« Le corps est le tombeau de l’âme »

Je me demande, pour ma part, si  Euripide n’a pas raison de dire :

« Qui sait si vivre n’est pas mourir
Et si mourir n’est pas vivre ? »

Peut-être en réalité sommes-nous morts. C’est ainsi qu’un jour, j’ai entendu dire à un savant homme (Philolaos de Crotone) que notre vie présente est une mort, que notre corps est un tombeau, et que cette partie de l’âme où résident les passions obéit, de par sa nature, aux impulsions les plus contraires.

Socrate (-470 -399 av. J-C.) – Gorgias

Pour peu qu’on touche à sa forme actuelle, je vois à ce mot (corps, σῶμα) plus d’une origine. Quelques-uns appellent le corps le tombeau, σῆμα, de l’âme où elle serait présentement ensevelie ; en outre, c’est par le corps que l’âme signifie tout ce qu’elle veut signifier ; et, à ce titre, le nom de σῆμα, qui veut aussi dire signe, est encore parfaitement convenable.

Mais je crois que les disciples d’Orphée considèrent le nom de σῶμα comme relatif à la peine que l’âme subit durant son séjour dans le corps en expiation de ses fautes. Ainsi cette enceinte corporelle serait comme la prison où elle est gardée, σώζεται. Le corps est donc, comme son nom le porte, sans qu’il soit besoin d’y changer aucune lettre, ce qui conserve, τὸ σῶμα, l’âme, jusqu’à ce qu’elle ait acquitté sa dette.

Cratyle

Sur l’étymologie de σῶμα attribuée aux Orphiques (le corps considéré comme la prison de l’âme), cf. Phédon, 62 b : Socrate rappelle une formule que l’on prononçait dans les Mystères :

« Nous sommes, nous autres hommes, dans une sorte de geôle (φρουρᾷ), d’où l’on ne doit pas se libérer ni s’évader ».

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