L’intelligence artificielle n’existe pas

Vous ne comprenez rien à l’intelligence artificielle (IA) ? Vous avez peur que de méchants robots prennent le pouvoir et finissent par contrôler le monde ? Vous vous intéressez à l’IA et aux nouvelles technologies, mais vous aimeriez entendre un autre son de cloche ? Alors ce livre est pour vous !  » Tout est parti d’un immense malentendu. En 1956, lors de la conférence de Dartmouth, John McCarthy a convaincu ses collègues d’employer l’expression « intelligence artificielle » pour décrire une discipline qui n’avait rien à voir avec l’intelligence. Tous les fantasmes et les fausses idées dont on nous abreuve aujourd’hui découlent de cette appellation malheureuse. Dans ce livre, je vous invite à me suivre, de mon petit village près de Toulouse à la Silicon Valley, sur les traces de cette fameuse « intelligence artificielle » à propos de laquelle on entend dire tant de bêtises, pour comprendre de quoi il s’agit exactement et anticiper ce qu’elle peut nous réserver à l’avenir. Car aujourd’hui je l’affirme haut et fort : l’intelligence artificielle n’existe pas ! « 

En tant que Vice-président de l’innovation chez Samsung Electronics, Dr. Luc JULIA a dirigé la vision et la stratégie de l’entreprise pour l’Internet des Objets de 2012 à 2017. Aujourd’hui Senior Vice-président et Directeur Technique de la compagnie, il se concentre sur la définition d’une nouvelle génération de produits.
Auparavant, il a dirigé les équipes de développement de Siri chez Apple, a été Directeur Technique chez Hewlett-Packard et a cofondé plusieurs start-ups dans la Silicon Valley. Il a commencé sa carrière au SRI International, où il a crée le Computer Human Interaction Center et a participé au démarrage de Nuance Communications, aujourd’hui leader mondial de la reconnaissance vocale.
Luc est diplômé en mathématiques et en informatique de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris et a obtenu un doctorat en informatique à l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications de Paris. Il est également reconnu comme l’un des développeurs français les plus influents dans le monde numérique.



Luc Julia, est l’invité exceptionnel d’On refait le Mac. Ce français, co créateur de Siri, porte un regard sur son bébé et pourquoi l’assistant vocal d’Apple a temps de mal à grandir ? Cet expert mondial de l’intelligence artificielle s’interroge sur son impact réel dans notre futur. Faut-il croire les géants de la tech qui nous prédisent qu’elle va tout révolutionner ? Faut-il en avoir peur ? Débats !

 


Nouveau monde. Luc Julia : « L’intelligence artificielle n’existe pas et la voiture autonome n’existera jamais »(France Info)

Luc Julia, l’un des inventeurs de l’assistant vocal Siri d’Apple, actuel vice-président innovation de Samsung Monde, et directeur du laboratoire de recherche en IA de Samsung, signe un livre décalé sur l’intelligence artificielle dans lequel il prend le contrepied du discours marketing ambiant sur l’IA.

Le concept d’intelligence artificielle est né en 1956 d’un besoin de financement pour la recherche en informatique. Les scientifiques américains John McCarthy et Marvin Lee Minsky ont eu l’idée d’enrober leurs travaux avec cette notion afin de susciter l’adhésion. 60 ans après, on parle à nouveau partout d’intelligence artificielle. Luc Julia, l’un des pionniers du domaine, met en garde contre les exagérations.

Pourquoi dites-vous que l’intelligence artificielle n’existe pas ?

Luc Julia : Je suis un peu fatigué par toutes les bêtises que l’on entend depuis quelques années sur l’intelligence artificielle et j’ai voulu rétablir la vérité. On ne sait pas ce que c’est que l’intelligence donc on ne peut pas construire de l’intelligence artificielle.

Ce que l’on appelle « intelligence artificielle » depuis 1956 ce sont des techniques mathématiques qui n’ont rien à voir avec l’intelligence. Il n’en reste pas moins que ces techniques (deep learning, machine learning, etc.) sont très intéressantes. Mais la machine ne crée pas, ne réfléchit pas, et les humains conservent pleinement la main sur ces techniques.

Que pensez-vous des techniques de reconnaissance vocale, de reconnaissance d’images ou de la voiture autonome ?

Luc Julia : C’est vrai qu’on a franchi un cap à partir de 2007 avec l’apparition du big data du machine learning. Les ordinateurs peuvent maintenant faire mieux que les humains, par exemple, en médecine (pour la radiographique, NDR). Mais la vérité est que les ordinateurs ne font que « reconnaître ». Ils n’ont pas de connaissance, ni d’intelligence.

L’IA est devenue un argument marketing ?

Luc Julia : Exactement. Aujourd’hui, on promet beaucoup de choses. Mais, par exemple, la voiture autonome n’existera jamais. La charge cognitive de la conduite est, en effet, beaucoup trop importante pour la confier à une machine. Cela fonctionnera à 98% mais il restera toujours 2% que seul l’humain pourra accomplir.

Êtes-vous toujours optimiste quant à la technologie en voyant la haine ou la manipulation via les infox sur les réseaux sociaux ?

Luc Julia : Oui, j’ai toujours fondamentalement confiance dans la technologie. Je pense même que la technologie peut combattre des fléaux comme les fake news. On va voir apparaître des agents intelligents capables de vérifier les informations. Il y a toujours une partie sombre dans la technologie mais c’est parce que les humains en font une mauvaise utilisation.


VIDEO. Luc Julia : « L’intelligence artificielle, ce n’est pas de l’intelligence » (Sciences et Avenir)

Luc Julia est vice-président innovation chez Samsung mais pour le grand public, il est surtout le co-inventeur de Siri, un projet remontant à 1999. Il publie un livre consacré à l’intelligence artificielle qui, selon lui « n’existe pas ». Interview.

Le titre du livre est volontairement provocateur, L’intelligence artificielle n’existe pas (First éditions). Son auteur, Luc Julia, actuel vice-président de l’innovation chez Samsung au niveau mondial et fondateur d’un laboratoire d’intelligence artificielle du constructeur à Paris, est le co-inventeur de Siri, l’assistant vocal des iPhone. Mêlant récit biographique et essai sur les technologies, son livre est en fait un genre de coup de gueule en même temps qu’une mise au point sur ce qu’est vraiment l’IA, ce qu’elle peut faire et, surtout, le rôle prépondérant de l’homme derrière tout cela.

Sciences et Avenir: Dans les années 1990, vous avez travaillé sur un des premiers assistants vocaux. Vous considérez-vous comme un pionnier ou ces recherches étaient dans l’air à l’époque ?

Luc Julia : Dire que je suis un pionnier serait un peu immodeste mais… c’est la vérité ! (Rires) Mais ce n’était pas évident. En fait, ce qui était bien quand j’ai commencé ma carrière, aussi bien en France qu’au MIT [Massachussetts Institute of Technology] ou au SRI [Stanford Research Institute, devenu SRI International], c’était qu’on ne dissociait pas – et je ne dissocie toujours pas aujourd’hui – l’intelligence artificielle, la réalité augmentée, les assistants vocaux.

Qu’est-ce que manquait pour que ça marche aussi bien que maintenant ?

Le déclic, c’était de voir qu’Internet allait être la plus grande base de données du monde. Mais, entre 1994 et 2007, toutes ces recherches restaient confidentielles. Puis il y a eu une évolution des processeurs, de la taille des mémoires, permettant de stocker localement les bases de données. Tout s’est mis en place petit à petit pour faire repartir l’intelligence artificielle.

En 1999, vous présentez The Assistant, qui allait devenir Siri, l’assistant vocal des iPhone depuis 2010. A l’origine, quel était le but ?

On pensait que la voix était le moyen de communication le plus naturel de l’homme et que l’on pouvait s’en servir pour interroger Internet. En technologie pure, c’est le premier assistant vocal.

Dans votre livre, vous racontez un lancement en catimini par Apple. Qu’est-ce qui a fait de Siri un produit phare ?

Il y a plusieurs aspects. D’abord, une personne y a cru : Steve Jobs. Il avait vu Siri en 2009-2010 et avait décidé de racheter la start-up car il voulait ce produit sur son prochain iPhone. Malheureusement, il était déjà très malade et il est mort le lendemain du lancement. Du coup, bataille de pouvoirs au sein d’Apple, des gens veulent être Steve Jobs à la place de Steve Jobs mais ne croient pas forcément au produit. Siri n’a pas été lancé en catimini, seulement l’outil n’a pas été soutenu en interne et n’a pas progressé comme nous l’espérions.

Pour autant, après une ou deux semaines de flottement, car ce produit de start-up avec 150.000 utilisateurs devait fonctionner pour 80 millions de personnes, Siri est rapidement devenu iconique. Nous n’étions pas les plus intelligents, pas les meilleurs en reconnaissance de langage naturel mais nous avions ajouté un peu d’humanité à cet assistant et c’est ce qui a plu aux gens. Tous les autres assistants vocaux, qui utilisaient les mêmes technologies que nous, étaient très robotiques. Après, ils ont tous suivi notre approche.

Est-ce que Siri est de l’intelligence artificielle ?

Non. Siri reconnaît le langage à 80%. Il utilise des techniques qu’on appelle « intelligence artificielle » mais qui, pour moi, n’ont rien à voir avec l’intelligence. Je suis un peu fatigué par tout ce que l’on raconte sur le sujet, que les systèmes seront tellement intelligents qu’ils prendront le pouvoir sur les hommes, qu’ils vont tout révolutionner, devenir autonomes, nous asservir, etc. Ce n’est pas vrai.

Pour la reconnaissance visuelle, autour de 2007, on a commencé par celle des chats car il y a beaucoup de chats sur Internet, il était donc facile d’aller chercher de telles images. On a testé les algorithmes et on s’est aperçu qu’en les entraînant avec, disons, 100.000 images de chats, la reconnaissance fonctionnait à 98%. C’est bien. Sauf que l’homme n’a besoin que de deux images pour reconnaître un chat à 100%. Et même un chat dessiné par Picasso sera reconnu car on sait extrapoler. L’ordinateur, lui, ne sait pas. L’intelligence artificielle, c’est de la reconnaissance, pas de la connaissance.

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L’idée que l’expression « intelligence artificielle », forgée en 1956, est mal venue est assez partagée par les chercheurs. Pourquoi ce malentendu ?

Il faut se remettre dans le contexte. Au début des années 1950 on essaie de modéliser le cerveau humain. En 1956, on pense créer un cerveau artificiel. C’est l’intelligence artificielle. En 1957, on crée le Perceptron, premier neurone artificiel [premier système d’apprentissage supervisé, NDLR]. Le but de l’IA, à cette époque, consiste à reconnaître le langage naturel. On y croyait vraiment mais c’est le péché originel. Or, dès le début des années 1960, tous les financements s’assèchent parce que personne n’arrive à rien. C’est le premier « hiver de l’IA ».

Justement, on assiste à un fort engouement pour l’IA depuis 2010-2012. Un nouvel « hiver » est-il possible ?

C’est la seule raison pour laquelle j’ai écrit ce livre : éviter un hiver de l’IA. Parce qu’aujourd’hui il y a ceux qui affirment n’importe quoi pour faire peur et ceux qui basculent dans la science-fiction. Or, avec les méthodes actuelles, l’humain est en charge. Point. On peut faire des choses bonnes ou mauvaises mais l’homme contrôle tout. Prenez l’inexplicabilité. Certains disent : « L’IA, c’est inexplicable ». C’est faux. C’est compliqué mais si quelqu’un a écrit un algorithme, il s’agit de mathématiques, de statistiques, pas de magie. Cela peut prendre des années mais on peut expliquer comment ça marche.

Même chose avec les voitures autonomes. On nous dit « C’est pour dans trois ans ». Non, ce n’est pas pour dans trois ans, ni pour dans dix, ni dans cent, il n’y aura jamais de voitures autonomes avec les techniques actuelles de l’intelligence artificielle. Car jamais une voiture ne pourra être aussi réactive pour quelque chose qui demande autant de maîtrise cognitive que la conduite. Un système ne pourra pas conduire à la fois à New Dehli, à Paris, sous la neige… Car encore une fois, il fait de la reconnaissance. Certes, on peut sans cesse l’entraîner pour l’améliorer mais il ne pourra jamais être confronté à tous les cas de figure possibles pour tout apprendre. La courbe de reconnaissance des situations de conduite va se rapprocher de 99% mais on n’atteindra jamais 100.

Par quelle formule remplaceriez-vous « intelligence artificielle » ?

Je garderai l’acronyme « IA » mais pour « intelligence augmentée ». Ou « intelligence assistée ». Car cela change un peu la perspective : cette intelligence n’est plus détachée de moi, c’est un outil qui va m’aider, augmenter mes capacités.

Vous racontez avoir plus de 200 objets connectés chez vous. Pourtant, malgré l’avancée des techniques, vous prétendez que ça ne marche pas. Pourquoi ?

Ça ne marche pas parce que la prise en main est beaucoup trop compliquée. Dans ma maison, j’ai 209 objets connectés. Si je suivais l’approche en vigueur, il faudrait que j’ai 209 applications. Déjà, les charger dans mon téléphone prendrait un temps fou, ensuite ce serait très pénible s’il fallait à chaque fois aller chercher telle ou telle appli. Enfin, tous ces appareils connectés ne se parlent pas entre eux. La vérité, c’est que je n’ai pas besoin d’une application pour allumer ou éteindre la lumière. Le smartphone n’est pas une télécommande.

Il faudrait plutôt penser à des règles en fonction du contexte, de l’environnement, de mes préférences, comme la lumière qui s’allume quand j’entre dans une pièce et qu’il fait nuit. C’est ça qui rendra ces applications plus appréciables et utilisables.

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