« Rien n’est aussi profondément apparenté au tragique que le comique »

[…] j’ai horreur de l’ironie, de tout ce qui cherche le ridicule, de tout ce qui flatte le goût du ridicule à trouver, à flatter et à cultiver, de tout ce qui flatte cette démagogie régnante du ridicule.

On sait assez, on sait de reste combien l’ironie est contraire à mon tempérament même. Je n’ai jamais caché le goût profond que j’ai pour le comique. L’un exclut l’autre.

Le comique est de la grande famille du tragique et du sérieux.

Rien n’est aussi sérieux que le comique. Rien n’est aussi profondément apparenté au tragique que le comique.

On pourrait presque dire que l’un est une autre face de l’autre.

C’est pour cela que chez tous les peuples intelligents le comique et le tragique, la comédie et la tragédie vont ensemble, comme deux beaux bœufs, obéissent exactement au même joug, pointés du même aiguillon obéissent exactement aux mêmes règles.

Aux mêmes règles d’art. Aux mêmes règles externes de représentation. Aux mêmes règles internes d’une représentation intérieure. Aux mêmes régulations internes. Aux mêmes règles organiques.

Les cinq actes de Molière sont la réplique exacte des cinq actes de Racine et de Corneille.

Le comique et le tragique, la comédie et la tragédie sont étroitement liées dans le sérieux. L’ironie au contraire est le plus bel ornement du frivole.

Charles PéguyUn nouveau théologien : M. Laudet (1911)

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