Les derniers seigneurs de Paris : quand la PJ traque le clan Hornec

Les derniers seigneurs de Paris : quand la PJ traque le clan Hornec (Fayard)

Tout a commencé en 1994 par le meurtre de Claude Genova, considéré à l’époque comme le parrain du milieu parisien. La brigade criminelle se focalise alors sur des Manouches soupçonnés de vouloir régner sur la capitale  : les Hornec,  trois frères redoutés et insaisissables.

C’est un jeu de piste hors norme que ce livre retrace pas à pas, et l’occasion pour les auteurs, informés aux meilleures sources, de raconter une traque de plus de vingt-cinq ans qui a tourmenté une partie des effectifs du 36, quai des Orfèvres et plus d’une dizaine de juges d’instruction.

Les Derniers Seigneurs de Paris  invite le lecteur dans le secret d’une enquête aussi complexe que tumultueuse. Les policiers parviendront-ils à faire trébucher le trio qui a réussi à régner sur la nuit parisienne en lieu et place du milieu corse, avec l’appui de quelques fleurons du milieu maghrébin  ?

Lire un extrait


Marc, Mario, Jean-Claude et les autres… (RTL)

L’édito de Jacques Pradel

Ce soir je vous raconte avec mes invités la saga d’une famille de gitans de Montreuil, les Hornec, qui mobilisent depuis 25 ans la plupart des meilleurs limiers de la police nationale et de la brigade criminelle et plus d’une dizaine de juges d’instruction. Ils sont soupçonnés d’être les derniers caïds du grand banditisme à Paris mais aussi sur la Côte d’azur. Les journalistes d’investigation Frédéric Ploquin et Michel Mary raconte cette longue traque menée par les policiers qui se sont juré de les faire tomber

Michel Mary, reporter au Nouveau détective et consultant pour l’émission « enquêtes criminelles » sur W9, Frédéric Ploquin, spécialiste des affaires de police et de justice. Il collabore entre autre au JDD et au magazine Marianne. Ensemble ils signent « Les derniers seigneurs de Paris – Quand la PJ traque les frères Hornec » paru chez Fayard


Grand banditisme : la véritable histoire des frères Hornec (Le Parisien)

Ils s’appellent Jean-Claude, Mario et Marc. Trois frères soupçonnés d’être les caïds du milieu parisien dont la légende est racontée dans un livre.

« Et v’là qu’il fit un rude hiver. Personne n’osait plus le soir affronter la neige des boulevards. Alors des loups, des loups sont entrés dans Paris », chantait Reggiani. À la fin du XXe siècle, une puissance se lève à l’Est. Depuis leur fief de Montreuil (Seine-Saint-Denis), les Hornec connaissent une ascension fulgurante jusqu’à étendre leur ombre sur toute la capitale. Dans le milieu, on parle des « Gitans » ou des trois frères « H », en ravalant sa salive, comme si cette simple initiale en disait déjà trop long…

La suite, les grands reporters Michel Mary (« le Nouveau détective » et W 9) et Frédéric Ploquin (indépendant, auteur de nombreux ouvrages) la racontent dans « les Derniers Seigneurs de Paris »*. Si le livre commence par « Il était une fois… », la suite n’est pas à mettre entre toutes les mains. Confidences de malfaiteurs recueillis à même le zinc et savoureux rapports de police puisés aux meilleures sources : de Paris à la Côte d’Azur, de Malaga à Tel Aviv, ils racontent, nuit après nuit, un quart de siècle de banditisme.

L’époque est aux R 25 blindées (intérieur cuir) et aux premiers téléphones portables, de la taille d’un parpaing. Les Hornec, recrutant bien au-delà de la communauté de gens du voyage, sont alors à la tête d’une troupe bigarrée, dont les plus éminents représentants en Seine-Saint-Denis se nomment la Gelée, le Turbulent ou Bouzou l’aveugle. Cohorte aux destins contrariés puisque les fusils de chasse répondent en écho aux 11,43. Le quartier des Champs-Élysées a des airs de grand cimetière sous la lune.

À leurs trousses, une poignée d’enquêteurs de la PJ portent eux aussi leur surnom en bandoulière : Rustic, le Trol ou encore le Fougueux. Depuis leur sous-pente du 36, quai des Orfèvres, ils rédigent des rapports au style peu académique. Comme celui-ci : « J’ai vu la Mercedes prendre le périph sud et disparaître rapidement dans la circulation tel un grand requin blanc regagnant la haute mer. […] Il est regrettable que les voitures de l’administration ne soient pas équipées de missiles sol-sol. » Et de refaire le monde dans leur QG, un pub irlandais des quais de Seine.

Voici, racontée au plus près, la véritable histoire des trois frères Hornec, plusieurs fois condamnés mais toujours en liberté aujourd’hui. Et, en miroir, celle des policiers lancés à leur poursuite.

Unis à la mort à la vie

On les appelle « prals » (« frères » en argot gitan). Le benjamin, 51 ans aujourd’hui, se prénomme Marc, dit « le forain ». Lors de sa dernière arrestation, l’année dernière, cet hypocondriaque portait un gilet en kevlar pour se prémunir contre les « angines » (les règlements de comptes). Il y a Mario, alias Eddy Mitchell, 59 ans, salarié dans une grande maison de cirque. Voici enfin, l’aîné Jean-Claude, dit Loune, 64 ans colombophile, actuellement au RSA. Dans un entretien au « Figaro », en février 2002, ce dernier rejetait l’étiquette de « parrain » du milieu :

« J’ai la chance d’être le parrain de beaucoup d’enfants et je vous assure que j’ai déjà assez à faire… »

Pourtant, les policiers ne voient qu’eux ou presque. À la fin des années 1990 derrière des attaques de fourgons. Au début des années 2000, lors du rififi dans les bars à filles du quartier des Champs-Élysées, les extorsions de fonds étant leur marque de fabrique. « Le racket fonctionne à l’instinct, témoigne dans l’ouvrage une ancienne victime. On vient, on s’installe, on jauge le gérant et la sécurité. On sent la faiblesse. » En mars 2002, l’acteur Dany Boon fut intercepté par de faux policiers sur l’A1, opération conduite par un membre de la famille Hornec. Il est même arrivé que les hommes de main des H. prennent en filature jusqu’au 36, quai des Orfèvres une équipe de la PJ venue surveiller de trop près leur planque du Val-de-Marne.

Grâce au travail de leurs avocats, des as du barreau, les membres du clan obtiennent des relaxes en série. En 2014, la justice a cru déceler leur patte derrière une arnaque à l’enfouissement des déchets, façon mafia calabraise. Là encore, aucun des frères H. ne sera renvoyé devant le tribunal. « En apparence, Marc et Mario ont des horaires de businessmen à mi-temps. Ils quittent leur domicile vers 11 heures, assurent leurs rendez-vous entre les Champs-Élysées et le pont d’Iéna, de préférence dans des hôtels de luxe, toujours en costume, relatent Mary et Ploquin. Tous les midis ou presque, c’est repas d’affaires. »

La mort mystérieuse du parrain

Quelques minutes plus tôt, Paris était à ses pieds. Mais ce trésor s’apprête à changer de mains. Le 22 août 1994, Claude Genova, dit le Gros, poids lourd de la criminalité parisienne, quitte le bar panoramique au 33e étage du Concorde La Fayette, porte Maillot, à Paris, où il est venu régler un litige. Son chauffeur, Pépé, a en effet été pris dans une embrouille de bar au cours de laquelle deux frères ont été tués.

Le temps d’une permission de sortie de prison, Genova fait un crochet par la Sologne pour récupérer une grosse somme d’argent chez un éleveur de chevaux de ses amis. « 50 briques », révèlent les journalistes, destinées à l’indemnisation des familles endeuillées. Une fois dans la rue, « Genova renifle l’embrouille », demandant à son garde du corps « de lui donner son calibre, un 11,43 nickelé », écrivent Mary et Ploquin. Trop tard. Il meurt, à 43 ans, sur le trottoir après avoir été touché dans le dos par des tirs de chevrotine. L’argent disparaît et les tueurs avec.

Sur la table d’autopsie, le légiste consigne le dernier secret du parrain : une abeille tatouée sur le sexe. Soupçonnés d’être derrière cette exécution, les Hornec n’ont jamais été condamnés. Ils reprennent l’empire. « Les frères Hornec et Claude Genova se connaissaient depuis l’école communale de Montreuil », témoignent les auteurs.

Montreuil, le fief

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Montreuil, le 9 novembre 2006. Soupçonnés de trafic de cocaïne, Mario et Jean-Claude sont arrêtés par les forces du Raid, qui avaient mobilisé un hélicoptère dans le cadre de l’opération Damoclès./COLLECTION PRIVÉE/MARY-PLOQUIN

La petite rue des Ramenas vue du ciel… « Pour donner l’assaut dans ce quartier de Montreuil, où les enfants ont fait bâtir autour de la maison familiale, dans laquelle vit encore Marinette, la mère, désormais âgée de 74 ans et forte de dix-huit petits enfants et dix-sept arrière-petits-enfants, il a fallu ruser », expliquent les auteurs des « Derniers Seigneurs de Paris ». À l’automne 2006, les policiers emploient les grands moyens et réquisitionnent un hélicoptère. Nom de code de l’opération : Damoclès. Jean-Claude lève les yeux vers le ciel. Et l’un des membres du clan sort sur la terrasse munie de jumelles pour observer à son tour l’hélico.

Côte d’Azur et belles voitures

« On dirait le sud, le temps dure longtemps. Et toujours en été… » Chemise ouverte sur le torse, les Hornec passent le mois d’août 1995 sur la Côte d’Azur. « La famille a loué une maison avec piscine et court de tennis, pour le mois, au cap d’Antibes, relatent les auteurs des Derniers Seigneurs de Paris. Un must, avec l’enseigne qui fait rêver : Villa Californie. Location payée cash : 130 000 francs [NDLR : près de 26 000 € rapportés au pouvoir d’achat de l’époque]. » Le soleil cogne.

Le 17 août, à midi trente pétante, Marc est au volant d’une Porsche 911 Carrera violette, avec Mario, sur le siège passager. Les frangins s’apprêtent à quitter la propriété lorsque les enquêteurs se lancent à l’assaut. La Porsche percute la voiture de police puis, en marche arrière, son conducteur redescend en trombe en direction de la villa. Les membres du clan s’interposent. Un cousin tend un VTT à Mario qui s’enfuit dans la garrigue. Marc disparaît à son tour. L’interpellation sera pour plus tard.

Un ami nommé Alain Delon

En avril 2017, chez les Hornec, à Claye-Souilly (Seine-et-Marne), les policiers tombent sur une BMW X 5 blindée appartenant à… Alain Delon. L’acteur l’a mise à disposition de Marc. Interrogée sur cette singulière relation d’amitié, la star assume. En novembre 2016, Marc Hornec, sur écoutes, ne pouvant joindre directement l’acteur, téléphone à son garde du corps pour savoir où se trouve Delon. « Au 36, quai des Orfèvres », répond l’ange gardien. Ce jour-là, Delon est l’invité d’honneur… du prix littéraire de la PJ parisienne.

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