À voix nue – Jean-Claude Michéa

À voix nue – France Culture

Une émission qui recueille les paroles, les réflexions de celles et ceux qui marquent notre temps.


Jean-Claude Michéa (1/5)  La chance d’avoir des parents communistes

Issu d’une famille communiste, Jean-Claude Michéa n’est « pas devenu révolutionnaire par rébellion contre le père mais par conservatisme, pour conserver la tradition familiale ». Tout Michéa est déjà en germe dans ce petit parisien qui jouait au foot au bord du périphérique.

Ce monde-là n’est plus  : il faut se remémorer ce que fut le PCF pour comprendre l’univers dans lequel a grandi Jean-Claude Michéa. A l’époque on chantait, on mangeait, on vivait « rouge ». Et c’est cette couleur qui a décidé l’adolescent de 14 ans à devenir professeur de philosophie.

Michéa raconte son enfance  : son éducation, sa prise de conscience politique précoce. Il évoque ses parents aimants et cultivés, la fierté de ses origines populaires, le sport,  la lecture… Et les valeurs solides dont il a hérité, enfant, qui continuent à le guider : le désintéressement et la fidélité absolue à ses idéaux.

Parmi les philosophes, le nom de Jean-Claude Michéa est désormais bien connu. L’homme, en revanche, demeure dans la pénombre : ses apparitions dans les médias sont rares. D’où l’intérêt de ce long échange ou Jean-Claude Michéa a accepté de se livrer complètement, n’esquivant aucune question, expliquant et commentant sa vie et son travail de philosophe.

Tout au long de ces entretiens, ceux qui aiment l’auteur d’Orwell, anarchiste tory, apprendront à mieux le connaître. Les autres pourront se faire une idée sur ce penseur original et radical, au style volontiers polémique. Après tout, lorsqu’on livre des batailles, n’est-il pas normal d’avoir des ennemis ?

LIENS

A propos du livre d’Emmanuel et Mathias Roux : Jean-Claude Michéa, l’inactuel. Une Critique de la civilisation libérale, éditions Le Bord de L’eau, 2017.

De qui Jean-Claude Michéa est-il le non ? Portrait du philosophe par Andrés Rib, publié par la revue en ligne Le nouveau cénacle en 2016.

Jean-Claude Michéa, la réaction sous le masque de l’anticapitalisme : entretien avec Isabelle Garo, animatrice de la revue Contretemps.

Une lettre à propos du mouvement des Gilets jaunes signée Jean-Claude Michéa.

Jean-Claude Michéa invité de la Grande Table sur France Culture le 18 septembre 2018.


Jean-Claude Michéa (2/5) – Paris avant les bobos

« C’est beau d’enseigner à des gens qui ne seront jamais philosophes ». Michéa nous raconte ses années de formation, puis son bonheur de vivre et d’enseigner à Montpellier.

A la Sorbonne, Jean-Claude Michéa découvre la pensée maoïste, qui le conduit à faire Mai 68 « sur des lignes gauchistes ». Mais ses nouvelles idées maoïstes l’amènent à se détacher, par abus de théorie, du bon sens des Jeunesses Communistes.

Finalement, par rejet de ce que sont devenus selon lui « les gauchistes », il adhère à nouveau au Parti Communiste de 1969 à 1976.

Puis Michéa décroche l’agrégation de philosophie et obtient un poste au Lycée, à Montpellier. Plus qu’un métier, une vocation et une passion. 39 ans de bonheur, explique-t-il, refusant, au grand dam de l’administration, d’enseigner en classe préparatoire ou à l’université.


Jean-Claude Michéa (3/5) – Qui n’a pas connu Montpellier dans les années 80

Jean-Claude Michéa est désormais un auteur qui compte. Et pourtant, chacun de ses livres représente pour Michéa une douleur. Le philosophe nous explique comment il a publié son premier livre par hasard.

La transformation de Jean-Claude Michéa en auteur s’est faite tardivement. Son ami Alain Martin, qui a également quitté le PC après avoir lu Guy Debord, possède une maison d’édition et crée les éditions Climats.

Il retrouve un article sur Georges Orwell que Michéa avait écrit des années auparavant sans parvenir à le publier. Michéa le met à jour et publie son premier livre, Orwell, anarchiste Tory, en 1995, à la demande de son ami. Contrairement à toute attente, le livre a de bonnes critiques et se vend.

A partir de là, on lui demande régulièrement de publier, et les ouvrages s’enchaînent : L’enseignement de l’ignorance, Impasse Adam Smith, Orwell éducateur, La double pensée, etc.

Pourtant, pour Michéa, écrire est une souffrance. Il ne publie que sous la pression du chantage affectif de son ami Alain Martin. En outre, publier c’est aussi gagner en notoriété, affronter le feu de la critique et faillir à sa devise  : « Pour vivre heureux, vivons cachés »…


Jean-Claude Michéa (4/5)  – Devenir un auteur par accident

« J’ai trouvé ma voix dans les Essais d’Orwell », affirme Jean-Claude Michéa qui consacre plusieurs ouvrages à la pensée de l’écrivain.

Pour Jean-Claude Michéa, Orwell est un maître à penser  : il lui permet de prendre ses distances avec le marxisme léniniste sans pour autant se réconcilier avec le capitalisme. C’est ainsi qu’il développe dans plusieurs ouvrages un concept fondamental emprunté à Orwell, la « common decency ».

Ce concept lui permet de penser ce que serait une société « décente »  : une société où la vie commune serait fondée sur des normes morales et philosophiques partagées, reposant sur le don, l’entraide et la civilité. Or cette aptitude à la décence, qui repose sur des solidarités quotidiennes et locales, reste dans les faits « le privilège des gens ordinaires ».

Cette filiation orwellienne conduit le philosophe à critiquer vivement la gauche progressiste pour ses compromis avec le capitalisme et pour son manque de radicalité dans sa défense des classes populaires.


Jean-Claude Michéa (5/5) – Décroissance dans les Landes

« Je suis dans la beauté absolue d’un monde que le capitalisme a déserté », s’enthousiasme Michéa en racontant sa vie dans les Landes : pas de commerces, pas de richesse, mais un retour à la terre vécu comme l’expérience d’une ruralité authentique.

« Pourquoi les Grecs appelaient-ils la nature, Phusis  ? Phusis, c’est ce qui prolifère, croît, part dans tous les sens. »

Jean-Claude Michéa oppose la vision de la campagne des urbains à celle des paysans, des habitants des petits villages. Raconter sa vie à la campagne, c’est aussi pour Michéa l’occasion d’expliquer ses désaccords avec la gauche progressiste, qui a perdu ce lien avec les classes rurales et populaires.

Et de conclure sur une autodéfinition politique  : comment il parvient à conjuguer conservatisme et progressisme.

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