Biodiversité : la grande extinction

Biodiversité : ça disparaît près de chez vous (Libération)

Cette fois, il ne s’agit pas d’ours polaires ou de papillons exotiques : l’extinction de masse concerne des centaines d’animaux ou plantes de notre quotidien, qui se raréfient à une vitesse ahurissante, fragilisés par les activités humaines. Faudra-t-il bientôt parler au passé des hérissons ou des lapins de garenne ?

Ce sont de petits signes, auxquels on ne prête pas attention, et qui deviennent de plus en plus flagrants. Les pare-brise propres après un voyage en voiture alors qu’il y a une quinzaine d’années ils étaient maculés d’insectes écrasés. Les printemps de plus en plus silencieux, les alouettes, moineaux, perdrix ou hirondelles qu’on ne voit plus qu’occasionnellement. Les hérissons, grenouilles, libellules ou vers de terre qui se font rares. Le coquelicot qui n’égaye plus les blés, et qu’on doit réintroduire, l’immortelle des sables ou la violette de Rouen qui tirent leur révérence. C’est arrivé près de chez vous. Cela arrive près de chez nous, ici et maintenant. «Globalement, 30 % des espèces sur le territoire français sont menacées, assure Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Cette situation est symbolique de ce qui se passe dans le monde.» La biodiversité du quotidien disparaît sous nos yeux, à une vitesse vertigineuse, ahurissante.

Un enjeu mal compris

Fin mars, des chercheurs du Muséum d’histoire naturelle et du CNRS lancent l’alerte : dans nos campagnes, les populations d’oiseaux communs ont chuté d’un tiers en quinze ans. Un choc, quelques mois seulement après une étude allemande pointant la disparition, en trente ans, de près de 80 % des insectes volants en Europe. Il ne s’agit plus d’un ours polaire par-ci ou d’une espèce exotique de papillon par-là, mais de la faune, de la flore et des écosystèmes qui nous entourent. Et, surtout, on l’oublie trop souvent, dont l’humain fait partie et dont il dépend pour respirer, manger, boire, se soigner, s’abriter, se vêtir, obtenir énergie et matières premières, protéger les littoraux, stocker le carbone, etc. Autant de «services écologiques» gratuits et irremplaçables.

Le bon fonctionnement de la biodiversité est vital pour l’humanité. Autant que le climat, les deux étant interdépendants. C’est le message qu’essayera de faire passer Nicolas Hulot, vendredi à Marseille, en présentant les grands axes de son plan biodiversité (lire page 5). Le ministre de la Transition écologique et solidaire devra déployer toute sa force de conviction pour secouer les consciences, jusqu’en haut lieu. L’enjeu est mal compris, donc négligé.

«Cascades biologiques»

Le concept de «biodiversité», complexe, n’est apparu que dans les années 80. Il désigne le tissu vivant de la planète, soit l’ensemble des milieux naturels (océans, prairies, forêts, mares…) et des espèces (y compris Homo sapiens), mais aussi les interactions entre les organismes vivants et leur milieu. Comment l’Homme a-t-il réussi à dérégler ces symbioses ? Comment autant d’espèces aux morphologies si différentes, vivant dans des milieux si divers, peuvent-elles être touchées par un même déclin généralisé ? «Un cocktail de facteurs, répond Sébastien Moncorps. Le changement climatique se combine à la pollution, aux pratiques agricoles intensives, à l’influence des espèces invasives et à la disparition des milieux naturels.» Cette dernière dynamique est la cause principale de l’effondrement continu de l’état de la biodiversité commune en France, selon lui. Tous les ans, 66 000 hectares d’espaces naturels et agricoles sont grignotés par l’urbanisation et les grandes infrastructures. Depuis 2006, le territoire a ainsi perdu l’équivalent d’un département comme la Seine-et-Marne. Une artificialisation qui provoque l’imperméabilisation des sols. «Une fois qu’il est bétonné, le sol n’est plus utilisable pour autre chose que les activités humaines, explique Alexandra Langlais, juriste au CNRS, spécialiste des interactions entre la biodiversité et l’activité agricole. C’est irréversible. On se retrouve aujourd’hui à devoir fabriquer de nouveaux sols à partir de déchets, pour les remplacer.» Idem pour l’intensification des pratiques agricoles par l’accélération des rotations de cultures, l’usage systématique de pesticides et le recours à des engins mécaniques qui écrasent les terres. «La majorité des sols européens est menacée d’épuisement, poursuit la juriste. Une fois morts, les sols n’ont plus de capacité de régénération et de production agricole. Ils perdent leur pouvoir de filtration de l’eau et de régulation des inondations. Ces pratiques tuent la biodiversité en profondeur, comme les vers de terre.» Mais, dans ce cas, le mouvement est encore réversible grâce à l’agroécologie et des techniques comme le recours à des auxiliaires de culture (pucerons, coccinelles) qui luttent contre les ravageurs et permettent la pollinisation.

Les produits chimiques ont aussi un impact direct sur les animaux, les plantes et la microfaune souterraine. «Les grands prédateurs concentrent de fortes quantités de substances toxiques, assure Jérémy Dupuy de la Ligue pour la protection des oiseaux. On observe chez les rapaces, par exemple, des cas d’empoisonnement, de baisse de reproduction et de fragilisation de la coquille des œufs.» Par définition, les pesticides visent à tuer végétaux, insectes et ravageurs. «Il faut recréer des cascades biologiques, insiste Christian Huygue, directeur scientifique Agriculture à l’Institut national de recherche agronomique (Inra). Nous devons repenser le système de fonctionnement agricole jusqu’à nos choix d’alimentation. Vouloir manger des tomates en hiver participe au cercle vicieux de la perte de la biodiversité.» Les animaux et végétaux souffrent aussi de la fragmentation de leurs habitats, par la construction d’infrastructures comme des routes, des zones industrielles, la disparition des haies et des chemins. Certaines espèces, comme la vipère péliade, se trouvent isolées par petites populations qui peinent à se perpétuer.

«Grands dinosaures herbivores»

S’ajoute à tout cela le changement climatique. Certaines espèces d’oiseaux migrateurs commencent déjà à revenir plus tôt dans nos contrées pour se reproduire. D’autres n’ont pas la même chance. Certains animaux et insectes qui se déplacent au sol pourraient ne pas réussir à avancer vers le Nord sous la pression de la hausse des températures globales. «Une augmentation de 0,55°C correspond à un déplacement des écosystèmes de 100 kilomètres vers les pôles et de 100 mètres en altitude, assure Jean-Dominique Lebreton, écologue spécialiste de la démographie animale et membre de l’Académie des sciences. Même si les contributions nationales de la COP 21 sont respectées, on risque de voir une hausse d’environ 3°C d’ici 2100 et la végétation méditerranéenne se retrouverait en Bourgogne.» Un réchauffement si rapide que certaines espèces ne pourraient pas avoir le temps de s’adapter. «Les oiseaux montagnards qui nichent en prairies alpines vont être poussés vers les sommets avec la remontée des forêts en altitude, détaille Jérémy Dupuy. Ils sont condamnées à disparaître de certains massifs montagneux.» Jean-Dominique Lebreton alerte sur un autre versant du phénomène : «Le déclin mondial des grandes espèces (ours, éléphants, singes…) est un avertissement avant toute crise d’extinction massive. Lors de la dernière grande extinction, ce sont les grands dinosaures herbivores qui ont disparu les premiers.» Signe que la mécanique est enclenchée : aujourd’hui, c’est la biodiversité du quotidien qui s’efface de nos mers et de nos campagnes


Bruno David : «On ne pourra pas toujours s’en tirer, il n’y a pas de planète B»

Il y a dix ans, on était réveillé par les oiseaux, plus aujourd’hui. Un constat parmi mille autres de l’extinction majeure des espèces qui bouleverse la planète de façon irréversible. Le naturaliste Bruno David, président du Muséum d’histoire naturelle, s’alarme.

Le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d’histoire naturelle, partage le constat alarmiste de ses pairs. Et craint que l’homme ne soit pas capable de réagir à temps.

Les scientifiques n’ont plus de mots assez durs pour qualifier l’état de la biodiversité : «Anéantissement biologique», «défaunation aux conséquences catastrophiques»… La situation est-elle si grave ?

J’aime bien prendre du recul. Lors des derniers 500 millions d’années, il y a eu cinq crises d’extinction majeures de la biodiversité et une cinquantaine d’autres plus petites. On peut en tirer des leçons. Premièrement, il n’y a pas deux crises identiques, elles sont toujours conjoncturelles. Deuxièmement, les crises ne tuent pas, elles ne provoquent pas une hécatombe mais sont plus pernicieuses : de génération en génération, les espèces sont moins peuplées. Une crise est mondiale et touche différents groupes d’espèces. Dernière caractéristique : elles sont brutales à l’échelle géologique, de l’ordre du million d’années en moyenne. La deuxième leçon à retenir des crises passées est qu’elles ont toutes été multifactorielles.

On serait donc en train de provoquer et vivre la sixième extinction majeure des espèces ?

Rappelons les faits. Nous constatons un déclin mondial et extrêmement brutal de la biodiversité, qui touche des groupes extrêmement divers, les vertébrés, les insectes et la microfaune du sol. Ça n’a jamais été aussi rapide dans l’histoire. La vitesse est le facteur le plus inquiétant.

Si on extrapole les chiffres du Millenium ecosystem assessment (1) étudiant les 200 dernières années, on aboutit à une éradication de tous les mammifères en environ 10 000 ans. Et cela peut s’accélérer. De même pour le changement climatique, on est sur des vitesses de bouleversement qui ne sont pas compatibles avec la vie végétale et animale.

Vous dites que la crise actuelle est multifactorielle. Quels sont ces facteurs ?

On parle beaucoup du réchauffement climatique, mais la plus grosse pression sur la biodiversité est le changement d’usages. C’est l’utilisation qu’on fait de la planète qui touche le plus la biodiversité. Les études sur le déclin des oiseaux communs publiées par le Muséum et le CNRS, fin mars, montrent que dans les plaines agricoles, l’utilisation des produits phytosanitaires et l’intensification des pratiques empêchent les oiseaux de se reproduire correctement. La pollution, l’agriculture, le changement climatique sont autant de facteurs qui s’additionnent.

On peut donc bien parler d’«anéantissement biologique» ?

Oui. Je ne l’aurais peut-être pas dit il y a quelques années parce qu’on n’avait pas toutes les données détaillées sur le déclin des espèces communes. Mais depuis cinq ans, on empile les mauvaises nouvelles. La diminution des oiseaux, des insectes, de la microfaune du sol qu’on observe en France est extraordinairement alarmante. On est en plein milieu d’une crise du passé. Sauf qu’on va beaucoup plus vite.

Est-on en train de la vivre en France ?

Chez nous, dans nos jardins, beaucoup de gens constatent qu’il y a moins de lapins de garenne et de hérissons, par exemple. Il y a dix ans, j’étais réveillé par les oiseaux à 5 heures du matin, qui faisaient un boucan pas possible. Aujourd’hui, je ne le suis plus, et je ne pense pas être devenu sourd. Face à cela, je me dis : «Ce n’est pas possible. Qu’avons-nous fait ?» On détruit leurs environnements. On bourre les champs de produits phytosanitaires. On met des enrobages sur les graines de céréales pour qu’elles ne soient pas mangées par les parasites et cela empoisonne les animaux. On injecte des perturbateurs endocriniens dans l’eau. Les bestioles se reproduisent moins bien, voire s’empoisonnent. On perturbe tout le système écologique.

Un système dont les humains font partie…

Le dualisme nature versus homme est totalement faux. On a deux kilos de bactéries en nous dont notre vie dépend. En tant qu’espèce, on vit en symbiose avec le reste du monde. On en a besoin pour exister, pour manger, boire. Quand on porte atteinte à la biodiversité, c’est à nous, humains, qu’on porte atteinte. On est en train de gravement perturber le fonctionnement des écosystèmes qui nous rendent un tas de services : la purification de l’eau, de l’atmosphère, les ressources alimentaires, la régulation des grands cycles biochimiques et du climat.

Ces fonctionnements peuvent basculer vers de nouveaux équilibres si on les modifie de manière trop importante. Des équilibres dont on ne connaît pas les conséquences. J’aime prendre l’exemple de la tour Eiffel. Si on lui enlève une, deux, trois poutrelles, c’est comme si on enlève des espèces de certains écosystèmes. Au bout d’un moment, la tour Eiffel va s’effondrer. On aura basculé dans un nouvel écosystème qui ne rendra pas les mêmes services. Et dont les humains seront peut-être absents.

Dans votre livre la Biodiversité de crise en crise, vous posez cette question : «l’espèce humaine sera-t-elle la prochaine à disparaître ?»

Je continue de le penser fortement. Elle ne sera pas la toute prochaine à disparaître, mais sûrement une des prochaines. Parce que nous sommes trop prétentieux de penser qu’avec notre technologie, on pourra toujours s’en tirer. Il n’y a pas de planète B. Il faut arrêter de rêver, il n’y a pas d’autre option que de rester sur Terre pour le moment et d’essayer d’y vivre le mieux possible. La deuxième chose, c’est que nous sommes une espèce complexe, donc fragile. On a une physiologie compliquée, on a l’impression d’avoir une bonne carapace, avec notre technologie, notre pharmacopée, qui nous protègent, mais jusqu’à une certaine limite…

La pharmacopée, qui dépend de la biodiversité…

Oui, il y a des tas d’exemples. Un seul, peut-être le plus spectaculaire. Des bactéries symbiotiques qui vivent sur les larves d’animaux marins microscopiques, les bryozoaires, sécrètent un produit qui est un anticancéreux majeur, contre le cancer du pancréas.

Ces alertes provoquent un certain émoi… qui retombe vite. Pourquoi ?

En étant optimiste, je me dis que nous avons conscience de la manière dont on agit sur notre environnement, donc on a une capacité à réagir. Mais si je me tourne vers l’histoire des sociétés, je constate que l’homme a un comportement puéril face à des enjeux majeurs. Il va, à chaque fois, au bout de son erreur. Nous sommes au volant d’un véhicule sur l’autoroute, nous savons qu’il y a un mur et qu’on y va très vite. Mais la réaction n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Je pense qu’on va aller dans le mur. Et ce sera irréversible. Une fois que la tour Eiffel est en mille morceaux sur le Champ de Mars, elle a changé d’état, c’est fini, on est dans le mur.

Sait-on quand se situe ce point de bascule ?

Le paléo-écologiste Anthony Barnosky estime que cela se passera autour de 2050, en extrapolant une tendance : pour le moment, 25 % de la surface des continents est touchée par les changements anthropiques de manière importante. Il continue la courbe et estime que quand on atteindra 50 à 60 %, la planète va commencer à fonctionner autrement. Mais je pense que c’est difficile à évaluer, car on ne sait pas comment on va réagir, quelle sera la pression démographique. En 1980, on était 4,5 milliards d’humains, aujourd’hui, on est plus de 7,5 milliards.

Que faire pour éviter ce basculement ?

Je n’ai pas de solution miracle, je ne suis ni politique ni économiste, je suis naturaliste, je porte un constat. Il faut complètement changer de mode de consommation. Mais la première remise en cause est d’abord démographique. Si on ne veut pas totalement changer de mode de vie, il faut qu’on accepte une réduction de la population. On est dans un modèle économique où il faut qu’elle augmente, mais jusqu’où ? 200 millions, 500 millions, pour la France ? Notre planète est finie, on ne peut pas avoir une croissance infinie, c’est du b.a.-ba. A un moment, il va falloir changer de système. Je pense qu’on ne sera pas capables de le faire, et que ce sont les circonstances qui nous l’imposeront. Le fait que les écosystèmes ne nous rendront plus les mêmes services, que les territoires ne seront plus habitables comme ils l’étaient, risque de provoquer des grandes migrations écologiques extraordinairement violentes et des guerres. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut absolument qu’on freine. Mais rien que l’interdiction de trois insecticides néonicotinoïdes en Europe pour protéger les pollinisateurs, vous avez vu le barouf que ça a fait !

Que pouvons-nous faire en tant que citoyens ?

D’abord, on peut utiliser nos bulletins de vote. On peut aussi manifester : on a le droit de s’exprimer sur l’environnement, de manière démocratique et pacifique. Dans notre vie quotidienne, il faut s’interroger sur chacun de nos petits gestes, sans pour autant renoncer à vivre.

Les petits gestes suffiront-ils ?

Non, peut-être pas. Il faut, après, convaincre les politiques. Nicolas Hulot est sans doute la bonne personne au bon endroit pour le moment, parce qu’il a cette sensibilité.

Qu’attendez-vous de son plan biodiversité ?

Je prends tout ce qui est bon à prendre.

Le gouvernement se montre incohérent, par exemple avec le projet de mine d’or géante en Guyane, soutenu par Emmanuel Macron…

Il y aura forcément des incohérences, car on ne peut pas basculer dans un autre système économique du jour au lendemain. Je pense qu’on en est incapables, moi le premier. Mais il y a quand même le début d’une vraie prise de conscience. Elle ne se traduit juste pas encore en actes.


15 espèces communes en voie de disparition

Abeille domestique

Apis mellifera. Taille : 11 à 13 mm (ouvrière), 15 à 20 mm (reine). Population d’une ruche : 60 000 abeilles maximum.

Aussi appelée abeille domestique, l’apis mellifera est l’espèce la plus répandue et la plus connue, celle qui produit notre miel. «Depuis plusieurs semaines, l’Union nationale de l’apiculture française reçoit des appels d’apiculteurs de différentes régions françaises rapportant des mortalités anormales de leurs colonies en sortie d’hiver», alertait fin avril l’organisation. Une nouvelle année s’ajoute à la série noire que connaissent les abeilles depuis vingt ans, période sur laquelle la production française de miel a été divisée par deux. Elles sont dévastées par les néonicotinoïdes, ces pesticides neurotoxiques pour elles, répandus sur les champs qu’elles butinent. La mort des abeilles est dangereuse pour la biodiversité car elles assurent la pollinisation de la plupart des végétaux. Un «service écologique» que l’Inra a évalué à 154 milliards d’euros par an dans le monde.

Martin-pêcheur

Alcedo atthis. Taille : 18 à 19 cm de longueur, 30 à 36 cm d’envergure. Poids moyen : 26 à 50 g. Population : 10 000 à 18 000 couples.

Espèce discrète mais reconnaissable à son corps bleu d’eau et son ventre orangé, le martin-pêcheur d’Europe est présent dans une grande diversité d’habitats, près de l’eau courante et stagnante. Il souffre de la dégradation de la qualité de ces eaux, causée par la pollution et les drainages, ce qui réduit ses possibilités d’alimentation en alevins et en petits poissons. L’artificialisation des berges et la disparition des petites zones humides aggravent sa situation. Il a subi une perte de 50 % de ses effectifs depuis 2001, moins 34 % depuis dix ans.

Alouette des champs

Alauda arvensis. Taille : 18 à 19 cm de longueur, 30 à 36 cm d’envergure. Poids moyen : 26 à 50 g. Population : 900 000 à 1 500 000 couples.

Avec ses ailes brunes tachetées de beige, l’alouette des champs est présente dans toute la France. Sa population aurait chuté de 20 % en moins de quinze ans, une tendance observée dans toute l’Europe. C’est l’espèce symbolique du déclin des oiseaux en milieu agricole, même si d’autres sont encore plus mal en point, comme la tourterelle des bois, dont la population a décliné en Ile-de-France de 80 à 90 % sur cette période. Oiseau terrestre qui construit son nid au sol et cherche sa nourriture en fouillant la terre, l’alouette souffre de l’intensification des pratiques agricoles, marquées par une surcharge en bétail dans les pâtures, les travaux du sol plus fréquents, des densités de semis plus fortes et une utilisation accrue de pesticides. Elle est aussi chassée dans le Sud-Ouest.

Pipistrelle

Pipistrellus pipistrellus. Taille : 3,6 à 5,1 cm de longueur, 18 à 24 cm d’envergure. Poids : 3 à 8 g. Population : NC.

Petite chauve-souris au pelage dorsal de brun sombre à brun roux, et au ventre plus clair, la pipistrelle se nourrit de moustiques et de tiques. Elle fréquente tous les milieux, même les plus urbanisés. Comme ses congénères, elle subit la disparition des habitats qu’elle affectionne, du fait de l’isolation et de la rénovation des bâtiments, ainsi que de l’exploitation forestière réduisant l’abondance des vieux arbres. En France, sur les 34 espèces de chauves-souris, 16 sont aujourd’hui menacées ou quasi menacées. D’après l’Observatoire national de la biodiversité, les chauves-souris ont perdu, globalement, près de 40 % de leurs effectifs en dix ans.

Ver de terre

Allolobophora rosea. Taille : 4 à 7 cm. Poids : 1,5 à 3 g. Population : 264 vers de terre en moyenne / m².

Vivant dans les 30 premiers centimètres de la terre, l’allolobophora rosea est l’une des 150 espèces de lombrics représentées en France. Longtemps ignorés, ils intéressent de plus en plus les chercheurs. Et pour cause, c’est la première biomasse animale terrestre. En quarante ans, les grandes cultures auraient vu leur population de lombrics divisée par quatre. Ces membres de la famille des annélides oligochètes souffrent grandement des pratiques agricoles intensives, comme l’utilisation de produits phytosanitaires, la monoculture, les labours continus et le compactage des sols. Les vers de terre sont pourtant essentiels pour garantir le renouvellement des terres et empêcher l’érosion des sols. Ils favorisent aussi l’alimentation et la croissance des végétaux.

Déesse précieuse (libellule)

Nehalennia speciosa. Taille : 19-23 mm pour l’abdomen mâle, 19-22 mm pour la femelle. Population : NC.

Cette petite espèce de libellule, vert métallique à cuivré, vit dans les tourbières et marais. Discrète, elle est très menacée dans l’ouest de l’Europe. Elle a déjà disparu de Belgique et du Luxembourg et sa présence en Allemagne et en France est en péril. L’UICN la classe en «danger critique», dernière étape avant l’extinction. Les principaux facteurs de son déclin sont la destruction des tourbières, leur assèchement par drainage, la pollution et le piétinement trop important des sites. Le réchauffement climatique pourrait aggraver cette situation. En métropole, l’UICN estime que, sur les 89 espèces de libellules, 24 sont menacées ou quasi menacées et deux ont disparu.

Grand hamster d’Alsace

Cricetus cricetus. Taille : 19,8 à 25,5 cm de longueur pour les mâles dont 3,9 à 5,9 cm de queue, et 18,1 à 22 cm pour les femelles. Population : entre 500 et 1000 individus matures.

Avec son pelage bariolé – ventre noir, dos roux et taches blanches sur le museau – le grand hamster d’Alsace est un rongeur reconnaissable. Mais il est menacé de disparition. L’UICN le classe «en danger» dans sa liste rouge. Le fort déclin de l’espèce omnivore est provoqué par l’intensification des pratiques agricoles (diminution de la diversité culturale, moissons plus précoces, développement de monocultures). Depuis 2007, la France tente d’empêcher sa disparition par une série de plans d’action. En 2017, on dénombrait moins des 1 500 individus nécessaires pour la survie de l’espèce.

Lapin de garenne

Oryctolagus cuniculus. Taille : longueur 45 cm. Poids : 2 kg. Population : NC.

Un nuisible, c’est ainsi que le lapin de garenne, avec sa queue blanche reconnaissable, est perçu dans plusieurs régions françaises. Pourtant l’espèce est considérée comme «quasi menacée» par l’UICN car elle a perdu une grande partie de sa population en vingt-cinq ans. Victime de la chasse et de l’introduction du virus de la mixomatose, ces mammifères endurent aujourd’hui une disparition de leur habitat à cause de l’intensification des pratiques agricoles et de la transformation des paysages, tout comme le lièvre variable.

Cachalot

Physeter macrocephalus. Taille : 15 à 18 m (mâles), 10 à 13 m (femelles). Poids : 30 à 40 t (mâles) 10 à 15 t (femelles). Population : moins de 1 000 individus matures dans les eaux françaises.

Vivant dans les eaux profondes en haute mer, le cachalot et sa tête énorme au profil carré est la plus grande espèce de cétacés à dents. En France, il est observé dans l’Atlantique, au niveau du golfe de Gascogne, et en Méditerranée, au large de la Côte d’Azur et de la Corse. La classification «vulnérable» de l’espèce est essentiellement le résultat de l’impact de son exploitation passée, le cachalot ayant subi les ravages de la chasse commerciale. Alors que l’espèce était au bord de l’extinction, sa chasse a été interdite en 1982. Les principales menaces pesant aujourd’hui sur ce cétacé sont la pollution du milieu marin, par les PCB et les métaux lourds, et l’ingestion de déchets plastiques et métalliques rejetés dans les océans.

Vipère péliade

Vipera berus. Taille : jusqu’à 65 cm. Population : NC.

D’un corps brunâtre tacheté de noir, avec la gorge blanche, la vipère péliade est une des plus menacées en France, avec la vipère d’Orsini. Présente dans le Nord, dans le Massif central et dans le Jura, la vipera berus, classée «vulnérable» par l’UICN, pâtit de la dégradation de son habitat, particulièrement le bocage de l’ouest du pays, et voit ses populations isolées par la fragmentation des espaces naturels. La population nationale aurait diminué de plus de 30 % sur les trois dernières générations (25 à 30 ans). Le reptile est aussi vulnérable au réchauffement climatique.

Zones humides

En France, les «zones humides» occupent plus de 3,5 millions d’hectares, selon Ramsar, la convention internationale de protection de ces milieux. Tourbières, marais littoraux, plaines et forêts alluviales sont l’habitat de beaucoup d’espèces et d’oiseaux d’eau. Filtrantes, elles sont aussi très utiles à l’épuration des eaux. Seulement, ces milieux naturels fragiles subissent la pression du grignotage des terres agricoles et de l’urbanisation, ainsi que de la création de décharges sauvages et des remblaiements. Les créatures survivant grâce aux zones humides sont les principales victimes des déclins, comme le vison d’Europe, classé en danger par l’UICN, le putois d’Europe (quasi menacé) et le campagnol amphibie (quasi menacé).

Saxifrage œil-de-bouc

Saxifraga hirculus. Taille : jusqu’à 25 à 30 cm de haut. Population : NC.

Avec ses pétales d’un jaune doré éclatant et sa tige clairsemée de feuilles, la saxifrage œil-de-bouc est une plante qui n’est connue qu’en France et plus précisément dans le massif du Jura. Alors qu’elle était autrefois présente dans 18 localités, il ne subsiste plus aujourd’hui qu’une seule population viable de cette herbacée vivace, située au sein du bassin du Drugeon, en Franche-Comté. En régression dans toute l’Europe, elle est menacée par la disparition des tourbières où elle vit, en particulier par les travaux de drainage, la pollution de l’eau et l’arrêt du pâturage traditionnel. Protégée aux niveaux national et européen et considérée comme «en danger critique» en France, la saxifrage œil-de-bouc fait l’objet d’un plan national d’action depuis 2012.

Anguille d’Europe

Anguilla anguilla. Taille : jusqu’à 1 m de long. Population : NC.

Corps serpentiforme, mâchoire inférieure plus longue que la supérieure, l’anguille européenne est classée «en danger critique d’extinction». Le stock d’anguilles a décliné de 95 % à 99 % depuis 1970. Entre autres maux, elle est exposée à de nombreux polluants et pesticides qui fragilisent ses défenses immunitaires. Comme les autres poissons migrateurs amphihalins (saumon atlantique, lamproie de rivière ou esturgeon européen), elle effectue une partie de son cycle de vie en rivière et une autre partie en mer. Ces espèces sont affectées par les barrages qui compromettent leur périple migratoire. Pour l’anguille, la pêche est réglementée mais reste une menace, aggravée par un braconnage important lié au coût élevé de ses alevins, nommés «civelles». Sur les 69 espèces de poissons d’eau douce, 15 sont menacées de disparition, selon l’UICN France. Le changement climatique pourrait aggraver leurs conditions de vie.

Hérisson

Erinaceus europaeus. Taille : de 20 à 30 cm. Population : NC.

Ce petit mammifère à pics, terrestre et insectivore, est classé espèce protégée depuis 1981. Présent dans toute la France, notamment dans les jardins, il limite la progression d’insectes et d’invertébrés ravageurs. En Grande-Bretagne, 30 % de la population de hérissons aurait disparu en vingt ans, passant de 1,5 million d’individus en 1995 à moins d’un million en 2015. En France, si tous les observateurs affirment en voir de moins en moins, aucun organisme n’a produit de chiffres officiels. Comme ailleurs, le hérisson est menacé par la circulation automobile (qui ferait jusqu’à 1,8 million de victimes par an), les pesticides et antilimaces qu’il ingère en même temps que ses proies, et la recrudescence de son prédateur, le blaireau.

Tiare Apetahi

Apetahia raiateensis. Taille : arbuste de 25 cm à 2 m de hauteur. Population : NC.

Reconnaissable à ses cinq pétales blancs qui évoquent la forme d’une main, c’est une fleur endémique de la Polynésie française et un symbole de la culture tahitienne. Elle pousse uniquement sur l’île de Raiatea et toutes les tentatives de transplantation dans d’autres îles de l’archipel ont échoué. Victime de son succès, elle fait l’objet d’une cueillette abusive depuis des décennies, au point d’être aujourd’hui en danger d’extinction. En vingt ans, de 1995 à 2015, 80 % des tiares apetahi ont disparu. Son environnement est aussi perturbé par des plantes invasives et la hausse de la population de rats et de cochons sauvages qui s’attaquent à ses racines. Elle ne doit sa survie qu’à sa longévité, malgré une croissance extrêmement lente.


Des espèces s’éteignent, d’autres prolifèrent

Les pressions humaines sur la planète ne sont pas néfastes pour toutes les espèces. Certaines, qu’on appelle «invasives», en profitent pour gagner du terrain et n’hésitent pas à s’accaparer l’habitat et la nourriture de leurs voisins. Toutes introduites par l’homme, elles se multiplient en dehors de leur aire d’origine, se reproduisent et bouleversent leur nouvel environnement, grâce à une très forte capacité de dispersion, d’adaptation, et de prédation. D’après Céline Bellard, écologue à l’University College de Londres, «les invasions biologiques sont la deuxième cause d’extinction des espèces dans le monde». En 2017, la Commission européenne a dressé une liste de 49 espèces invasives où on trouve, entre autres, l’écureuil gris, le raton laveur, le corbeau, la grenouille taureau ou encore la jacinthe d’eau. Passage en revue des trois espèces invasives les plus symboliques.

L’écrevisse américaine

Avec leurs petits yeux globuleux et leurs grandes pinces rouges, les écrevisses américaines, originaires de Californie et de Louisiane, prolifèrent dans les étangs et ruisseaux de métropole. Elles remplacent peu à peu les deux espèces autochtones françaises que sont l’écrevisse à pattes blanches et celle à pattes rouges. Comestibles, les écrevisses américaines ont été introduites en France pour l’élevage, car elles se reproduisent en grande quantité, sont résistantes aux maladies (en particulier à la peste des écrevisses) et ne craignent pas la pollution. Mais cela les rend aussi beaucoup plus compétitives que les spécimens français. Une fois adultes, elles ne redoutent que les gros prédateurs (brochet, sandre, anguille, loutre, héron), dont une partie est en déclin. Pour lutter contre ces crustacés, le moyen le plus simple reste de les pêcher. Toute écrevisse américaine capturée doit être tuée avant son transport et il est strictement interdit de la relâcher en milieu naturel.

Le frelon asiatique

Membre de la famille des guêpes, le frelon asiatique sème la terreur chez les apiculteurs français. Reconnaissable à sa tête orangée et ses pattes aux extrémités jaunes, il s’est fait pour spécialité de capturer les abeilles à la sortie de leur ruche pour les décapiter et les démembrer plus loin, avant d’aller nourrir ses congénères. Originaire d’Extrême-Orient, le frelon asiatique a été introduit accidentellement près de Bordeaux en 2004. Depuis, il progresse vers le nord au rythme moyen de 78 kilomètres par an. Cette espèce invasive pose des problèmes de santé humaine (des réactions allergiques et certaines attaques ont conduit à des décès), économiques (déclin de la production de miel) et environnementaux, en bouleversant les écosystèmes dans lesquels il vit.

La chenille processionnaire du pin

Leurs gigantesques nids de fil blanc, qui étouffent les arbres, sont visibles de loin. Favorisées par une augmentation même minime de la température hivernale, les chenilles processionnaires du pin avancent de 4 kilomètres par an vers le nord de la France depuis dix ans. Alors que, dans les années 70, les températures forçaient l’insecte poilu à stationner au sud de la Loire, le réchauffement climatique a permis leur expansion continue. La chenille processionnaire du pin est ainsi en passe de conquérir la quasi-totalité du territoire français, à l’exception des zones froides en très haute altitude ou au nord. La toxine contenue par ses soies urticantes présente un danger pour le bétail, les animaux domestiques mais aussi les êtres humains. De plus, sa vorace activité réduit la croissance et fragilise les forêts de pins et cèdres. Pour s’en débarrasser, l’Inra recommande d’attirer les mésanges, friandes de ces insectes, en installant des mangeoires dans son jardin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s