d’une forte identité commune. Elle demande à la population autochtone d’être « le prosélyte de sa nation », renforçant, ce faisant, la fierté nationale. C’est le modèle qui a inspiré la majeure partie de l’histoire migratoire américaine et de celle de la France.

Le multiculturalisme ne demande rien aux immigrés, reléguant ainsi les autochtones au statut de communauté comme une autre, avec le risque que ces derniers s’approprient l’identifiant national. Comment désignera-t-on alors l’ensemble ? Les autochtones ne font l’objet d’aucun discours encourageant de la part du multiculturalisme : « faites de la place, «ne soyez pas racistes », « apprenez à célébrer la culture des autres » (p.347). Si la migration ne rend pas les nations obsolètes, la conjonction de son accélération continue et d’une politique multiculturaliste peut menacer leur viabilité.

Seuls les pays d’accueil sont en mesure de mettre un frein aux migrations qui, laissées à leur propre mouvement, ruineraient les modèles sociaux de ceux-ci et deviendraient excessives pour les pays de départ.  Les modèles sociaux fonctionnels  sont le produit de décennies, de siècles de progrès social et sont la propriété commune héritée de ceux qui sont nés dans les sociétés qui les ont produits. Les autochtones sont donc moralement justifiés à les défendre. L’affaiblissement de l’estime mutuelle est le danger le plus important mais aussi le plus difficile à percevoir. Un constat tardif rend la situation très difficile à corriger. C’est donc le degré de diversité mesuré par la taille des diasporas qui importe pour décider d’un taux d’immigration. On ne peut que suivre Paul Collier sur cette piste, mais encore faut-il disposer des outils permettant d’évaluer ces diasporas et d’une connaissance de leur taux d’absorption afin de décider d’un « plafond soutenable du taux d’immigration ». « Dans la plupart des sociétés, cette information essentielle n’est même pas mesurée correctement, de sorte qu’il faudrait commencer par l’évaluer, puis l’affiner progressivement » (p. 371).

Introduire un plafond à l’immigration nécessite que l’on touche aussi à sa composition. Si l’on veut laisser une place à la sélection par le travail, le niveau d’études et l’employabilité, il faut restreindre la migration familiale. Paul Collier propose une loterie qui donnerait aux immigrés des tickets d’entrée familiaux dans la même proportion que celle des autochtones. J’ai des doutes sur la faisabilité, en tout cas en France, où les liens familiaux avec ceux qui sont nés ou devenus français dominent dans l’alimentation de la migration familiale. Paul Collier recommande aussi d’attribuer des droits variables en fonction de la distance culturelle, laquelle ralentit le taux d’absorption et accélère la croissance des diasporas. Et il ajoute… sans que cette politique soit, « autant que possible, suspecte de racisme » (p. 376). Hum ! c’est pas gagné.

Enfin, Paul Collier invite les pays d’accueil à tenir compte de la vulnérabilité des immigrants, « afin que les sociétés à revenu élevé préservent l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes », tout en réformant le régime de l’asile. L’asile « serait accordé rapidement et généreusement », mais pour un droit de séjour limité dans le temps, en privilégiant les quelques pays connaissant une guerre civile, la persécution de minorités, une dictature brutale ou de graves troubles sociaux. Les réfugiés seraient ensuite priés de rejoindre leur pays, une fois la paix retrouvée afin d’aider à sa reconstruction (p. 377). Sur le papier, ça pourrait théoriquement marcher en cas de conflits, de troubles sociaux ou de sortie d’une dictature, mais moins bien en cas de persécution des minorités et très mal en cas de séjour prolongé dans les pays d’accueil. La proposition de David Goodhart de revenir à une définition plus étroite de l’asile et d’aider à proximité des conflits, où l’argent dépensé permet d’aider plus que dans les villes européennes, me paraît une solution plus réaliste.

Paul Collier insiste sur la nécessité de tout faire pour augmenter le taux d’absorption des diasporas par une politique d’intégration adéquate. La recette pour le désastre étant celle prônée par les défenseurs de la liberté de mouvement combinant une immigration rapide, le multiculturalisme et une protection sociale généreuse.

Enfin, il propose de traiter plus durement l’immigration illégale en infligeant une pénalité à l’entrée : statut de travailleur-invité, payant des impôts sans pouvoir bénéficier du chômage, ne bénéficiant de pas plus de droits à user des services publics que les touristes et se retrouvant en queue de liste pour l’accès à un statut d’immigrant légal plein ; ceux restant dans l’illégalité étant renvoyés sans possibilité d’appel. Paul Collier pense qu’un tel système serait suffisamment répulsif pour rediriger les prétendants vers l’immigration légale. J’ai des doutes et j’ai encore plus de doutes sur la manière dont de telles pratiques seraient accueillies dans des sociétés connaissant un taux de chômage élevé comme la France. Sans parler des défenseurs des droits de l’homme.

La migration répond à des inégalités globales sans les changer significativement. Le facteur le plus important réside dans les modèles sociaux qui handicapent les sociétés pauvres. Elles devront adapter, à leur manière, des idées globales à leur contexte particulier. En l’absence de politiques migratoires efficaces, les pays à haut revenu pourraient devenir des sociétés multiculturelles post-nationales, comme l’espèrent les élites occidentales qui imaginent qu’elles seront ainsi plus stimulantes et plus prospères. Mais, l’histoire nous apprend qu’une grande diversité est plutôt un handicap qu’un avantage. Les sociétés émergentes aux revenus croissants, dont les minorités ont été les premières à partir, deviendraient moins multiculturelles, plus nationalistes, au sens bénéfique du terme, et finiraient par « ressembler aux anciens pays à revenu élevé – avant l’immigration » (p. 390). La montée du multiculturalisme chez ces derniers coïnciderait alors avec son déclin ailleurs !

[1] Pour une vision très approfondie de la question lire George J. Borjas, We Wanted Workers, Unraveling The Immigration Narrative, WWNorton&Co, 2016, 240p. On en trouvera un compte rendu ici : http://www.micheletribalat.fr/440197138.


Paul Collier sur la politique britannique d’immigration (France Culture, 2013)

La politique de l’immigration est hélas devenue chez nous un enjeu idéologique si passionnément investi qu’il est difficile d’en parler de manière sereine et apaisée. C’est un marqueur très puissant dont se sert la gauche de conviction pour culpabiliser la gauche de gouvernement , en lui reprochant constamment de se montrer moins ouverte et généreuse que ce qu’elle-même en attendait. Bref, une querelle au sein de la gauche, dont les autres tendances politiques sont trop souvent exclues. Comme si la droite était d’emblée illégitime pour y participer. Ce qui provoque un fort ressentiment auprès d’une population qui a le sentiment que son avis ne compte pas et qui risque de se venger dans les urnes…

Car la question de l’intérêt du pays d’accueil lui-même, celui de la population indigène , question pourtant fondamentale en démocratie, est très difficile à faire entendre chez nous. Il est pourtant des pays européens où ce débat a lieu très de manière plus libérale que chez nous. Ainsi, un célèbre universitaire britannique, Paul Collier , vient-il de publier un ouvrage très commenté en Grande Bretagne à ce sujet sous le titre « Exodus : Immigration and Multiculturalism in the XXIst Century ».

Le magazine intellectuel de centre-gauche Prospect lui consacre, ce mois-ci un dossier titré « Laissez-les venir : quand faut-il limiter l’immigration en Grande-Bretagne ». Paul Collier, directeur du Centre d’étude des économies africaines à l’université d’Oxford, l’ouvre dans ces termes : « La bonne question à se poser n’est pas : l’immigration, est-ce que c’est bon ou mauvais, mais : le mieux, c’est combien d’immigration ? ».

Et de répondre plus bas : « au-delà d’un certain niveau une plus grande diversité (de la population) va compromettre les jeux coopératifs et miner la volonté de redistribuer des revenus. » Ainsi, de récentes études ont montré, d’après Collier, que les récentes vagues d’immigration en Grande Bretagne ont fait baisser les salaires en bas de l’échelle des revenus, mais qu’elles ont eu un effet bénéfique pour les autres , car les immigrés se concentrent dans les services, améliorant ainsi la productivité globale de l’économie britannique.

Il n’y a pas que du faux, ajoute Collier, dans l’idée que l’immigration est bénéfique en haut de l’échelle sociale – les classes aisées trouvent plus facilement des nounous, les patrons trouvent, sur place, des salariés qui acceptent des conditions salariales difficiles parce qu’ils ont fui de bien pires chez eux ; mais qu’elle ne l’est pas pour les classes populaires indigènes, qui se trouvent en concurrence pour l’accès à l’emploi, aux biens sociaux et en particulier, au logement social. En outre, en Grande-Bretagne, les enfants issus de l’immigration du Sud-est asiatique – enfant des « mères-tigres », extrêmement exigeantes – réussissent beaucoup mieux que les ceux de la classe ouvrière blanche, ce qui contribue à inférioriser ces derniers. Etonnez-vous que les classes populaires votent à droite…

Ainsi, le sondage commandité par Prospect auprès de Yougov’ montre que l’opinion britannique estime que « les familles d’immigrés reçoivent plus que leur dû des prestations sociales » (64 % contre 26 %), et que 68 % des Britanniques jugent que l’immigration est un « assez sérieux problème à travers la Grande Bretagne » (contre 27 %).

Pour Paul Collier, les mesures prises par le gouvernement conservateur pour limiter radicalement l’immigration en fixant des plafonds ne sont pas adéquates. Ce n’est pas le nombre d’immigrés qui est, à ses yeux déterminant, mais la composition de cette immigration : « des immigrants formés et employables représentent un bénéfice des immigrants dépendant de leur diaspora pour vivre ne le sont pas ». Car, selon lui, ce qui est déterminant pour les taux d’immigration, c’est la taille des diasporas installées en Grande-Bretagne et leur capacité à résister à l’absorption dans la société d’accueil.

« Des contrôles efficaces de l’immigration ne sont ni un vestige anachronique de nationalisme, ou de racisme », écrit encore Paul Collier, « ni la simple obsession de xénophobes paranoïdes : ils vont devenir de plus en plus nécessaires dans toutes les sociétés où des diasporas se sont accumulées. »

Un tel débat peut-il avoir lieu aujourd’hui, en France ?

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