Un été avec Paul Valéry

Après Proust, Montaigne, Baudelaire, Hugo, Homère… France Inter continue sa série d’ « Un été avec ». Cette année, c’est Paul Valéry qui est conté par Régis Debray.

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Régis Debray vous présente son ouvrage « Un été avec Paul Valéry » aux éditions des Equateurs France-Inter. Entretien avec Jean Petaux de Sciences-Po Bordeaux.


Et Paul Valéry reprend chair sur France Inter (Telerama)

“Le Cimetière marin” a accompagné Régis Debray dans sa prison de Bolivie en 1967. Cet été, l’auteur réchauffe l’image du poète philosophe réputé aride.

  « France Inter a fait preuve d’imprudence en me confiant cette série sur Paul Valéry ! L’homme est tout sauf démagogue, sa pensée est réputée complexe, difficilement compréhensible. »

Que Régis Debray et l’auditeur se rassurent : le résultat est loin d’être austère. Bien au contraire. Cet Eté avec Paul Valéry se révèle entraînant, presque charmant. Le ton animé de notre guide, solennel ou malicieux, mais toujours didactique, sait capter notre attention de la première à la dernière de ces quatre minutes quotidiennes matinales consacrées au poète français.

A écouter Régis Debray raconter Valéry, on l’imagine presque parler d’un ami, d’un alter ego, du moins d’un compagnon de route. Car l’ancien révolutionnaire guévariste a conçu ces chroniques radiophoniques comme un hommage à l’auteur qui l’accompagna durant son emprisonnement en Bolivie.

« En 1967, j’étais enfermé dans une petite cellule de deux mètres sur deux. Je récitais chaque jour quelques vers du Cimetière marin, qui surnageaient dans ma mémoire, confie-t-il. J’évoque donc Valéry par fidélité à celui qui m’a soutenu. »

Mais plus qu’aux versifications poétiques de l’écrivain, Debray s’intéresse ici à son esprit visionnaire et complexe, auquel « chaque année qui passe donne un coup de jeune ». Valéry était souvent plus prosateur que poète. Il avait pressenti la chute européenne, l’hégémonie américaine, l’invasion audiovisuelle. Il rêvait notamment d’une Europe des esprits, qui dans son imaginaire de Méditerrané « sentait la sardine grillée », selon la formule savoureuse de Debray.

Au fil des épisodes, la leçon prend l’allure d’une promenade alerte au gré des paysages variés, parfois paradoxaux, de la pensée valéryenne. L’homme a la réputation d’être frigide et dénué de sentimentalité ? Debray dévoile ses lettres coquines et son besoin profond de tendresse.

« J’ai voulu ranimer, décongeler sa statue, aller au-delà d’un nom célèbre pour révéler un homme que l’on connaît peu. » L’image de Valéry, refroidie par les honneurs commémoratifs, se réchauffe donc à mesure que l’on ­découvre son parcours et ses amitiés avec l’intrigant Pierre Louÿs, le maî­tre Mallarmé, ou l’imposant Degas. Les archives, les extraits lus (vers ou prose de Monsieur Teste) et les témoignages de sa femme et de sa fille ­redonnent chair au monument. Une chair qui finalement nous laisse avec cette impression persistante : et si ­Valéry était, plus qu’un maître à penser, un maître à sentir ?


« Il y a deux Paul Valéry : celui des petits classiques illustrés […] et le sacripant drolatique, l’anar espiègle, le gamin salace aux mauvaises pensées, “l’esprit le plus méphistophélique de notre littérature”, sans parler du coureur et du farceur. Oui, cela fait deux en un : le bienséant et le frondeur, l’homme d’institution et l’irréconcilié. »

 

L’été sied à Paul Valéry (1871-1945), ce solaire impénitent qui nous enjoint de plonger dans la mer pour mieux renaître. Même en maillot de bain, ce grand amoureux des femmes, de la peinture et de la musique, reste un homme du trait, du brillant, de l’éclat, du paradoxe et du charnel. Son oeuvre dessine une rose des vents. L’auteur de l’universel Cimetière marin est aussi « un lanceur d’alerte » sur la fragilité de notre civilisation et de notre société mondialisée.

 

Paul Valéry, notre contemporain brûlant, est un poète à lire de toute urgence par temps de détresse.

Un été avec Paul Valéry est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2018 sur France Inter.

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